Ministres démissionnaires : en Europe, une épidémie de départs depuis le début de la crise

Mardi dernier, le ministre de la Santé autrichien a annoncé son départ se disant lessivé par la crise sanitaire. Il est loin d'être le seul à avoir quitté ses fonctions en Europe depuis le début de l'épidémie.

Anschober a annoncé qu'il démissionnait, affirmant que la gestion de la crise du coronavirus l'avait surmené. © JOE KLAMAR / AFP Anschober a annoncé qu'il démissionnait, affirmant que la gestion de la crise du coronavirus l'avait surmené.

Autriche, Roumanie, Pays-Bas, Espagne, France... En Europe, et ailleurs, la pandémie a fait valser de nombreux ministres, surtout des ministres de la Santé, certains sous le feu d'un scandale, d'autres par fatigue ou encore pour s'engager dans une autre bataille que la crise sanitaire causée par la pandémie de Covid-19.

Récemment, c'est le ministre Autrichien, Rudolf Anschober, qui a annoncé le 13 avril sa démission, se disant "épuisé" par la gestion de la pandémie. Après "15 mois qui ont paru 15 ans", "je démissionne de mon poste", a déclaré l'élu écologiste de 60 ans, visiblement ému, lors d'une conférence de presse à Vienne. "Je ne suis pas en burn-out, sinon je ne serais pas là", mais "depuis quelques semaines, je manque d'énergie", a-t-il ajouté.

Sous "protection policière" depuis novembre après avoir reçu "des menaces de mort", il a confié s'être senti "très seul dans la troisième vague". Il a en outre déploré des "divisions" et une forte "agressivité chez certains", dans une critique voilée du chancelier qui a tenu son ministère pour responsable d'une commande trop faible de vaccins. À l'instar de Rudolf Anschober, d'autres ministres ont préféré, ou été contraint, de jeter l'éponge. Tour d'horizon.

  • Démission sous pression du Premier ministre slovaque

Critiqué pour sa gestion de la pandémie de Covid-19 et sa décision d'acheter du vaccin russe Spoutnik V, le Premier ministre slovaque Igor Matovic a jeté l'éponge le 30 mars dernier pour laisser la place au ministre des Finances Eduard Heger. "S'il vous plaît, pardonnez-moi pour toutes les erreurs que j'ai faites pendant cette dernière année", a lâché devant les journalistes le chef démissionnaire du gouvernement.

Selon un sondage du 21 mars, plus de 80% des Slovaques souhaitaient son départ. Le pays de 5,4 millions d'habitants membre de la zone euro affiche un des taux de mortalité liée au Covid-19 et de contamination par le coronavirus les plus élevés du monde.

Son recours au vaccin Spoutnik V pour immuniser ses compatriotes a en outre particulièrement divisé la classe politique, l'ancien ministre des Affaires étrangères Ivan Korcok ayant par exemple qualifié ce vaccin mis au point en Russie d'"outil de guerre hybride".

"Quand une année prend dix ans de votre vie (...) Cela a été un honneur et merci", a écrit Igor Matovic sur Facebook. "N'ayez pas peur, tout ira bien", a un peu plus tard déclaré le Premier ministre sortant.

  • Le ministre de la Santé espagnol part en campagne

Symbole de la lutte contre le Covid-19 en Espagne, qui l'a propulsé sur le devant de la scène, le ministre de la Santé Salvador Illa a quitté son poste fin février, en pleine reprise de l'épidémie, pour se présenter aux élections régionales en Catalogne.

La gestion de la pandémie a donné à Salvador Illa une grande visibilité mais en a également fait la cible des critiques, l'Espagne étant l'un des pays européens les plus touchés par la pandémie avec près de 56 000 morts et 2,5 millions de cas recensés.

"Comme n'importe quel ministre chargé d'une gestion aussi complexe que celle-ci, il a eu des détracteurs et des défenseurs", d'autant plus que l'Espagne "est un Etat décentralisé", où les régions sont compétentes en matière de Santé, résume la politologue de l'université de Saragosse, Cristina Monge. Salvador Macip, chercheur à l'université de Leicester et à l'université ouverte de Catalogne fustige également la défection d'Illa en pleine troisième vague : "Si tu fais vraiment du bon boulot, tu dois rester jusqu'à ce que cela se finisse".

Salvador Illa a remporté les élections régionales en Catalogne mais n'est pas parvenu à déloger les indépendantistes du pouvoir.

  • Le ministre roumain de la Santé poussé à la démission

Au printemps dernier, le ministre de la Santé roumain se voit forcé de démissionner au lendemain d'une déclaration en contradiction avec la ligne du gouvernement. Victor Costache avait affirmé que les habitants de Bucarest bénéficieraient rapidement de tests pour déceler la maladie, alors que des médecins dans tout le pays demandaient que le personnel hospitalier ait la priorité, relaye la RTBF.

"M. Costache a présenté sa démission, invoquant des raisons personnelles et professionnelles", avait déclaré le chef du gouvernement Ludovic Orban.

  • Le départ d'Agnès Buzyn pour la bataille de Paris

Un petit jeu de chaises musicales est organisé en février 2020, alors que la pandémie s'apprête à frapper l'Europe de plein fouet. La ministre de la Santé de l'époque, Agnès Buzyn, a présenté sa démission mi-février, quelques semaines à peine avant le premier confinement, appelée pour remplacer, au pied levé, dans la course pour la mairie de Paris, son collègue Benjamin Griveaux, obligé d'abandonner après la publication de vidéos à caractère sexuel.

"Quitter ce ministère est un déchirement. (...) Ce ministère est celui de la construction du lien, celui qui redonne à chacun sa place dans la communauté de destin. C'est au sens premier le ministère du soin et du sens", avait-elle déclaré lors de la passation de pouvoir avec son successeur Olivier Véran.

"J'ai certainement vécu l'une plus des belles aventures humaines, ma gratitude est immense, mon émotion traduit ma gratitude et l'admiration que j'ai pour vous tous. Elle traduit aussi mon espérance pour l'avenir de Paris qui me tient tant à coeur et je serai au rendez-vous", a-t-elle aussi lancé. Du côté des soignants, ce départ n'avait pas été bien accueilli. "On a été méprisés", s'insurgeait ainsi Christophe Prudhomme, porte-parole de l'Association des médecins urgentistes de France (AMUF) et délégué CGT auprès de L'Express.

Quant aux municipales, "j'y vais pour gagner", avait assuré la nouvelle candidate, qui a finalement récolté 13,30 % des suffrages.

Il existe d'autres exemples de ministre de la Santé tombés dans la tourmente pendant la crise sanitaire en dehors de l'Europe. On peut notamment citer le Chili, l'Argentine ou encore le Pérou.

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