Diplomates expulsés, Spoutnik V boudé... Tout comprendre aux tensions entre Moscou et Prague

Ce week-end, les expulsions de diplomates réciproques entre les deux pays ont mis le feu aux poudres dans un contexte déjà marqué par de nombreuses tensions.

Le président russe Vladimir Poutine croise le fer avec son homologue tchèque ces derniers jours. © afp.com/Alexei Druzhinin Le président russe Vladimir Poutine croise le fer avec son homologue tchèque ces derniers jours.

Les faits. Le chef de la diplomatie tchèque s'est dit prêt ce mardi à chasser tous les diplomates russes de Prague à la suite des récentes expulsions réciproques. Entre la Russie et la République tchèque, le ton est monté ce week-end. Le petit pays d'Europe de l'Est accuse les services secrets russes d'avoir orchestré une explosion meurtrière sur son sol. Au total, dix-huit diplomates russes ont été appelés à quitter la République tchèque. En réaction, son homologue russe a ordonné le départ de vingt représentants tchèques.

Pourquoi ça compte. Cette querelle entre Prague et Moscou est sérieuse à plus d'un titre. Le contexte entre le Kremlin et les Occidentaux est déjà très tendu en raison des violences aux frontières ukrainiennes, mais aussi du sort de l'opposant russe Alexeï Navalny - dont l'état de santé s'aggrave. Et la crise tchèque risque de rajouter de l'huile sur le feu. Sur le jeu diplomatique à l'équilibre fragile, Prague a demandé ce mardi à ses partenaires de l'Union européenne et de l'OTAN d'expulser des diplomates russes pour la soutenir dans sa confrontation avec Moscou, accusant la Russie d'une "attaque terroriste sans précédent" sur le territoire tchèque.

  • L'origine du conflit

Les hostilités commencent le 17 avril. Sans prévenir, Prague jette un nouveau pavé dans la mare diplomatique et accuse les services secrets russes d'avoir orchestré une explosion mortelle sur le territoire tchèque en 2014. Le Premier ministre tchèque Andrej Babis déclare que l'incident qui a tué deux personnes était "une attaque terroriste sans précédent sur notre territoire".

De son côté, la police tchèque indique également rechercher deux Russes impliqués dans cette explosion, porteurs de passeports utilisés par les deux suspects dans l'affaire de l'empoisonnement de l'ancien agent double Sergei Skripal en Grande-Bretagne en 2018. Prague a assuré samedi avoir "des preuves irréfutables" impliquant des agents du GRU, le renseignement militaire russe, dans l'explosion d'un dépôt de munitions à Vrbetice, qui avait tué deux personnes en 2014.

  • Les expulsions en cascade

Samedi, les accusations sont suivies des faits. La République tchèque décide d'expulser dix-huit employés de l'ambassade russe que ses services de renseignement ont identifiés comme des agents des services d'espionnage de Moscou. Il ne faut pas longtemps à la Russie pour réagir. Le lendemain, le Kremlin annonce que vingt employés de l'ambassade tchèque à Moscou sont désormais "persona non grata". Ils doivent quitter le pays avant la fin de la journée lundi 19 avril. Cette annonce est faite par le ministère russe des Affaires étrangères, après la convocation de l'ambassadeur tchèque à Moscou, Vitezslav Pivonka.

Par ailleurs, Moscou indique que cette affaire "portait la marque" de Washington." Dans leur désir de faire plaisir aux Etats-Unis après les sanctions américaines contre la Russie, les autorités tchèques ont même surpassé leur maître", avait estimé dimanche le ministère russe des Affaires étrangères. De son côté, Londres exprimé dimanche son soutien à son voisin tchèque.

  • L'exclusion du Russe Rosatom et du vaccin Spoutnik V

Le gouvernement tchèque annonce lundi que le russe Rosatom est exclu d'un appel d'offres de plusieurs milliards d'euros sur la construction d'une nouvelle unité dans une centrale nucléaire locale, en pleine confrontation diplomatique avec Moscou. "Il ne sera pas demandé à Rosatom de fournir des documents pour l'évaluation de la sécurité", a déclaré à des journalistes le ministre tchèque de l'Industrie et du Commerce, Karel Havlicek.

Mais ce n'est pas le seul revers que le petit État européen inflige à son voisin russe. Dans la foulée, Prague exclu d'avoir recours au vaccin russe Spoutnik. "La seule voie maintenant est de s'en remettre aux vaccins qui ont été approuvés par l'Agence européenne des médicaments", l'EMA, a-t-il ajouté. Le recours ou non au Spoutnik V est à l'origine de remous sur la scène politique tchèque. Ainsi, il y a une semaine la présidence tchèque avait annoncé que le ministre des Affaires étrangères Tomas Petricek, qui s'était dit opposé à un recours à ce vaccin sans le feu vert européen, avait été mis à pied.

  • Prague appelle ses alliés à la rescousse

Ce mardi, la République tchèque appelle du renfort. Prague demande à ses partenaires de l'Union européenne et de l'Otan d'expulser des diplomates russes pour la soutenir dans sa confrontation avec Moscou, accusant la Russie d'une "attaque terroriste sans précédent" sur le territoire tchèque. Entre les deux pays, le ton n'est pas redescendu.

Le ministre des Affaires étrangères et de l'Intérieur, Jan Hamacek, a déclaré qu'il allait convoquer mercredi l'ambassadeur russe Alexandre Zmeïevski pour lui signifier de nouvelles mesures après l'expulsion de 18 diplomates russes considérés par Prague comme des agents secrets, à laquelle Moscou a répondu en expulsant 20 diplomates tchèques. "Nous appelons à une action collective des pays de l'UE et de l'Otan menant à des expulsions par solidarité", a déclaré Jan Hamacek aux journalistes.

  • Un contexte tendu entre Bruxelles et Moscou

L'entente entre l'Union européenne et son homologue n'est pas au beau fixe. "Les relations avec la Russie ne s'améliorent pas", a déploré le chef de la diplomatie européenne Josep Borrel. Deux raisons à cela. Tout d'abord, les tensions se sont accrues avec la Russie qui a déployé des dizaines de milliers de ses soldats près de la frontière russo-ukrainienne, laissant craindre une opération militaire d'ampleur.

Parmi les sujets de préoccupations de Bruxelles, il y a le sort de l'opposant russe Alexeï Navalny. Depuis le 31 mars, l'ennemi numéro un de Vladimir Poutine a entamé une grève de la faim et voit son état de santé se détériorer. Ce mardi, ses avocats se sont alarmés le décrivant comme "extrêmement affaibli et mal soigné" dans un hôpital pour prisonniers tuberculeux. Ils ont réclamé son transfert à Moscou après lui avoir rendu visite.

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