Reconnaissance du génocide arménien par Biden : la Turquie condamne, l’Arménie se réjouit

Joe Biden, le 23 avril à la Maison Blanche. © JIM WATSON Joe Biden, le 23 avril à la Maison Blanche.

Joe Biden devient ce samedi le premier président des Etats-Unis à reconnaître le génocide arménien, au lendemain d’un appel à son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan, qui a mis en garde par avance contre toute volonté de soutenir ce qu’il a dénoncé comme un «mensonge».

La réaction d’Ankara à l’annonce de Biden ne s’est pas fait attendre. La Turquie n’a «de leçon à recevoir de personne sur son histoire», a dans la foulée assené le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu. L’Arménie, elle, a salué une «mesure très forte».

Prendre l’initiative sur ce dossier était l’une des promesses de campagne du candidat démocrate, qui, une fois devenu président, assure vouloir mettre la défense des droits humains au cœur de sa politique étrangère. Son gouvernement a également confirmé l’accusation de «génocide» formulée dans les derniers jours de la présidence de Donald Trump contre la Chine pour la répression des musulmans ouïghours.

Si le génocide arménien est, lui, reconnu par plus d’une vingtaine de pays et de nombreux historiens, il est vigoureusement contesté par la Turquie.

Au téléphone avec le président turc, le locataire de la Maison Blanche a exprimé sa volonté de bâtir une «relation bilatérale constructive», selon le bref compte rendu américain qui évoque également la nécessité d’une «gestion efficace des désaccords».

Ankara a seulement souligné de son côté «le caractère stratégique de la relation bilatérale» et l’importance d’une «coopération plus étroite». Joe Biden et Recep Tayyip Erdogan ont convenu de se rencontrer en juin en marge du sommet de l’Otan à Bruxelles.

Menace à peine voilée

Sans citer les Etats-Unis, le président turc avait dès jeudi adressé une mise en garde à peine voilée à Washington. Lors d’une réunion avec des conseillers, il a prévenu qu’il continuerait à «défendre la vérité contre ceux qui soutiennent le mensonge du soi-disant génocide arménien + […] à des fins politiques».

Malgré des années de pressions de la communauté arménienne aux Etats-Unis, aucun président américain ne s’était jusqu’ici risqué à fâcher Ankara, allié historique de Washington et membre de l’Otan.

Le Congrès américain avait reconnu le génocide arménien en décembre 2019 lors d’un vote symbolique, mais le président Trump, qui entretenait d’assez bonnes relations avec Erdogan, avait refusé d’utiliser le mot, parlant seulement d’«une des pires atrocités de masse du XXe siècle».

Aggravation des tensions

L’annonce de Biden n’aura pas de portée légale, mais elle ne peut qu’aggraver les tensions avec une Turquie que le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, a qualifiée de «soi-disant partenaire stratégique» qui «par de nombreux aspects ne se comporte pas comme un allié».

Les Arméniens estiment qu’un million et demi des leurs ont été tués de manière systématique pendant la Première Guerre mondiale par les troupes de l’Empire ottoman, alors allié à l’Allemagne et à l’Autriche-Hongrie. Ils commémorent ce génocide chaque année le 24 avril.

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