[Série] Tunisie : Ichraf Chebil Saïed, la très discrète épouse du chef de l’État (3/3)

« Premières dames du monde arabe » (3/3). L’épouse du président Kaïs Saïed fait preuve d’une discrétion absolue. Une position qui détonne avec celle des épouses des précédents chefs de l’État tunisien.

Ichraf Chebil Saïed, à Tunis, le 6 octobre 2019. © Ons Abid Ichraf Chebil Saïed, à Tunis, le 6 octobre 2019.

Septembre 2019, premier tour de la présidentielle. Les Tunisiens découvrent celle qui sera bientôt la neuvième première dame du pays (même si le statut n’existe pas officiellement), Ichraf Chebil Saïed. Elle prend la lumière auprès de son époux, Kaïs Saïed, venu déposer son bulletin dans un bureau de vote de Tunis.

À l’époque, Ichraf Chebil Saïed n’est pas connue du grand public. La plupart des commentaires se concentrent sur son allure. Traits figés, chevelure blonde et brushing impeccable, elle est alors juge à la cour d’appel de Tunis. Discrète durant toute la campagne présidentielle, elle le demeure après l’élection de son mari. Cette première dame n’en devient pas vraiment une. Elle n’en porte d’ailleurs pas le titre, conformément à une promesse du candidat élu.

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Fidèle à sa volonté d’interpréter strictement la Constitution, l’ancien professeur de droit public estime en effet que le statut de « première dame » n’a pas d’existence légale, puisqu’il ne figure pas dans la loi fondamentale tunisienne. Autre motif avancé par Kaïs Saïed pendant la campagne : « Toutes les Tunisiennes sont des premières dames ».

Brillante élève

Née à Sfax il y a quarante-huit ans, Ichraf Chebil Saïed deviendra juge, comme son père. Son grand-père, Sidi Ali Chebil, est considéré comme un saint dans la région de Teboulba, ville côtière située dans l’est du pays, dans le gouvernorat de Monastir, dont sa famille est originaire.

Son union avec Kaïs Saïed est le “fruit d’une histoire d’amour”

Brillante élève, elle étudie à Sousse, à l’école française, puis à la faculté de droit et de sciences politiques. Sur les bancs de cet établissement, elle rencontre celui qui va devenir son mari et qui est son aîné de quinze ans. Le couple présidentiel tient à préciser que son union est le fruit d’une histoire d’amour. ll a trois enfants : Sarah, Amrou et Mouna.

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Diplômée en sciences criminelles, la magistrate gravit les échelons. Elle est conseillère auprès de la cour d’appel de Tunis, puis vice-présidente du tribunal de première instance de la capitale.

Mutation refusée

En septembre 2020, sur les ondes de Shems FM, Youssef Bouzakher, président du Conseil supérieur de la magistrature, a affirmé que Mme Saïed, « première juge à s’installer à Carthage, avec sa famille, en tant qu’épouse de président », continuait à exercer son métier. Contrairement à ce qui était prévu en début de mandat : un arrêt de travail sans salaire mensuel pendant cinq ans, par égard pour l’indépendance de la magistrature.

Elle a même été promue juge de troisième grade « pour nécessité de service » lors du dernier mouvement du corps de la magistrature, et affectée à la cour d’appel de Sfax. Une mutation à laquelle elle s’est opposée. En novembre, un communiqué du Conseil de l’ordre judiciaire précisait qu’Ichraf Saïed serait finalement nommée au Centre d’études juridiques et judiciaires de Tunis.

Loin des médias

S’agissant du rôle de la première dame, Kaïs Saïed est resté fidèle à sa position de départ. La première apparition post-électorale de la magistrate a lieu le jour même de l’accession de son mari à la présidence, lors de la réception au palais de Carthage.

Contrairement à Wassila Bourguiba ou à Leïla Trabelsi, elle reste en retrait

Le 13 août 2020, à l’occasion de la fête nationale de la femme, sa présence, remarquée, a quelque peu éclipsé le discours de son époux contre l’égalité successorale, l’attention du public étant essentiellement accaparée par sa tenue et son maintien… Depuis, Ichraf Chebil Saïed n’a fait que de très rares apparitions dans les médias et n’intervient dans aucun domaine de l’activité de son président de mari.

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Cette discrétion, pour ne pas dire cette absence, détonne avec la tradition tunisienne, où les premières dames occupaient une place centrale. Wassila Bourguiba, l’épouse de Habib Bourguiba, plaçait certains de ses proches au gouvernement. Leïla Trabelsi, l’épouse de Zine el-Abidine Ben Ali, passait pour l’un des principaux responsables de la corruption qui gangrénait le pays. Depuis la révolution de 2011, elle vit en Arabie saoudite et fait l’objet d’un mandat d’arrêt international.

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