Allemagne : les jeunes réfugiés syriens et la Syrie

Des Syriens manifestent pour la paix en Syrie devant le Parlement allemand © John MacDougall/AFP/Getty Images Des Syriens manifestent pour la paix en Syrie devant le Parlement allemand

"Malgré la distance, la Syrie reste toujours dans mon cœur", explique Aya, une réfugiée de 17 ans qui fait désormais ses études en Allemagne. Elle est arrivée en Allemagne avec sa famille en 2014 après un voyage qu'elle décrit comme très éprouvant. Aujourd’hui, elle ne se voit plus retourner en Syrie. "Sauf pour rendre visite à ma famille lorsque la situation s'améliorera. Mais pour s’y installer, c’est compliqué", confie-t-elle.

Ghaith, 14 ans, partage ce sentiment de l’impossible retour. "Je ne pense pas à retourner en Syrie. Je voudrais rester ici en Allemagne pour toujours."

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L’adolescente explique avoir compris le drame qui se déroule en Syrie une fois partie. "Je ne me souviens pas de la guerre, ni des conditions dans lesquelles nous vivions. Je suis venue ici en tant qu’enfant avec ma famille. Mais j'en ai beaucoup entendu parler et j'ai tout suivi à la télévision."

De son côté, Rama, 17 ans, raconte d'une voix émue : "La Syrie est mon pays, c’est ma patrie. Je prévois de visiter mon pays natal lorsque la situation aura changé. En revanche, je ne pense pas du tout à y vivre et à m'y installer."

Enfin, Iman est arrivée avec sa famille en Allemagne lorsqu'elle avait 14 ans. Elle dit aimer son pays mais veut rester ici. "Quand je pense à l'avenir, un retour en Syrie ne fait pas partie de mes projets", confie-t-elle.

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Pour Karim Al Wasseti, expert en migration au Conseil des réfugiés de Basse-Saxe, le refus des enfants et des jeunes déplacés de retourner en Syrie est "logique et suit la raison".

Selon lui, les enfants ne voient aucune perspective d'amélioration et d’avenir dans leur pays. Ils ont au contraire "trouvé une nouvelle patrie" en arrivant en Allemagne pendant une période très difficile et importante de leur vie.

Reconstruction

Bien que le retour soit hors de question pour de nombreux jeunes Syriens, beaucoup expriment la volonté de contribuer à la reconstruction du pays, ravagé par dix ans de guerre.

Aya rêve ainsi de devenir architecte et dit être prête "à se rendre en Syrie pour aider", tout en restant vivre "en Allemagne, le pays dans lequel j'ai eu la chance de m'installer en sécurité."

Rama estime quant à elle qu’il est possible de contribuer à la reconstruction de la Syrie en se mobilisant à travers des associations ou des projets caritatifs. "Je ne changerai pas de pays de résidence, je ne pense pas aller ailleurs, surtout maintenant que me je suis intégrée dans la société allemande."

Iman, qui veut devenir dentiste, se voit aussi plutôt agir à distance. "J'espère pouvoir apporter ma pierre depuis ici sans avoir à retourner en Syrie, car je ne veux pas retourner dans un pays où ma famille, mes voisins et ma maison ont disparu."

Pour Ghaith, c’est à l’Allemagne qu’il veut rendre quelque chose une fois adulte. "Ici, ma famille a trouvé l'aide dont elle avait besoin. Après avoir obtenu mon diplôme, je veux aussi travailler et aider ceux qui ont besoin de moi ici en Allemagne", explique-t-il.

Selon Karim Al Wasseti, ce n’est pas à la jeunesse de subir le poids de la responsabilité. Pour l’expert en migration, "la reconstruction de la Syrie est de la responsabilité de la communauté internationale, qui n'a pas réussi à résoudre le conflit et à mettre fin à la crise, ni à aider les personnes déplacées de force."

Un abri

Ce sentiment d’une intégration réussie est partagée par les jeunes Syriens avec lesquels InfoMigrants a pu s’entretenir.

Aya se dit ainsi fière d’avoir "réalisé des choses" en Allemagne où elle estime avoir "un réel avenir". L'éducation était l'étape la plus importante selon elle, notamment parce qu’il fallait surmonter la barrière de la langue.

Quant à Iman, qui a traversé de nombreux pays et déménagé plusieurs fois lors de son périple avec sa famille, l’Allemagne est devenue pour elle "un nouvel abri".

Ghaith acquiesce : "Je me sens en sécurité avec ma famille en Allemagne, l'avenir ici est bien meilleur. J’ai la possibilité de réaliser tout ce que je veux sans avoir peur et sans devoir trop réfléchir. Maintenant que je suis intégré et ai des amis ici, je ne veux pas qu’on me prenne cela à nouveau."

Source : https://www.infomigrants.net/fr/post/30960/allemagne-ce-que-pensent-les-jeunes-refugies-syriens-de-la-syrie

Auteur: Marco Wolter

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