Une journée mémorable pour l'Église catholique d'Haïti

Des fidèles rassemblés devant une église, à Port-au-Prince, en Haïti, lundi 12 avril, pour prier pour la libération des religieux enlevés la veille. © Valerie Baeriswyl / REUTERS Des fidèles rassemblés devant une église, à Port-au-Prince, en Haïti, lundi 12 avril, pour prier pour la libération des religieux enlevés la veille.

Quelques heures après la démission de Joseph Jouthe, quatrième premier ministre en quatre ans, Jovenel Moïse a nommé Claude Joseph, le ministre des Affaires étrangères, pour assurer l'intérim. Celui-ci arrive au moment où l'insécurité en Haïti a atteint un point de non-retour. Lors de sa première session du Conseil supérieur de la police nationale (CSPN), il s'est dit « engagé à rétablir la paix et la sécurité dans le pays ». Au cours de la semaine écoulée, les cas de meurtres et de kidnappings ont continué d'augmenter, dont les plus emblématiques sont les tueries dans le quartier de Bel-Air, le 1er avril et l'enlèvement des sept religieux, dimanche à la Croix-des-Bouquets.

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Le Parquet français a annoncé dès lundi l'ouverture d'une enquête à Paris. Jovenel Moïse pour sa part a informé sur son compte twitter que «le premier ministre par intérim, Dr Claude Joseph, est investi dans ses fonctions, ce 14 avril, lors d'un Conseil des ministres tenu au Palais national. Toutes les ressources du pays sont mobilisées en vue d'adresser, en toute urgence, le phénomène de l'insécurité». Par la suite, l'exécutif a procédé à un remaniement ministériel. De son côté, l'Église catholique, durement frappée, a été à l'initiative, ce jeudi, d'une journée de fermeture, qui a été largement observée.

À 12 heures locales, les cloches et carillons des églises ont retenti pendant une minute à travers le pays. Cette manifestation pacifique fait suite à l'appel de la Conférence épiscopale d'Haïti (CEH) en réaction à l'indifférence des autorités face à l'insécurité galopante. L'Église catholique, d'ordinaire très réservée, a sorti une note, la veille, pour déplorer le phénomène. Et appeler à une journée de solidarité avec les victimes. «Nous, la Conférence des évêques et le CHR, nous protestons contre ces mauvais actes dans notre pays. Nous demandons à toutes les écoles catholiques, presbytérales, congréganistes, universitaires ainsi que toutes nos autres institutions d'arrêter de travailler ce jeudi 15 avril. Nous demandons que, dans tout le pays, à midi, que toutes les cloches des églises sonnent et que nous célébrons la messe dans toutes nos églises pour demander à Dieu le changement pour Haïti», ont écrit Mgrs Launay Saturne et Pierre-André Dumas, respectivement président et vice-président du CEH ainsi que les quatorze autres évêques signataires.

Concert de casseroles

Dans l'église Saint-Pierre de Pétion-Ville, pleine à craquer, la messe est célébrée par le cardinal Chibly-Langlois, évêque des Cayes et plusieurs prêtres. Les fidèles scandent «Nou bouké», «Nous sommes à bout», et brandissent des slogans hostiles au pouvoir avant d'être invités «ranger leurs pancartes pour prier dans le calme». Des leaders de partis de l'opposition assistaient également à cette cérémonie religieuse qui a été retransmise en direct par des chaînes de télé et des stations de radio.

À la fin de la messe, des émanations de gaz lacrymogènes ont envahi l'intérieur de l'église, créant un vent de panique dans l'assistance qui s'est ruée vers les sorties. André Michel, leader du secteur démocratique, dénonce cette attaque et voit le signe «qu'on ne peut rien faire avec ce gouvernement». Munis de casseroles et de cuillères, des groupes entonnaient des slogans demandant au président de respecter la Constitution.

Pour appuyer ce mouvement, des universités ont relayé l'appel de la HCR. Des écoles catholiques ont fermé aussi leurs portes. Le secteur privé des affaires n'était pas en reste. Par l'intermédiaire des associations patronales, ses membres se disent «décidés de soutenir et d'encourager les entreprises à observer une journée de fermeture», se ralliant ainsi à l'appel des religieux. De son côté, le chef du Mouvement pour la transformation et la valorisation d'Haïti (MTVAyiti), Dr Réginald Boulos, qui a assisté également à la cérémonie religieuse, a «applaudi l'initiative du secteur privé (…). La nation a besoin de tous ses enfants, sans exclusion, dans le combat pour la justice sociale», a-t-il écrit.

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Certaines stations de radio, notamment Métropole, ont invité leurs auditeurs à observer une minute de silence. «C'est pour la première fois en cinquante ans d'existence que la station appelle à prendre position en signe de solidarité avec les victimes», a déclaré le présentateur Wendell Théodore.

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