[Chronique] Le vaccin « made in Africa », coup de bluff du Nigeria ?

Le Nigeria indique progresser dans le développement d’un vaccin contre le coronavirus. Mais la task force présidentielle ne donne guère plus de détails…

Damien Glez © Damien Glez Damien Glez

L’ensemble du continent africain a enregistré trois fois moins de décès du Covid-19 que le seul Brésil, alors que la population africaine est six fois plus élevée que celle du plus grand État d’Amérique latine. Mais même épargnée en certaines de ses zones géographiques, l’Afrique n’entendait pas rester en marge de la quête de soins préventifs ou curatifs.

Friands d’un patriotisme sanitaire africain souvent mis à mal par la réalité des systèmes de santé, des chefs d’État comme Andry Rajoelina ont promu de présumées solutions de pharmacopée locale comme le Covid Organics. Parfois distants à l’égard de vaccins censément exogènes, certains ont fait la fine bouche à l’apparition de l’AstraZeneca-Oxford ou du Pfizer-BioNTech.

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Et pourtant, au fil du temps, la succession de vagues de contamination finit de convaincre les plus sceptiques de l’incontournable porte de sortie de la pandémie par la vaccination. Ce n’est que fin mars que l’État malgache a donné son feu vert pour un recours aux vaccins dans la lutte contre le Covid-19, même si le chef de l’État indiqua que lui et sa famille n’avaient pas l’intention de se faire vacciner…

Indéniables capacités industrielles

L’orgueil politicien n’aurait-il pas meilleur jeu à annoncer la mise sur le marché d’un vaccin « made in Africa » ? Rêve impossible, dans un secteur verrouillé par les tenants de « Big pharma » ?  « Pas sûr », semble répondre le Nigeria.

Le géant d’Afrique de l’Ouest dispose d’indéniables capacités industrielles qui devraient permettre la production à grande échelle, et sous licence, de préparations biologiques vaccinales élaborées ailleurs. Ce fut l’option de l’Inde qui produit massivement l’AstraZeneca d’origine britannique.

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Mais la communication récente d’Abuja entend tracer des perspectives plus enthousiasmantes. En janvier, le pays débloquait 25 millions de dollars pour élaborer une réponse vaccinale locale. Une démarche qui ne flatte pas seulement l’ego africain, mais rassure, au moment où patine l’initiative Covax destinée à fournir des vaccins aux pays en développement. Le Nigeria, justement, ne devrait pas recevoir comme prévu plusieurs millions de doses promises par l’Inde qui a suspendu ses livraisons.

« Deux candidats vaccins en cours d’élaboration »

La task force présidentielle mise en place par l’État fédéral nigérian ne donne guère de détails sur les progrès annoncés dans la quête du vaccin national, évoquant laconiquement « deux candidats vaccins en cours d’élaboration ». Les essais cliniques et les certifications n’auraient pas encore débuté. À l’écoute du responsable qui évoque un renforcement du « moral » et de  « l’image de l’industrie médicale », certains observateurs taquins se souviennent du programme spatial zaïrois des années 1970

Bluff communicationnel ou méthode Coué ? D’autres citoyens se demandent pourquoi un système sanitaire aux reins suffisamment solides pour créer un vaccin ne serait pas capable de soigner son propre chef de l’État. Sous le #BuhariMustGo, une vague d’indignation dénonce les soins britanniques au long cours de Muhammadu Buhari, officiellement absent du Nigeria pour une période de deux semaines…

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