Benzema, esthète pensante

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Auteur d'un superbe but inscrit d'une déviation derrière son pied d'appui, Karim Benzema a lancé le succès des siens face au Barça ce samedi soir. Un pion d'une intelligence gestuelle rare, au sein d'un match où le Madrilène a comme souvent semblé avoir un coup d'avance sur à peu près tout le monde. La marque d'un type dont le QI football n'a décidément pas beaucoup d'équivalent, sur le continent.

Karim Benzema n'est pas précisément un modèle de modestie. En atteste son analogie hasardeuse sur Olivier Giroud, la F1 et le karting l'année dernière. Quitte à afficher un léger melon, le Madrilène a cependant la bonne idée de démontrer que sa grande caboche est du genre bien remplie quand il foule les prés. Car lorsqu'il s'agit de phosphorer balle au pied, cet homme-là sait y faire. Sur une aile, ou dans l'axe. Dans la surface, ou à l'extérieur. Face à la cage, comme de profil. Au football, les équations gestuelles s'avèrent souvent complexes. Seuls quelques privilégiés pigent instinctivement les variables, et Karim Benzema fait évidemment partie du nombre.

Un cerveau et des stats

Prenez ce but que l'ancien Lyonnais a inscrit face au Barça, ce samedi soir. L'action est limpide, brillante par sa simplicité : Valverde casse les lignes et transmet à Vázquez, dont le centre tendu trouve l'avant-centre du Real. Dos à la cage, Benzema devance Araújo, mais son angle de tir est réduit. Une seule surface de pied, un seul mouvement s'imposent : un tir derrière son pied d'appui, qui trompe Ter Stegen. C'est le geste juste, d'un joueur qui se trompe rarement. Voire quasiment jamais : devant les Catalans, le numéro 9 de la Maison Blanche a réussi plus de 90% de ses passes. S'il n'a touché que 38 ballons en 73 minutes de jeu (avant d'être remplacé par Mariano), Benzema a posé son empreinte sur le Clásico comme sur l'ensemble de la saison madrilène.

Avec dix-neuf buts en Liga, le Français est le meilleur artificier de la Maison blanche. Mais ce nombre-là semble presque accessoire, quand on l'observe jouer. Un match de Benzema, c'est une petite ode au timing. Au déplacement entre les lignes. À cette déviation, ce geste éphémère, presque invisible, qui vous permet de gratter un mètre pour vous en faire gagner trente sur la passe qui suit. Le but, finalement, n'est que la matérialisation de toutes ces petites choses que le Madrilène met constamment bout à bout, alors que sa base de données de mouvements semble aussi inépuisable que les options et solutions qu'il invente à chaque rencontre disputée.

L'équilibre selon Karim

Alors quoi ? Par le passé, on a pu louer beaucoup de choses chez Karim Benzema. Sa vitesse d'exécution. Sa technique en mouvement. Sa frappe de balle. Autant de qualités dont jouit indéniablement le bonhomme, mais qu'on aurait quasiment envie de reléguer au second rang. Sa force fondamentale, matricielle, est tout autre. Il aura réussi à la faire muter, évoluer, grandir. Année après année. Cette force, c'est son intelligence de jeu, instinctive, résiliente à toutes les situations ou presque. À l'image d'un joueur dont le style, éminemment complet, lui permet de ne rentrer dans aucune case. C'est même une forme d'équilibre idéal que le football de Karim Benzema est, semble-il, parvenu à atteindre. Esthétique, mais efficace. Sophistiqué, mais pas prétentieux. Cérébral, sans être alambiqué. Quand on le regarde jouer, tout parait soudain plus simple. Plus fluide. Plus évident. Un spectacle épuré, mais jouissif, que peu de joueurs sont capables d'offrir. Que la fête continue.

Benzema, esthète pensante