Maroc : Un nouveau modèle de développement peu égalitaire, selon les féministes

© Fournis par Yabiladi

Analysant la portée du rapport relatif au nouveau modèle de développement, en ce qui concerne les droits des femmes, des féministes marocaines ne voient pas en ces propositions une clé pour éradiquer les disparités et les discriminations basées sur le genre. Pire, l’ADFM y voit une zone grise, susceptible de faire reculer les actions égalitaires.

A la suite de sa lecture du rapport final de la Commission spéciale sur le nouveau modèle de développement (NMD), l’Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM) a critiqué des propositions peu inclusives de la dimension égalitaire des droits humains de la femme. Dans un communiqué parvenu à Yabiladi, l’ONG féministe indique que la vision du rapport est marquée par «un tropisme masculin et par une grande frilosité». «Elle ne nous concerne pas car ce n’est pas le Maroc que nous voulons pour les petites filles et les jeunes femmes d’aujourd’hui et à l’horizon 2035», tranche l’organisation.

Evoquant le rapport du cinquantenaire de 2005, l’ADFM rappelle que le Maroc «a développé un savoir et une expérience non négligeables en termes de diagnostic de la situation du pays et de feuilles de route dans de nombreux secteurs», notamment celui des droits des femmes. «Or, le rapport fait table-rase d’un capital d’expériences permettant de montrer le chemin pour l’avènement d’un nouveau modèle de développement», note l’ADFM.

Une analyse d’un autre temps sur la question des femmes

Il y a quelques mois, l’ADFM avait réitéré ses appels pour un traitement des questions des femmes par les institutions étatiques, qui soit en phase avec l’universalité des droits humains ainsi que les principes d’égalité auxquels le Maroc adhère, dans sa Constitution et dans les conventions internationales dont il est signataire. Ce rappel a été fait, notamment après la publication par le Haut-commissariat au plan (HCP) d’une note relative à la «prévalence de la violence subie par les hommes dans les différents espaces de vie». L’ADFM y pointait une confusion des approches, que la méthodologie du rapport sur le NMD risque de renforcer d’une autre manière.

Contactée par Yabiladi, la présidente de l’ADFM, Amina Lotfi, déplore que les acteurs institutionnels, politiques et détenteurs d’un pouvoir de proposition ou de décision ne sont finalement pas conscients et convaincus des questions de genre. Dans leur analyse des réalités, «ils n’y sont pas sensibilisés, dans la mesure où nos politiques, sociales et économiques, ne tiennent pas compte d’une approche intégrée de l’égalité des sexes», souligne la militante.

«Il n’y a pas de convergence, même dans une politique comme le Plan gouvernemental de l’égalité. Ce que nous souhaitons, c’est une vision concertée, une approche globale et stratégique, une approche résultat pour l’effectivité des droits des femmes, ce qui n’apparaît pas du tout dans le rapport sur le NMD.»

Amina Lotfi, présidente de l’ADFM

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