Au Royaume-Uni, des caricatures qui divisent

Ce vendredi, lors d'une manifestation devant la Batley Grammar School (Yorkshire), en Angleterre. © Ioannis Alexopoulos Ce vendredi, lors d'une manifestation devant la Batley Grammar School (Yorkshire), en Angleterre.

Au Royaume-Uni, la tension monte après qu’un enseignant a été suspendu pour avoir montré des caricatures du prophète Mahomet lors d’un cours sur les religions. Lundi, dans une classe de la Batley Grammar School, dans le nord de l’Angleterre, un professeur de 29 ans aurait présenté des dessins satiriques de Charlie Hebdo à des lycéens. En réaction, des dizaines de parents en colère – en majorité musulmans – ont manifesté jeudi après-midi devant l’école, jugeant cet incident «inacceptable» et réclamant le renvoi de l’enseignant. Devant l’indignation suscitée, le directeur de l’établissement, Gary Kibble, s’est immédiatement excusé dans une lettre envoyée aux concernés.

Cette déclaration a même été relue, jeudi, par des policiers venus encadrer le regroupement, alors que l’ambiance était électrique : «L’école s’excuse sans équivoque d’avoir utilisé une image totalement inappropriée. Elle n’aurait pas dû être utilisée. Un membre du personnel a été suspendu et une enquête officielle indépendante a été lancée.» En attendant, le professeur a été placé sous protection policière après que son identité a été révélée en ligne. Selon le quotidien britannique The Telegraph, lui et sa famille ont été transférés dans un endroit sûr.

«Cela ne va pas assez loin»

«Nous travaillons en étroite collaboration avec le conseil d’établissement et les dirigeants communautaires pour résoudre cette situation», a ajouté Gary Kibble, ce vendredi. Mais la communauté religieuse, offensée par la présentation des caricatures, exige purement et simplement le limogeage du professeur. Les représentations du prophète sont considérées comme profondément offensantes dans la foi musulmane. «Je suis absolument choqué que nous en soyons arrivés là. Montrer les caricatures ne faisait pas partie du programme», affirme Yunus Lunat, de la Indian Muslim Welfare Society de Batley, sur Sky News. Il estime que l’enseignant a tenté de «provoquer». Jeudi matin, l’imam Mohammed Amin Pandor, directeur de l’Institut de la paix, s’est aussi dit «consterné par ce qu’il s’est passé» et «insatisfait» de la réponse du directeur du lycée.

De son côté, le fondateur de l’association caritative Purpose of Life, Mohammad Sajad Hussain, estime dans un communiqué que les excuses sont un premier pas, mais que «cela ne va pas assez loin», car le professeur «a usé de la liberté d’expression pour insulter notre prophète et ne s’est pas excusé». Ainsi, ce vendredi, une trentaine de personnes se sont à nouveau rassemblées devant les portes de l’établissement scolaire, fermé depuis la veille. «Nous, nous ne manquons pas de respect aux autres croyances religieuses. En venant ici, nous voulons faire comprendre que c’est mal de faire ça, témoigne Muhammed, un manifestant, dans le média local YorkshireLive. C’est un rassemblement très pacifique aujourd’hui et nous continuerons ainsi. Nous voulons que l’individu impliqué soit congédié, pas seulement suspendu.»

Le ministre de l’Education britannique, Gavin Williamson, a condamné jeudi soir les «menaces et intimidations» contre l’enseignant. «Les écoles sont libres d’inclure ce qu’elles veulent dans leur programme, y compris des sujets difficiles ou controversés, sous réserve de leurs obligations de promouvoir le respect et la tolérance entre les personnes de confessions et de croyances différentes», a-t-il déclaré.

«Ne pas céder face aux foules»

Ce vendredi matin, le ministre du Logement, Robert Jenrick, a qualifié ces manifestations de «perturbantes». «Nous ne savons pas vraiment ce qui s’est passé ce jour-là, ni quels dessins a véritablement montrés le professeur. Une enquête est en cours. Mais j’estime que ces manifestations d’intimidations n’ont pas lieu d’être et qu’elles sont dérangeantes», a-t-il réagi au micro de la radio LBC.

La décision de suspendre l’enseignant est condamnée par les associations défendant la liberté d’expression. «Batley Grammar est une école secondaire dans une société démocratique libérale. Le système éducatif fonctionne mieux lorsqu’il enseigne aux enfants comment penser, plutôt que quoi penser. Les institutions éducatives du Royaume-Uni ne doivent pas céder face aux foules en colère», a notamment défendu sur Twitter Paul Stott, chercheur au Centre for the Response to Radicalisation and Terrorism à la Henry Jackson Society.

Cet événement survient seulement quelques mois après l’assassinat barbare de Samuel Paty en France. Le 16 octobre, le professeur d’histoire-géographie a été décapité à l’arme blanche par un terroriste islamiste peu après avoir quitté son collège. La raison : avoir présenté des caricatures du prophète à ses élèves, tirées aussi du journal satirique Charlie Hebdo.

Au Royaume-Uni, des caricatures qui divisent