Russie: le réseau régional de Navalny s'auto-dissout avant d'être déclaré "extrémiste"

IMAGES Images du tribunal où se tient le procès en appel de Navalny suite à une condamnation prononcée en février pour diffamation envers un vétéran de la Seconde Guerre mondiale. © Nikolay KORZHOV IMAGES Images du tribunal où se tient le procès en appel de Navalny suite à une condamnation prononcée en février pour diffamation envers un vétéran de la Seconde Guerre mondiale.

Les bureaux régionaux d'Alexeï Navalny en Russie ont annoncé jeudi leur auto-dissolution face à la menace d'être déclarés "extrémistes", au moment où l'opposant emprisonné apparaissait en public pour la première fois depuis la fin de sa grève de la faim.

Décharné et le crâne rasé, Alexeï Navalny s'est exprimé en visioconférence devant un tribunal moscovite pour l'appel de sa condamnation à une amende en mars, dans une affaire de diffamation visant un vétéran de la Seconde guerre mondiale.

"J'ai été emmené au bain hier (...) Il y avait un miroir, je me suis regardé : je ne suis qu'un horrible squelette", a-t-il déclaré à la cour dans un enregistrement audio diffusé par la chaîne TV indépendante Dojd.

"Je n'avais pas pesé aussi peu depuis la quatrième", a-t-il ajouté avant de s'adresser à son épouse Ioulia, présente au tribunal, lui affirmant qu'il avait désormais droit à quelques cuillerées de gruau chaque jour.

Un ouvrier fait disparaître le visage de l'opposant russe Alexeï Navalny sur un mur de Saint-Pétersbourg, le 28 avril 2021 © Olga MALTSEVA Un ouvrier fait disparaître le visage de l'opposant russe Alexeï Navalny sur un mur de Saint-Pétersbourg, le 28 avril 2021

L'appel du militant anticorruption a finalement été rejeté et son amende de 850.000 roubles (9.400 euros) confirmée. 

Son avocate, Olga Mikhaïlova, a annoncé son intention de faire remonter l'affaire devant la Cour européenne des droits de l'homme, tandis qu'Alexeï Navalny a accusé dans sa déclaration finale les juges d'être des "traîtres".

Parallèlement se tenait jeudi une autre audience examinant la demande du parquet pour que le Fonds de lutte contre la corruption (FBK) de l'opposant et ses bureaux régionaux soient déclarés "extrémistes".

Si cette demande était acceptée, leurs activités deviendraient interdites et les membres du FBK ou leurs sympathisants seraient menacés de longues peines de prison.

Les débats doivent reprendre le 17 mai mais, sans attendre, Léonid Volkov, le directeur du réseau régional de l'opposant, a annoncé son auto-dissolution dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, précisant que certains de ces 37 bureaux poursuivraient leurs activités de façon indépendante.

L'épouse de l'opposant russe Alexeï Navalny, Ioulia, marche devant la cour d'appel de Moscou pendant une suspension d'audience, le 29 avril 2021 © Kirill KUDRYAVTSEV L'épouse de l'opposant russe Alexeï Navalny, Ioulia, marche devant la cour d'appel de Moscou pendant une suspension d'audience, le 29 avril 2021

Un tribunal de Moscou leur avait déjà interdit cette semaine pratiquement toute activité, comme publier des contenus sur internet, organiser des manifestations et participer aux élections.

 - Multiplication des affaires -

Fondé en 2011 par l'avocat et militant devenu bête noire du Kremlin, le FBK est connu pour ses enquêtes dénonçant la corruption des cercles du pouvoir russe.

La plus retentissante, publiée en janvier, accusait le président Vladimir Poutine de s'être fait construire un palais sur la mer Noire. Vue 116 millions de fois sur YouTube, elle avait contraint M. Poutine à démentir personnellement.

Les bureaux d'Alexeï Navalny à travers le territoire russe diffusent également leurs propres enquêtes, mais organisent surtout les campagnes de "vote intelligent" défendues par l'opposant, consistant à inciter à soutenir le candidat ayant le plus de chances de battre celui du Kremlin, quelle que soit sa couleur politique. 

Cette technique a rencontré un succès relatif lors de récents scrutins locaux. Les militants du réseau d'Alexeï Navalny sont eux-mêmes le plus souvent interdits de participer aux élections.

Depuis le retour de l'opposant, les autorités ont intensifié les pressions sur ses partisans. Quasiment tous ses collaborateurs ont été assignés à résidence ou condamnés à de courtes peines de prison. Plusieurs ont quitté le pays.

Jeudi, son équipe a affirmé avoir découvert que l'opposant, Léonid Volkov ou le chef du FBK Ivan Jdanov faisaient l'objet de poursuites qu'ils ignoraient jusqu'à présent. Ils sont accusés d'avoir créé une organisation "portant atteinte aux libertés et aux droits des personnes".

Russie: le réseau régional de Navalny s'auto-dissout avant d'être déclaré "extrémiste"