Centrafrique: mort d'un important chef rebelle

Une photo d'archives, datant du 6 février 2019, de Sidiki Abbas, leader du groupe rebelle centrafricain 3R, dont le mouvement a annoncé le 2 avril 2021 la mort il y a une semaine des suites de blessures reçues dans des combats en novembre dernier. © FLORENT VERGNES Une photo d'archives, datant du 6 février 2019, de Sidiki Abbas, leader du groupe rebelle centrafricain 3R, dont le mouvement a annoncé le 2 avril 2021 la mort il y a une semaine des suites de blessures reçues dans des combats en novembre dernier.

Sidiki Abass, accusé de crimes de guerre et chef d'un des plus puissants groupes armés qui cherche à renverser le président centrafricain Faustin Archange Touadéra, est mort des suites de ses blessures reçues lors d'une attaque en novembre, selon son mouvement.

Dans un communiqué, le groupe "3R" (pour "Retour, réclamation et réhabilitation") a annoncé la "triste nouvelle du décès de son président fondateur, le général Sidiki Abass, le 25 mars", dans un centre de santé du nord du pays.

Il est décédé "suite aux blessures graves qu’il a subies pendant les attaques qui ont eu lieu précisément à Bossembélé le 16 novembre 2020", a indiqué le général Bobbo, signataire du communiqué et qui a authentifié le document auprès de l’AFP.

"Le général Bobbo est le nouveau leader du mouvement 3R", ajoute le communiqué.

Sidiki Abass, de son vrai nom Bi Sidi Souleymane, était l’un des principaux chefs de groupes armés de Centrafrique, plongée dans une interminable guerre civile depuis près de huit ans.

Le mouvement 3R, constitué en majorité de peuls, avait été formé à l’origine pour défendre cette communauté d'éleveurs nomades dans le nord-ouest de la Centrafrique, où les conflits avec les paysans sédentaires sont récurrents.

- Crimes de guerre -

En avril 2019, Sidiki Abass avait signé un accord de paix à Khartoum avec le gouvernement centrafricain et 14 groupes armés. A peine deux mois plus tard, des éléments des 3R avaient massacré 46 civils dans trois villages proches de Paoua, une ville du nord du pays.

"Les meurtres de ces civils sont des crimes de guerre qui doivent faire l’objet d’enquêtes approfondies et leurs responsables doivent être traduits en justice", avait accusé l'ONG Human rights watch (HRW) dans un rapport publié en juillet 2019, qui pointait la responsabilité de Sidiki Abass et de de son groupe 3R. 

Selon plusieurs sources judiciaires, le chef de guerre était visé par une enquête de la Cour Pénale spéciale, un tribunal hybride chargé de juger les graves violations des droits humains commis en Centrafrique depuis 2003.

Malgré les massacres de Paoua, le mouvement 3R était resté dans l’accord de Khartoum et avait continué à prospérer dans le nord-ouest, où ses éléments contrôlent la taxation de la très lucrative transhumance du bétail en provenance du Cameroun et du Tchad voisin.

Les rapports de Sidiki Abass avec le gouvernement et la Mission des Nations unies en Centrafrique (Minusca) n’ont ensuite cessé de s’envenimer, au point que les casques bleus ont lancé en juin 2020 l’opération "A la Londo" contre les bases des 3R dans le nord-ouest du pays, afin de libérer les axes routiers où les miliciens avaient établi des péages illégaux.

Une photo d'archives, le 30 janvier 2021, de combattants rebelles de la CPC, la Coalition des patriotes pour le changement, en luute contre le président Archange Touadéra. © ALEXIS HUGUET Une photo d'archives, le 30 janvier 2021, de combattants rebelles de la CPC, la Coalition des patriotes pour le changement, en luute contre le président Archange Touadéra.

Mais les miliciens des 3R, rompus aux combats dans la brousse, continuaient d’entretenir l’insécurité dans la région et de mener des attaques contre des convois, qui avaient causé la mort d’un casque bleu rwandais en juillet 2020.

- Embuscade -

En décembre, le mouvement 3R avait rejoint la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), une alliance de groupes armés centrafricains qui a lancé une offensive à deux semaines de l’élection présidentielle pour empêcher la réélection du président Touadéra et renverser son régime.

Une photo d'archives, prise le 25 décembre 2020, de casques bleus de la Mission des Nations unies en Centrafrique (MINUSCA) en patrouille à Bangui. © ALEXIS HUGUET Une photo d'archives, prise le 25 décembre 2020, de casques bleus de la Mission des Nations unies en Centrafrique (MINUSCA) en patrouille à Bangui.

Bien équipés, les 3R ont été en première ligne des combats contre les forces pro-gouvernementales, parvenant à progresser jusqu’à une centaine de kilomètres de Bangui.

Le communiqué des 3R date la blessure de leur chef le 16 novembre, soit un mois avant le début de l’offensive rebelle. Or, selon plusieurs sources sécuritaires et onusiennes, c’est en décembre, dans les premiers combats, que Sidiki Abass aurait été touché dans une embuscade sur son convoi. 

La rumeur de sa mort courait depuis, mais le mouvement 3R s’était jusqu’alors refusé à confirmer cette information.

Depuis janvier, les troupes centrafricaines, assistées par des centaines de militaires rwandais et de paramilitaires russes, mènent une contre-offensive contre la CPC, qui a permis de libérer la plupart des localités occupées par les rebelles en décembre. L'ancien président François Bozizé a pris officiellement fin mars la tête de la coalition rebelle.

Les 3R ont perdu beaucoup de terrain, mais ils restent toujours une sérieuse menace dans le nord-ouest, où leur connaissance de la zone leur permet d’évoluer à l’écart des rares pistes accessibles aux véhicules des forces gouvernementales.

clt-amt/hba

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