Troyes: Laurent Batlles, à l’Aube d’une belle carrière

Laurent Batlles, entraîneur de Troyes © ICON Sport Laurent Batlles, entraîneur de Troyes

Le soleil brille sur la plaine d’entraînement, à Troyes. Silhouette affûtée, le coach distille ses conseils, chambre, crie et donne de la voix avec l’accent du sud. Un observateur peu avisé penserait voir Zinedine Zidane au cœur d’une séance à Valdebebas. Mais l’ombre du Stade de l’Aube rappelle le contexte. Ce coach n’est donc pas Zizou mais Laurent Batlles. Cette comparaison avec le génie du Real a accompagné Battles durant sa longue et riche carrière en Ligue 1 (654 matchs dans neuf clubs). Une comparaison dure à porter et que Batlles a bien souvent assumé grâce à son QI football au-dessus de la moyenne et une justesse technique qui, toutes proportions gardées, rappelait celle du champion du monde 1998.

Aujourd’hui, Laurent Batlles est un entraîneur en vue, à la tête de l’ESTAC depuis août 2019. Presque par hasard, après le départ de Rui Almeida. Et il y réussit. Arrivé dans un club qui avait connu, durant l’été, 16 arrivées pour 17 départs, l’objectif était clair: le maintien. Mais les Troyens ont fait mieux. Interrompue par le Covid-19, la saison 2019-2020 a privé les Champenois de jouer la montée en fin de championnat: ils étaient alors quatrièmes et sur une dynamique d’enfer. 

Mais ce premier exercice réussi n'était pas destiné à être un simple épiphénomène: cette saison, Troyes caracole en tête de la Ligue 2. Et si le haut du tableau est très resserré, les joueurs de l’Aube font clairement partie des favoris pour la montée directe en Ligue 1. Sous l’impulsion de Laurent Batlles.

La filiation avec Christophe Galtier

La comparaison avec l’entraîneur du Real, Laurent Batlles l’évacue vite: "C’est vrai que joueur, on me l’a souvent dit, car il y a les similitudes physiques et le rôle de meneur de jeu assez technique nous rapprochait. Mais aujourd’hui, nous faisons des métiers différents. Même si je regarde ce que font tous les entraîneurs, dans un club comme le Real, Zidane doit gérer des ego, des pressions, qui n’ont rien à voir avec ce que je vis." 

Batlles reconnaît en revanche une certaine filiation avec un autre meneur de division, Christophe Galtier, coach de Lille, 2e de Ligue 1 (à égalité de points avec le leader, le PSG): "J’ai beaucoup appris auprès de Christophe. En tant que joueur, à la fin de ma carrière, il a fait de moi son relais entre lui et le terrain". Si l’envie d’entraîner existait chez le natif de Nantes, ses dernières années sur le terrain, sous la tutelle de Galtier, l’ont conforté dans ses envies: "Il a fallu se donner les moyens de devenir entraîneur, en passant les diplômes puis en apprenant. Je remercie Saint-Etienne, qui m’a permis de me former en coachant les U19 puis la réserve".

Rapidement, Batlles est devenu, pour les suiveurs de Troyes et de la Ligue 2, ce que la presse appelle un bon client, avec une communication souriante et ouverte. "C’est sûr qu’en évoluant aux côtés de Christophe Galtier, j’ai aussi été témoin de sa communication, note-t-il. Il est parmi les meilleurs en France, je me suis inspiré de cela aussi."

Un coach humain, exigeant, à la philosophie joueuse 

Et sur le jeu en lui-même? Batlles était un joueur de ballon, il est aujourd’hui un entraîneur qui continue à aimer le jeu. C’est ce qu’il demande à ses équipes, comme en témoigne Dylan Chambost, qu’il a d'abord entraîné en jeunes à Saint-Etienne puis désormais à Troyes depuis deux ans: "C’est un coach très humain, très chambreur aussi, mais il sait créer une distance aussi afin de pouvoir être exigeant avec nous".  Batlles confirme: "Je ne demande pas aux joueurs des choses dont ils ne sont pas capables, mais je veux qu’ils soient exigeants avec eux-mêmes, pour qu’ils apprennent à répondre par eux-mêmes à des situations de match".

Comme le joueur qu’il était, Batlles mise sur l’épanouissement personnel au service du collectif. "Le coach nous dit toujours qu’il y a des choses à gagner dans une saison sur le plan personnel comme sur le plan collectif, mais que l’un ne va pas sans l’autre", explique Chambost. 

Très à cheval sur sa mise à niveau permanente, Batlles regarde du football. Beaucoup de football. "Je m’intéresse à deux types d’équipes, explique-t-il. Celles qui ont les meilleures attaques de leur championnat et celles qui ont les meilleures défenses. J’essaie de comprendre ce qui leur permet d’exceller." Avant de conclure que "les succès doivent venir par le jeu". Et Dylan Chambost d’étayer: "Nous avons eu deux revers avant la trêve, mais le coach nous dit de ne pas changer de façon de jouer, et que le succès reviendra en jouant au football et tant pis si nous avons ponctuellement du mal face à des blocs bas".

Batlles ne se départira pas de sa philosophie de coach joueur, une attitude qui ne doit pas déplaire au City Football Group (groupe de Manchester City) à la tête de l’ESTAC depuis septembre dernier. Une philosophie qui plaît surtout à toute une région, qui veut voir l’ESTAC de nouveau en Ligue 1, cinq ans après la relégation. Troyes et son entraîneur sont à huit matchs du Graal.

Troyes: Laurent Batlles, à l’Aube d’une belle carrière