Nucléaire iranien: Téhéran lance de nouvelles centrifugeuses en pleins pourparlers

Le président iranien Hassan Rohani prononçant un discours à l'occasion de la Journée nationale de la technologie nucléaire iranienne, à Téhéran, le 10 avril 2021. © AFP / Iranian Presidency Le président iranien Hassan Rohani prononçant un discours à l'occasion de la Journée nationale de la technologie nucléaire iranienne, à Téhéran, le 10 avril 2021.

Au lendemain des discussions de Vienne sur le nucléaire iranien entre Téhéran et les grandes puissances, l'Iran a annoncé ce samedi de nouvelles avancées dans son programme nucléaire, au risque de compliquer ces discussions qui doivent reprendre mercredi.

Lors d'une cérémonie officielle en vidéoconférence, le président Hassan Rohani a lancé ce samedi la production d'une chaîne de 164 centrifugeuses IR-6. Celles-ci sont dix fois plus puissantes que les anciennes IR-1 utilisées par l'Iran avant l'accord nucléaire de 2015. L'Iran a aussi lancé la mise en service de 30 centrifugeuses IR-5.

Surtout, la télévision iranienne a montré deux centrifugeuses géantes de type IR9, cinquante fois plus puissantes que les IR-1, les seules que l'accord de Vienne autorise l'Iran à utiliser à des fins de production.

Ces nouvelles centrifugeuses, installées au sein du complexe nucléaire de Natanz, dans le centre de l'Iran, sont actuellement testées pour vérifier la « stabilité mécanique », a annoncé le président Rohani, mais elles permettront à l'Iran de faire un très grand pas dans l'accélération de sa production d'uranium enrichi.

Dans le cadre de l'accord de 2015, l'Iran s'était engagé à utiliser seulement des centrifugeuses anciennes et de garder seulement 350 kilogrammes d'uranium faiblement enrichi, rappelle notre correspondant à Téhéran, Siavosh Ghazi. Avec ces nouvelles centrifugeuses, le stock d'uranium enrichi de l'Iran a déjà atteint 5 000 kilogrammes. Téhéran a également produit 60 kilogrammes d'uranium enrichi à 20%, ce qui est plus proche du seuil militaire. Mais Hassan Rohani a répété à l'occasion de la cérémonie organisée pour la Journée nationale de la technologie nucléaire que le programme nucléaire de son pays était purement « pacifique ».

L'accord de Vienne est moribond depuis que les États-Unis en sont sortis unilatéralement en 2018, sous la présidence de Donald Trump, rétablissant une avalanche de sanctions économiques et financières contre l'Iran. En riposte, Téhéran avait commencé à s'affranchir de ses engagements à partir de mai 2019 et le rythme s'est accéléré ces derniers mois.

Des propositions « très sérieuses » de Washington à l'Iran

Les annonces de ce samedi peuvent compliquer les discussions de Vienne menées cette semaine entre la République islamique et les autres États parties à l'accord de 2015 (Allemagne, Chine, France, Grande-Bretagne et Russie) sur la façon de réintégrer les États-Unis au sein de ce pacte conclu dans la capitale autrichienne. L'objectif étant de trouver un accord entre Téhéran et Washington pour la levée des sanctions américaines. En contrepartie, l'Iran devra limiter de nouveau son programme nucléaire. 

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Vendredi, un responsable américain a déclaré sous le couvert d'anonymat que Washington avait fait, indirectement, des propositions « très sérieuses » à l'Iran pour relancer cet accord et que les Américains attendaient une certaine « réciprocité » de la part de la République islamique. 

Le nouveau président américain Joe Biden a déclaré qu'il était prêt à réintégrer l'accord, donc à lever les sanctions après négociations. De son côté, l'Iran dit être prêt à revenir à l'application pleine et entière du texte, à condition que les États-Unis lèvent d'abord toutes les sanctions qu'ils ont réimposées ou instaurées contre Téhéran depuis 2018.

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Des échanges  « productifs »

L'Union européenne, qui coordonne les discussions entre l'Iran et ses partenaires, a jugé que les échanges qui ont eu lieu cette semaine à Vienne étaient « productifs ».

Selon la Russie, afin de « maintenir la dynamique positive », les diplomates des pays toujours parties à l'accord de Vienne « se réuniront à nouveau la semaine prochaine » dans la capitale autrichienne. Selon Téhéran, cette rencontre doit avoir lieu mercredi, au niveau des vice-ministres des Affaires étrangères.

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