Procès Bouaké: des déceptions face aux questions sans réponses pour les parties civiles

Soldats français nettoyant les débris d'un véhicule militaire détruit lors du bombardement du 6 novembre 2004 à Bouaké en Côte d'Ivoire. © AFP/Philippe Desmazes Soldats français nettoyant les débris d'un véhicule militaire détruit lors du bombardement du 6 novembre 2004 à Bouaké en Côte d'Ivoire.

Le procès du bombardement de Bouaké touche à sa fin. Après les auditions des ministres de l’époque en début de semaine, les avocats des quelque 80 parties civiles – survivants et proches des victimes – ont plaidé à leur tour mercredi 14 avril. S’ils ont analysé différemment les errements du gouvernement français de l’époque, ils ont tous appelé à la condamnation des trois accusés : Yury Sushkin, mercrenaire biélorusse, et Ange Gnanduillet et Patrice Ouei, deux officiers ivoiriens. Trois accusés jugés en leur absence.

« Nous n’avons aucun doute sur leur culpabilité. » : Me Guillaume Fourier a résumé, avec ces mots, le sentiment des avocats des parties civiles du procès Bouaké à Paris. Selon Me Lionel Béthune de Moro, « il s'agit d'une action délibérée et concertée ». En conséquence, Me Fourier a appelé à une « condamnation exemplaire » des accusés, pour permettre « un apaisement » des parties civiles.

Me Patricia Coutand, qui s’est avancée pour la famille du défunt adjudant-chef Philippe Capdeville, s’est fait la porte-parole de la colère des survivants et des proches des victimes face aux questions restées sans réponses, au terme de deux semaines et demie de procès. « Je ne vais pas donner mon avis sur les responsabilités des uns et des autres, tout cela me dépasse. Je suis seulement la voix d’une veuve et trois orphelins », a-t-elle prévenu d'emblée.

« Que des mensonges ! »

Les témoignages de Michel Barnier, Dominique de Villepin et Michèle Alliot-Marie mardi sont loin d'avoir donné satisfaction aux yeux de Me Coutand. « Aucun n'a dit la vérité », a-t-elle assené, pointant notamment « l'absence totale de réaction » de la France face à la proposition togolaise de livrer les pilotes. « Je n’ai entendu que des mensonges ! », s'est-elle exclamée. Le scénario selon lequel Michel Barnier et Dominique de Villepin n'ont jamais vu le télégramme de l'ambassadeur à Lomé ne passe pas : « On veut nous faire croire qu’une information de cette importance n’arriverait pas à son destinataire parce qu’il manque un point d’interrogation à la fin d’un phrase ?! »

À l'égard de Michèle Alliot-Marie, l'avocate a été aussi offensive. Elle a dénoncé les « mensonges » de l'ex-ministre de la Défense et s'est insurgée qu'il ait fallu « la supplier » de témoigner. « Un manque de décence qui a causé un mal supplémentaire. (...) La famille Capdeville est en colère », a-t-elle tonné.

« En colère », Me Patricia Coutand estime que dans ce procès, elle est venue « chercher des réponses qu’elle n’aura pas, la première étant de savoir si Philippe Capdeville est mort pour la France ou s'il était le pion d’un jeu politique ». « Malgré l’écoute dont ils ont bénéficié, mes clients repartiront avec les mêmes attentes qui durent depuis des années. Ils n'auront rien de plus qu'avant. Au contraire, puisqu'ils ont désormais aussi perdu l'espoir d'avoir des réponses », a-t-elle lâché.

La non-arrestation des ressortissants biélorusses au Togo suscite toujours l'embarras

Comme attendu, Me Jean Balan a lui laissé entendre que la France avait joué un rôle central dans ce dossier, sous-entendant qu’elle était à l’origine du raid meurtrier, et ce dans l’optique de renverser Laurent Gbagbo. Une thèse combattue avec force par Lionel Bethune de Moreau, pour qui la responsabilité de ce bombardement ne peut être qu’ivoirienne.

Me Béthune de Moro a toutefois jugé que la non-arrestation par Paris des huit ressortissants biélorusses mis à disposition par le Togo était « inexplicable, incompréhensible, inadmissible, impardonnable ». L’agent judiciaire de l’État, Me Xavier Normand-Bodard, a lui-même convenu en fin d’audience que ces « retenus togolais », comme ils les a appelés, « posaient un vrai problème ». Le verdict est attendu ce jeudi 15 avril, ou vendredi.

Procès Bouaké: des déceptions face aux questions sans réponses pour les parties civiles