Au Mozambique, près de 10 000 déplacés "traumatisés par l’attaque de Palma"

Une femme se reposant près de son bébé dans le complexe sportif de Pemba où ont été rassemblées des familles de déplacés qui ont fui l'attaque jihadiste de Palma, au nord-est du Mozambique, fin mars. © Alfredo Zuniga, AFP Une femme se reposant près de son bébé dans le complexe sportif de Pemba où ont été rassemblées des familles de déplacés qui ont fui l'attaque jihadiste de Palma, au nord-est du Mozambique, fin mars.

La violente prise de la ville de Palma par un groupe jihadiste à partir du 24 mars a poussé des milliers de personnes à fuir en direction des districts de Nangade, Mueda, Montepuez et Pemba. Dimanche, les Nations unies avaient dénombré près de 10 000 personnes déplacées par l’attaque. Les trois quarts sont des femmes et des enfants. L’aide humanitaire se met petit à petit en place pour leur porter secours.

"Je ne sais pas si j'oublierai un jour." Mariamo Assane, une rescapée de l'attaque jihadiste de la ville de Palma fin mars, se souvient des cadavres éparpillés sur le chemin. "J'avais perdu tout espoir de vivre, je n'ai jamais autant couru", raconte-elle à l'AFP, alors qu'elle est désormais réfugiée à Pemba, à 200 kilomètres au sud de Palma.

Cette trentenaire a dû fuir devant l'arrivée des combattants du groupe jihadiste "Al Shabab" lors de leur offensive sur la ville le 24 mars.

Le groupe, qui a fait allégeance à l'organisation État islamique (OEI), a attaqué Palma par surprise, tuant des dizaines de civils, policiers et militaires. Des milliers de personnes ont alors fui la ville de 75 000 habitants sur des bateaux de pêche ou à pied. Dimanche 4 avril, l'agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) avait dénombré plus de 9 800 personnes déplacées.

La plupart de ces rescapés se sont dirigés vers la ville côtière de Pemba. Pour prendre en charge les arrivées massives dans le port de la ville au cours des jours qui ont suivi l'attaque, "les gouvernement mozambicain a mis en place un centre de réception pour enregistrer les personnes qui arrivent ", explique Francesca Fontanini, porte-parole de l'UNHCR au Mozambique, contactée par France 24.

"Un complexe sportif a également été transformé en centre d'accueil à Pemba. Quarante familles y sont logées actuellement. Il s'agit de personnes qui n'ont pas de familles ou de proches dans la ville. Les autres personnes arrivées à Pemba sont hébergées au sein de leur communauté ", précise-t-elle.

Des rescapés de l'attaque de Palma se sont également dirigés vers les districts de Nangade, Mueda et Montepuez. Et quelques centaines de personnes se sont rendues en Tanzanie voisine pour tenter d'y demander l'asile.

"Des milliers de personnes encore coincées à Palma"

Des gens continuent d'arriver à pied à Nangade. Ils partent ensuite en bus vers Mueda, Montepuez ou Pemba", affirme Francesca Fontanini. Le HCR s'attend à ce que les arrivées se poursuivent dans les jours prochains. Selon les témoignages des déplacés, des milliers de personnes seraient encore coincées à Palma et sur la péninsule d'Afungi, toujours aux mains des jihadistes. Après l'attaque, entre 6 000 et 10 000 personnes étaient allées frapper à la porte du site gazier de Total, situé sur la péninsule, espérant y trouver de l'aide.

Au moins 1 600 personnes en provenance de Palma sont arrivées à Montepuez, à 450 kilomètres à l'intérieur des terres, après plusieurs jours de marche, selon les Nations unies.

Ils racontent avoir vu en chemin les cadavres de ceux qui ont succombé à la faim, la soif et aux quatre ou cinq jours de marche à travers la brousse, explique à l'AFP Amparo Villasmil de Médecins sans frontières (MSF), qui gère un camp de déplacés dans la ville.

Inquiétude pour les proches restés derrière

Pour les rescapés de l'attaque, le plus difficile à vivre est le fait de ne pas avoir de nouvelles de leurs proches, souligne Francesca Fontanini.

"Les gens arrivent avec très peu d'affaires, complètement traumatisés, séparés de leur famille. Ils ont peur et sont très anxieux de ne pas savoir ce qui va leur arriver, surtout les personnes hébergées dans le complexe sportif de Pemba, car ils ne connaissent personne ici", détaille la porte-parole.

L'attaque de Palma a pris par surprise les habitants qui ont fui alors qu'ils ne se trouvaient pas forcément chez eux, en famille. "Les gens sont très inquiets pour les proches qu'ils ont laissés derrière eux. Un homme nous a dit qu'il n'avait pas pu partir avec sa femme enceinte, car elle s'était rendue chez sa mère pour accoucher. Il ne sait pas où elle est, ni si elle est vivante ni encore si elle a pu accoucher", raconte encore la responsable du HCR.

Enceinte elle aussi, Fatua Abdalal a accouché seule dans la brousse au cours de sa fuite. Les yeux baissés, son nouveau-né contre elle dans un lit de l'hôpital de Pemba où elle a finalement été évacuée, elle a raconté à l'AFP avoir dû abandonner ses deux autres enfants.

Nvita Nchute, lui, est toujours à la recherche de son épouse et de son neveu de six ans. "Lorsque les tirs ont commencé, j'étais au marché et je ne pouvais pas rentrer pour aller chercher ma femme", a-t-il également raconté à l'AFP le visage baigné de larmes.

Près de 700 000 déplacés

Les déplacés de Palma s'ajoutent aux centaines de milliers de déplacés qui ont déjà dû quitter leur domicile depuis le début des attaques armées des Shebabs en octobre 2017. "Avant l'attaque de Palma, la ville de Pemba comptait déjà 144 000 déplacés. En tout, ils sont près de 700 000 déplacés" dans le Cabo Delgado, cette région du nord du Mozambique où sévissent les jihadistes, mais aussi dans les provinces voisines de Niassa et Nampula, déplore Francesca Fontanini.

Pour faire face à cette situation, le gouvernement mozambicain a commencé à ouvrir des camps en novembre 2020. Quarante-huit sites existent déjà dans la province du Cabo Delgado, où se concentrent les attaques.

Les militaires tentent de reprendre Palma, tombée aux mains des jihadistes

Depuis plusieurs jours, les militaires tentent de reprendre Palma, tombée aux mains des jihadistes dans la nuit du 26 au 27 mars.

L'annonce de cette prise est un coup dur supplémentaire pour les résidents de ces camps – c'est un signe qu'ils ne sont pas près de rentrer chez eux. "Avant? les gens arrivaient à se dire 4Nous ne sommes là que provisoirement', mais maintenant, ils réalisent que la situation n'a plus rien de temporaire", souffle la porte-parole de l'UNHCR.

La Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) s'est réunie mercredi en urgence à Harare, la capitale du Zimbabwe voisin, pour discuter des violences au Mozambique.

Exprimant sa "plus grande préoccupation" face à la "menace" que représentent les groupes jihadistes en Afrique australe, l'Union africaine (UA) a, elle, appelé mercredi à "une action régionale et internationale urgente".

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