États-Unis-Mexique: des milliers de migrants massés à la frontière, à Ciudad Juarez

Des familles de migrants mexicains au sein de l'Institut national de la migration à Ciudad Juarez. Le 30 mars 2021. © REUTERS - EDGARD GARRIDO Des familles de migrants mexicains au sein de l'Institut national de la migration à Ciudad Juarez. Le 30 mars 2021.

La situation migratoire à la frontière entre les États-Unis et le Mexique est tendue. Un flux continu de personnes, qui s’acheminent vers la frontière sud des États-Unis, avec l’espoir d’y entrer, voient leurs espoirs s’écraser contre le mur. La frontière est bel et bien fermée aux migrants depuis plus d’un an et les villes mexicaines frontalières transformées une fois de plus en goulot d’étranglement. A Ciudad Juarez, la situation prend des allures de crise migratoire.

De notre correspondante au Mexique,

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Ciudad Juarez est agitée en ce moment. Au pont frontalier Paso del norte, deux grands flux migratoires s’y distinguent. Certains demandeurs d’asile entrent aux États-Unis après une très longue attente car Joe Biden a décrété que ces dossiers-là, obligés de végéter au Mexique sous Donald Trump, avaient le droit d’attendre la réponse à leur demande, en sécurité aux États-Unis. Ceux-là sont les rares chanceux qui ont bénéficié directement de l’arrivée du président Biden au pouvoir. Ils sont 25 000 au total sur toute la frontière.

« C’est fermé »

Pour les autres migrants, la très vaste majorité, la frontière est fermée. Au début de la pandémie l’administration Trump a détourné un vieux texte de loi sanitaire pour fermer la frontière aux migrants. Concrètement, les migrants qui posent le pied sur le sol américain pour demander l’asile sont tout simplement renvoyés illico vers le Mexique. On ne prend pas leurs demandes en compte, on n’examine pas leur véracité ou leur urgence. Une réponse laconique leur est servie : « pas maintenant, c’est fermé ». Depuis cette mesure, que Biden a discrètement reconduite, le droit d’asile américain n’existe plus.

Cette politique a été mise en place depuis un an et malgré cela les migrants ne sont pas au courant et continuent d'affluer à la frontière. Les passeurs leur promettent qu’avec Joe Biden au pouvoir, en effet, les portes des États-Unis leur sont ouvertes. A Ciudad Juarez, chaque jour au moins une centaine de personnes sont renvoyées par les États-Unis. Elles sont généralement entrées plus à l’est de la frontière, et les agents américains les mettent dans un avion sans rien leur dire. Quand on les renvoie par le pont, ils prennent conscience que le but qu’ils pensaient avoir atteint disparaît : ils se retrouvent de l’autre côté du mur. A Juarez, les foyers de migrants sont pleins de ces personnes encore abasourdies de constater que la frontière est tout simplement cadenassée.

Crise migratoire ?

La situation est régulièrement qualifiée de « crise migratoire », surtout en ce moment puisque la Border Patrol américaine s’attend à interpeller un million de migrants à sa frontière sud en 2021, un record sur les 20 dernières années. «Crise migratoire», un terme que réfutent plusieurs spécialistes du sujet, car parler de crise, c’est sous-entendre que ce qui se passe actuellement se produit soudainement et brutalement, et qu’il y a un caractère exceptionnel à cela. Crise migratoire à la frontière, peut faire à des milliers de migrants soudainement massés au pied du mur et prêts à tout pour entrer aux États-Unis. Or actuellement, ce sont les voies légales qui sont bouchées. Et c’est surtout cela qui cause l’embouteillage dans les villes mexicaines. Si c’est une crise, elle donc est largement provoquée, remarquent les experts. Dans le même temps, un flux important de personnes ne cessent d’arriver du sud avec l’espoir d’entrer… en 2021.

Le chiffre devrait être record mais plusieurs spécialistes observent qu’à cause de la pandémie de nombreux migrants ont reporté leur voyage l’an dernier. Si l’on cumule les flux attendus sur une année plus ceux qui ont repoussé leur voyage, il est logique que 2021 soit une année exceptionnelle, surtout si on y ajoute le discours des passeurs et les conditions dramatiques en Amérique centrale encore aggravées cet hiver par un double cyclone.

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