Tchad : Delphine Djiraibé, l’infatigable militante

L’avocate avait obtenu le prix franco-allemand des droits de l’homme l'an dernier © imago stock&people L’avocate avait obtenu le prix franco-allemand des droits de l’homme l'an dernier

Au Tchad, dans le cadre de la campagne pour l'élection présidentielle du 11 avril prochain, la Deutsche Welle brosse le portrait de quelques jeunes militants de l'opposition et du parti au pouvoir. Vous retrouvez tous ces portraits sur notre site. Dans cet article, celui de Delphine Djiraibé.

Toujours souriante avec une voix posée, maître Delphine Kemneloum Djiraibé est née en décembre 1960 à Koumra dans la province du Mandoul, au sud du Tchad.

Cette infatigable militante des droits humains est titulaire d’une licence en droit privée obtenue à l’Université Marien Ngouabi, au Congo-Brazzaville en 1989, et d’une maitrise en droit international des droits de l’homme et de l’environnement obtenue à l’Université de droit de Washington en 2002.

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Pétrie de connaissances en droit, Delphine Kemneloum Djiraibé intègre alors un cabinet d’avocat en tant que stagiaire avant d’ouvrir son propre cabinet en 2006.

Hissène Habré, un goût d’inachevé

Membre de l’Association tchadienne pour la promotion et la défense des droits de l’homme depuis 1991, son nom est associé à la liste des avocats et acteurs de la société civile qui ont lutté pendant plus de 25 ans pour obtenir la condamnation de l’ancien dictateur tchadien Hissène Habré, à Dakar, en avril 2017.

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Elle se souvient encore de ce moment qui pour elle a un goût d’inachevé.

"Hissène Habré a été condamné à perpétuité, c’était une victoire qu’on continue de savourer. Mais les victimes attendent toujours leur indemnisation. Ça reste inachevé, dommage que les victimes qui meurent les unes après les autres ne puissent pas avoir accès à la réparation qui leur est dû. J’ai horreur de l’injustice, même dans le cadre privé et familial je voudrais que l’être humain en tant que tel soit respecté", déplore la militante des droits humains.

Consciente des difficultés que rencontrent certains de ses compatriotes pour avoir accès à la justice, Delphine Kemneloum Djiraibé crée en 2006 le Public interest law center pour aider les plus démunis à avoir accès à la justice.

L’avocate explique que "Public interest law center est un centre qui met à la disposition des personnes démunies une aide juridique et une assistance judiciaire. L’objectif est de permettre à des personnes qui n’ont pas les moyens, qui ne connaissent pas les méandres de la justice, d’avoir accès à cette justice. Mais également d’aider les populations riveraines dans la zone d’exploitation du pétrole à avoir accès à la justice. Et là on explore toutes les voies de recours, judiciaires et non judiciaires".

Conditions non réunies pour la présidentielle

Au sujet du processus électoral en cours, marqué par des tensions, l’avocate Delphine Kemneloum Djiraibé demande simplement au président sortant Idriss Déby d’être à l’écoute de son peuple.

"Les conditions des élections crédibles ne sont pas réunies. Il y a des violations quotidiennes des droits de l’homme qui nous emmènent à dire qu’il ne faut pas y aller. Il faut qu’on crée des conditions normales pour des élections crédibles, transparentes avec égalité des chances", constate Mme Djiraibé. Elle ajoute que "C’est la voie pour la paix au Tchad. Parce qu’à regarder les contestations qui vont grandissantes, on ne sait pas de quoi sera fait le lendemain. Nous disons et répétons qu’il faut reporter ces élections et plusieurs voix s’élèvent en ce moment pour dire ça. Monsieur Déby doit être à l’écoute et accepter ce que les citoyens disent".

Maître Delphine Kemneloum Djiraibé est également à l’origine de la création en 2002 du Comité de suivi de l’appel à la paix et à la réconciliation, mais aussi de l’Association des femmes juristes du Tchad en 1990.

Elle est lauréate du prix Robert Kennedy en 2004 et du prix Franco-Allemand des droits de l’homme en 2020.

Auteur: Blaise Dariustone

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