Côte d'Ivoire : Patrick Achi confirmé à son poste de Premier ministre

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L'ex-secrétaire général de la présidence de Côte d'Ivoire Patrick Achi, chef du gouvernement par intérim depuis le 8 mars, a été confirmé ce vendredi 26 mars à son poste de Premier ministre par le président Alassane Ouattara. « Patrick Achi a été nommé Premier ministre et chef du gouvernement » et le président de la République lui demande de « lui proposer un nouveau gouvernement dans les meilleurs délais », selon un décret lu par Fidèle Sarassoro, nouveau secrétaire général de la présidence. Patrick Achi, âgé de 65 ans, avait été nommé Premier ministre par intérim le 8 mars pour suppléer aux fonctions du chef du gouvernement Hamed Bakayoko, mort d'un cancer à 56 ans le 10 mars en Europe, où il était hospitalisé depuis trois semaines.

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L'un des hommes clés d'Alassane Ouattara

Métis né le 17 novembre 1955 à Paris d'un père ivoirien originaire du sud du pays et d'une mère française, Patrick Achi a occupé son premier poste ministériel le 24 janvier 2000, comme ministre des Infrastructures économiques et porte-parole du gouvernement d'un pays alors dirigé par l'ex-président Laurent Gbagbo. Il est resté aux Infrastructures économiques pendant dix-sept ans sous cinq chefs de gouvernement, avant d'être nommé par le président Ouattara ministre d'État, secrétaire général de la présidence. Patrick Achi est multi-diplômé : il possède une maîtrise de maths-physique de l'université nationale de Côte d'Ivoire, un diplôme d'ingénieur de l'École supérieure d'électricité (Supélec) et un master en management qu'il a obtenu à l'université Stanford, aux États-Unis. Après des débuts dans le privé au sein d'un grand cabinet, Arthur Andersen, entre Paris et Abidjan, il rentre et ouvre sa propre entreprise de conseil. Patrick Achi est aussi un homme de terrain. Lors des dernières législatives du 6 mars, il a été réélu député de son fief d'Adzopé (sud), ville de la région de La Mé dont il préside également le conseil régional. Ce territoire est traditionnellement acquis au FPI de Gbagbo.

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Acter la réconciliation

Désormais, cet homme d'expérience aura la difficile mission de poursuivre la politique de réconciliation nationale dans un pays à l'histoire récente marquée par les violences politiques. Hamed Bakayoko, qui avait lui-même succédé en juillet 2020 à Amadou Gon Coulibaly, également décédé de maladie, était apprécié dans tous les partis politiques pour sa capacité à écouter et prendre en compte les avis divergents. Dans une Côte d'Ivoire meurtrie par les violences politiques depuis plus de vingt ans ? dont celles liées à la dernière présidentielle d'octobre 2020 qui ont fait près de 100 morts ?, il a ?uvré à la tenue le 6 mars d'élections législatives apaisées. Ce scrutin s'est tenu sans violences et, pour la première fois depuis dix ans, les grands partis d'opposition y ont participé. S'ils ont contesté certains résultats devant le Conseil constitutionnel, ils n'ont pas appelé à le faire dans la rue.

En présidant mercredi le dernier conseil des ministres du gouvernement Bakayoko, le président Alassane Ouattara a déclaré : « Pour honorer sa mémoire, nous devons poursuivre le dialogue politique, le développement de notre pays avec engagement et détermination dans une Côte d'Ivoire apaisée et ouverte à tous. »

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Bientôt, un nouveau gouvernement

En annonçant la nomination de Patrick Achi, la présidence ivoirienne a précisé qu'il devait proposer un nouveau gouvernement au chef de l'État « dans les plus brefs délais ». Ce gouvernement devrait théoriquement être formé avant mercredi, jour habituel de la réunion du conseil des ministres, à la veille de la rentrée solennelle de l'Assemblée nationale et de ses nouveaux députés, 137 du parti au pouvoir et 91 de l'opposition. « Sa nomination est la preuve que le PDCI est une grande maison qui a formé et continue de former des cadres de grande valeur », a d'ailleurs noté N'Goran Djedri, un des dirigeants de ce parti, auprès de nos confrères de l'AFP. « C'est une figure politique très connue de ces vingt dernières années tumultueuses », note l'analyste politique Rodrigue Koné. En tant qu'ancien du PDCI « il peut parler à tout le monde, naviguer entre plusieurs acteurs », estime-t-il.

Un signe fort de la politique de réconciliation nationale et du dialogue voulu par le chef de l'État serait le retour de Laurent Gbagbo en Côte d'Ivoire. Acquitté en première instance de crimes contre l'humanité par la Cour pénale internationale (CPI) pour son rôle présumé dans des violences électorales qui avaient fait quelque 3 000 morts en 2011, Laurent Gbagbo a annoncé ce retour pour « bientôt ». La CPI l'a autorisé à quitter la Belgique, où il réside depuis sa libération conditionnelle en janvier 2019, dans l'attente d'un éventuel appel de la procureure de la CPI qui décidera d'y donner suite ou non le 31 mars.

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