Colombie: Condamnation internationale de la répression des manifestations

Des policiers anti-émeutes et des chars dans la banlieue de Bogota le 4 mai 2021 © DANIEL MUNOZ Des policiers anti-émeutes et des chars dans la banlieue de Bogota le 4 mai 2021

L'ONU, l'Union européenne et des organisations de défense des droits humains ont dénoncé mardi la répression par la police colombienne de manifestations anti-gouvernement, initiées il y a près d'une semaine et qui ont fait une vingtaine de morts, plusieurs centaines de blessés.

La mobilisation, qui a débuté le 28 avril contre une réforme fiscale depuis retirée, s'est transformée en protestation générale contre le gouvernement, marquée par des heurts violents avec les forces de l'ordre, notamment à Cali (sud-ouest).

Des manifestants défilent dans la capitale colombienne, Bogota, après la mort d'au moins 19 personnes et la blessure de plus de 800 autres lors de manifestations contre un projet de réforme fiscale du gouvernement. © Juan RESTREPO Des manifestants défilent dans la capitale colombienne, Bogota, après la mort d'au moins 19 personnes et la blessure de plus de 800 autres lors de manifestations contre un projet de réforme fiscale du gouvernement.

"Nous sommes profondément alarmés par les événements dans la ville de Cali en Colombie, où la police a ouvert le feu sur des manifestants qui s'opposent à une réforme fiscale, tuant et blessant un certain nombre de personnes", a déclaré Marta Hurtado, porte-parole du Haut commissariat aux droits humains de l'ONU, à Genève (Suisse).

Des chars dans la banlieue de Bogota le 4 mai 2021 © DANIEL MUNOZ Des chars dans la banlieue de Bogota le 4 mai 2021

Alors que des manifestants bloquaient à nouveau des rues à Bogota et à Cali mardi, l'Organisation nationale des indigènes de Colombie (Onic) y a dénoncé un "terrorisme d'Etat" et à exiger "le retrait de l'armée et de l'Esmad", police anti-émeute.

Mme Hurtado avait auparavant lancé un appel au calme, déplorant le fait que "les forces de sécurité ont tiré à balles réelles et battu des manifestants" et rappelant "aux autorités gouvernementales de protéger les droits humains".

- Force disproportionnée -

Lundi, le Défenseur du peuple, entité publique de protection des droits, avait fait état de 19 morts et 89 disparus dans tout pays depuis le début des manifestations; le gouvernement n'admettant que deux morts, dont un policier, et 846 blessés, dont 306 civils.

Des manifestants à Medellin, en Colombie, le 3 mai 2021 © Joaquin SARMIENTO Des manifestants à Medellin, en Colombie, le 3 mai 2021

A Bruxelles, l'UE a jugé "prioritaire de mettre un terme à l'escalade de cette violence et d'éviter tout usage disproportionné de la force par les forces de sécurité".

"Nous comptons sur les institutions colombiennes pour enquêter et traduire en justice les responsables de violations des droits humains et libertés", a déclaré Peter Stano, porte-parole du chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell.

La situation s'est aggravée à Cali dans la soirée de lundi, et le secrétariat local à la sécurité a répertorié cinq morts et 33 blessés pour cette seule journée dans cette ville où l'armée est déployé depuis vendredi.

Un policier anti-émeute lance des gaz lacrymogènes contre des manifestants le 3 mai à Cali, en Colombie © Luis ROBAYO Un policier anti-émeute lance des gaz lacrymogènes contre des manifestants le 3 mai à Cali, en Colombie

En annonçant le renfort sur place de plus de 700 soldats, 500 agents de l'Esmad et 1.800 policiers, le ministre de la Défense, Diego Molano, avait argué que les troubles y étaient orchestrés par des groupes armés illégaux.

Le Défenseur du peuple, Carlos Camargo, a pour sa part déploré mardi qu'un membre de son service et quatre autres personnes y aient été attaqués par la force publique alors qu'ils assistaient des personnes interpellées.

Ils ont fait "l'objet de menaces d'agents de la police nationale qui a tiré plusieurs fois en l'air et vers le sol, ainsi que des grenades assourdissantes. Ils les ont maltraités verbalement et exigé qu'ils quittent les lieux", a-t-il indiqué.

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