L’adaptation comme maître-mot

Le Ramadan à l’heure du CovidPar Nadia El Rhzaoui- MAPComme l’année dernière, les rituels et accoutumances liés au mois sacré de Ramadan sont mis à mal et les traditions sociales et encroûtements restreints sur fond de coronavirus, l’intrus invisible et indésirable.Les Ramadans se suivent mais ne se ressemblent pas. Distanciation sociale oblige, les mosquées sont fermées pour les prières des Tarawih, les rassemblements et les repas collectifs prohibés, et pas de cohue dans les

© Présenté par

Le Ramadan à l’heure du Covid

Par Nadia El Rhzaoui- MAP

Comme l’année dernière, les rituels et accoutumances liés au mois sacré de Ramadan sont mis à mal et les traditions sociales et encroûtements restreints sur fond de coronavirus, l’intrus invisible et indésirable.

Les Ramadans se suivent mais ne se ressemblent pas. Distanciation sociale oblige, les mosquées sont fermées pour les prières des Tarawih, les rassemblements et les repas collectifs prohibés, et pas de cohue dans les rues ou de déambulations nocturnes.

Face au difficile maintien du lien social, à Casablanca, comme d’ailleurs les autres villes, les jeûneurs dont les repères ont été déréglés doivent s’adapter entre couvre-feu, restrictions et protocole sanitaires. Ils renoncent aux rituels qui doivent se plier aux mesures sanitaires visant à endiguer la pandémie et n’ont d’autre choix que de composer avec cette situation pour le bien de tous.

Les prières surérogatoires « Tarawih », devenues pour la majorité un rendez-vous spirituel incontournable sont suspendues et les déplacements nocturnes sont proscrits en vertu du couvre-feu décrété à l’échelle nationale de 20 heures à 6 heures pour protéger les citoyens des risques d’une nouvelle vague. Une décision prudente, d’autant plus qu’un certain relâchement et insouciance se fait ressortir parmi les gens.

La nature imprévisible de la Covid-19 et le léger ralentissement relatif de la campagne nationale de vaccination sont parmi les raisons qui ont amené le gouvernement à durcir les mesures restrictives durant le mois de Ramadan, avait fait valoir le Chef du gouvernement, Saâd Dine El Otmani.

La pratique du jeûne en elle-même n’est pas affectée directement par le contexte épidémiologique actuel, c’est surtout le volet social et l’aspect convivial du mois sacré qui sont chamboulés.

«Cette année encore, le mois sacré sera terne et insipide. Il faut se restreindre au cercle familial proche pour le repas de la rupture du jeûne», regrette Ahmed, un quinquagénaire, habitant à Casablanca qui dissimule à peine sa mauvaise humeur, notant qu’ « outre l’absence de prières surérogatoires, le couvre-feu nous accule à rester chez soi ».

«D’habitude après la rupture du jeûne, on sort pour faire un tour et se balader, et je suis vraiment déçue de ne pas pouvoir inviter nos proches et nos amis », déplore Rahma, une mère de famille de 45 ans, en s’affairant à ses derniers achats avant la fermeture des commerces.

«Le coronavirus nous prive cette année des charmes des veillées ramadanesques et de l’ambiance cacophonique des cafés mais il faut réorganiser notre routine », assure pour sa part, Amine, un enseignant à Mohammedia contraint de passer seul le Ramadan loin de sa famille qui réside dans une autre ville.

«Il faut prendre son mal en patience et la piété ne doit pas empiéter sur la santé. Nous devons sacrifier les rites et les habitudes pour l’intérêt général», car la préservation de la vie d’autrui prime sur toute autre chose, a-t-il néanmoins soutenu.

Ce mois sacré, a-t-il dit, ne doit pas être seulement consacré à la goinfrerie. Il faut rompre avec l’individualisme, devenu une seconde nature et faire en sorte que l’esprit de Ramadan, celui de partage perdure. C’est l’occasion d’opérer une métamorphose de notre être profond à travers la méditation et l’introspection, le partage et réquisitionner le sens des choses, a-t-il ajouté.

De l’avis d’un sociologue, le couvre-feu nocturne a un impact psychologique significatif sur certaines personnes qui ont du mal à surmonter cette épreuve et à s’y accommoder.

Il a cependant fait remarquer que cette situation a renforcé la capacité d’adaptation chez d’autres et leur a offert l’opportunité de revoir leur mode de vie, se recentrer sur l’essentiel et repenser les relations sociales.

Si le mois sacré est quelque peu terni par le confinement nocturne et si les rituels sont vécus de manière disparate, il est une autre valeur de nouveau à l’honneur : la solidarité. Le Ramadan étant une période de dévotion, de ferveur, de charité et de solidarité, les valeurs de solidarité et d’entraide sont particulièrement mises de l’avant.

Dans le cadre de la 22ème édition de l’Opération de distribution alimentaire « Ramadan 1442 », la Fondation Mohammed V pour la Solidarité s’est mobilisée pour la mise en œuvre et le lancement du soutien alimentaire pour apporter du réconfort aux catégories sociales les plus vulnérables.

Afin que l’aide aux plus démunis ne soit pas trop affectée par les mesures de restriction, les associations s’adaptent aussi et s’organisent différemment. En l’absence de « Mawaid Rahmane », ces buffets de solidarité offerts aux démunis à l’heure de la rupture du jeûne, tout au long du mois de Ramadan, des actions solidaires sont initiées pour soulager les familles modestes.

La solidarité étant le maitre mot en cette période, des associations, des jeunes sur des réseaux sociaux ou des bénévoles s’engagent pour accompagner au quotidien ceux dans le besoin et leur permettre de gouter à la joie du mois de Ramadan.

L’adaptation comme maître-mot