À la Une: après manifestations en Colombie, le président retire son projet de réforme fiscale

Le président colombien, Ivan Duque, lors d'un discours télévisé annonçant le retrait du projet de loi sur la réforme fiscale, à Bogota, le 2 mai 2021. © via REUTERS - COLOMBIA PRESIDENCY Le président colombien, Ivan Duque, lors d'un discours télévisé annonçant le retrait du projet de loi sur la réforme fiscale, à Bogota, le 2 mai 2021.

Après plusieurs jours de grève et de manifestations à travers tout le pays, le chef de l’État, Ivan Duque, a finalement lâché du lest et annoncé le retrait du projet de réforme fiscale. Ce projet s’était attiré de vives critiques, car il n’était pas issu de consultation politique, et parce que la réforme allait aussi augmenter les impôts des Colombiens de classes moyennes, déjà durement frappés par la crise sanitaire et économique due à l’épidémie de Covid-19.

Après l’annonce du retrait de la réforme, le calme sera-t-il de retour ?

La réponse est non à en croire la Une du quotidien El Espectador qui annonce : « À Cali, il y aura de nouvelles mobilisations ce lundi ». « Syndicats, étudiants, organisations sociales et autochtones estiment avoir gagné une première bataille, avec le retrait du projet contesté de réforme fiscale, mais comptent pas en rester là »,explique le journal.« Les manifestants ne veulent pas seulement poursuivre les marches et la grève. Ils annoncent aussi le blocage des principaux axes routiers dans le département de la Cauca ».

Il n’est pas étonnant que le mouvement contestataire se durcisse : « L’équipe du président Ivan Duque a décidé de répondre à la mobilisation par la répression », analyse El Espectador. Et cette répression a été particulièrement brutale ce dimanche à Cali : « 16 morts, 5 personnes disparues, 147 manifestants détenus, 234 blessés et une femme violée par un agent de l’Esmad, l’unité anti-émeute de la police colombienne », rapporte le journal. Les protestataires réclament maintenant justice pour les victimes. Le maire de Cali a demandé l’ouverture d’une enquête. L’ONG colombienne Temblores tente de tenir un compte précis des violences policières commises depuis le 28 avril et le début des manifestations contre la réforme fiscale.

« Nous avons enregistré sur notre plateforme, sur laquelle on peut dénoncer les abus policiers, 940 cas de violences policières », explique le directeur de l’ONG qui dénombre un total de 21 personnes assassinées par les forces de l’ordre. Alejandro Lanz dit vouloir remettre ce rapport à la Commission interaméricaine des droits de l’homme. Selon lui, il n’existe pas de garantie judiciaire, en Colombie, qui permette aux citoyens d’avoir accès à la justice. « Les violences policières », souligne-t-il, « c’est un problème structurel ».

Ce qui amène le journal Hoy à cette conclusion amère : « Ce que la Colombie a vécu ces derniers jours est précisément ce qui ne devrait pas se produire dans une démocratie ». Et l’éditorialiste de s’en prendre à Ivan Duque : « Un dirigeant véritablement démocratique, dans un État de droit, écoute, dialogue et essaie de comprendre ceux qu'il gouverne. Il sait qu'il est avant tout un fonctionnaire, pas un monarque. Sinon il n’est pas un bon président ».

Mais il y a aussi des journaux qui soutiennent le chef de l’État colombien. À l’instar d’El Universal qui écrit : « Ivan Duque veut arriver à un consensus national et, pour cela, le retrait de la réforme fiscale est un bon début. Mais afin d’affronter les dépenses dues à la pandémie tout en garantissant l’aide sociale nécessaire jusqu'à ce que ce cauchemar sanitaire soit derrière nous, les décisions s’imposent et elles ne peuvent pas être reportées ».

Le quotidien El Colombiano s’inquiète : « Près de la moitié des Colombiens vivent aujourd'hui en situation de pauvreté, et 15% dans une situation d’extrême pauvreté. La réforme fiscale avait pour objectif d’améliorer les programmes sociaux. Avec le retrait du projet de loi, on ne sait pas comment ces programmes peuvent être maintenus ».

Crise politique au Salvador 

Le Parlement, où les partisans du président Nayib Bukele détiennent désormais la majorité, a destitué, ce weekend, les juges de la Chambre constitutionnelle de la Cour suprême. Le procureur général a également été licencié. L’opposition et une partie de la société civile crient au putsch.

« L’action des élus alliés du président Nayib Bukele à l’encontre du procureur et des juges de la Cour suprême est anticonstitutionnelle », estiment plusieurs juristes salvadoriens dans les colonnes de La Prensa Gráfica. « L’Assemblée peut, en effet, élire et révoquer les magistrats, mais seulement pour des causes spécifiques, préalablement établies par la loi », précise le quotidien.

C’est aussi l’analyse de l’avocate salvadorienne Ruth López Alfaro : « C’est une rupture de l’ordre constitutionnel. On peut même la considérer comme un coup d’Etat. Aux élections de février, le président s’est emparé de l’Assemblée législative. Et maintenant, il prend possession de l’ordre judiciaire à partir de la dissolution de la Chambre constitutionnelle de la Cour suprême. Le système salvadorien possède d’un mécanisme de contrôle de l’action gouvernementale. C’est la Chambre constitutionnelle qui a le pouvoir de juger de la constitutionnalité des actions politiques et des lois. Jusqu'à présent elle était l’institution qui contrôlait les excès du président durant la pandémie en s’appuyant sur les critères de la Commission interaméricaine des droits de l’homme. Cette Chambre constitutionnelle était donc gênante pour le président. Et c’est justement ce que reflète la décision d’hier ».

La destitution des juges a suscité aussi de vives critiques de la part du secrétaire d’État américain. Antony Blinken a souligné l’importance d’un pouvoir judiciaire indépendant, rapporte le Washington Post. Le président salvadorien, lui, s’est insurgé contre « toute ingérence étrangère dans les affaires de politique interne », écrit de son côté le journal El Salvador. Selon Nayib Bukele, les premières mesures de la nouvelle Assemblée visent uniquement « à faire le ménage ». Pas de quoi rassurer les États-Unis et le reste de la communauté internationale.

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