Financement : ce que le Covid-19 a imposé au commerce africain

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« Avant même la pandémie de Covid, le financement du commerce en Afrique était déjà un défi », avertit d'emblée Benedict Oramah, président d'Afreximbank, introduisant le rapport sur « l'impact du Covid sur le financement du commerce ». Il faut dire que seulement 40 % des activités commerciales en Afrique sont financées par l'intermédiaire des banques, une part bien inférieure à la moyenne mondiale, qui est de 80 %. Avec la pandémie de Covid-19, la situation s'est aggravée au regard de ce qui ressort de cette étude réalisée par la banque africaine d'import-export couramment appelée Afreximbank, en partenariat avec la Banque africaine de développement (BAD) et la Commission économique pour l'Afrique des Nations unies. Présentée à la mi-avril, cette étude permet de comprendre comment la crise sanitaire mondiale a affecté la dynamique du financement du commerce. Elle a proposé des recommandations à même de garantir aux banques un meilleur accès au financement du commerce, de soutenir les flux commerciaux et d'accélérer le processus de reprise économique.

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Un impact fort sur les sorties de capitaux?

La baisse de l'activité économique, déclenchée par les fermetures de frontières, les confinements et les restrictions de circulation, s'est accompagnée de conditions de financement plus strictes au niveau mondial. Celles-ci ont provoqué d'importantes sorties de capitaux. Pour l'Afrique, elles ont dépassé 5 milliards de dollars sur le premier trimestre 2020, avec plus de 3,1 milliards pour le seul marché sud-africain et 0,4 milliard pour le marché égyptien. « Ces sorties massives ont mis à rude épreuve les banques africaines, dont beaucoup ont enregistré de fortes baisses de leurs avoirs extérieurs nets. Cela a encore aggravé les contraintes de liquidités existantes des banques et affaibli leur capacité à financer la croissance du commerce africain », commente le rapport.

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? et les rejets de demandes de lettres de change

« Le Covid-19 a affecté les activités de financement du commerce des banques à travers le continent et a entraîné des perturbations importantes du commerce », constate le rapport. L'enquête montre un rejet accru des lettres de change pour 30 % des établissements sondés. « En Afrique australe, les rejets ont augmenté de 48 % alors qu'en Afrique du Nord la situation est restée inchangée pour 92 % des établissements sondés », détaille Gwen Mwaba, directrice financement du commerce à Afreximbank. Deux principaux facteurs ont conduit à ces rejets : le difficile accès aux devises étrangères, et en particulier au dollar qui est la principale devise utilisée pour le commerce international, mais aussi la réticence des banques correspondantes vis-à-vis du risque africain. Ainsi, les principales banques mais aussi d'importants établissements financiers internationaux ont annulé ou réduit les lignes de crédit pour les banques africaines. Il en est de même pour nombre de banques nationales et privées, ce qui est confirmé dans le rapport, qui indique : « Cependant, alors que le retrait des banques internationales face à une incertitude croissante pourrait s'inscrire dans une tendance à long terme, l'augmentation relative de l'aversion au risque des banques nationales pourrait être en grande partie due à des contraintes temporaires de liquidités et à des difficultés d'accès aux devises. »

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Des institutions résistent et s'affranchissent de la peur du risque

Finalement, ce sont les institutions financières publiques et les banques centrales qui se sont montrées les plus enclines à s'affranchir du risque pour répondre aux besoins de liquidités de l'économie pendant la crise. Certains régulateurs ont fait évoluer les règles de conformité ainsi que la réglementation tout en assouplissant la politique monétaire. « Grâce à ces mesures exceptionnelles destinées à alléger les charges réglementaires et à accroître la disponibilité de liquidités au sein du système financier, les banques centrales ont soutenu le flux de marchandises et le commerce pour une reprise économique rapide dans la phase post-endiguement de la pandémie », commente le rapport. « Les organismes multilatéraux, y compris les institutions de financement du développement (IFD) et les agences de crédit à l'exportation, ont pris des mesures rapides et audacieuses pour répondre aux besoins urgents de financement du commerce face au resserrement des conditions et à la détérioration de la qualité du crédit », commente le rapport. Par exemple, Afreximbank a lancé sa facilité d'atténuation de l'impact de la pandémie sur le commerce et la BAD, sa facilité de réaction rapide Covid-19. Les liquidités fournies aux banques par les IFD afin de leur permettre de rester solvables et de maintenir leurs activités de prêts aux PME et aux ménages ont été essentielles pour amortir la crise.

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Préconisations pour faciliter le financement du commerce

Parmi les mesures préconisées pour faciliter le financement du commerce, le rapport propose un renforcement du dialogue entre les gouvernements et les institutions de financement du développement. Aux IFD, il revient le rôle de prendre des risques, d'assouplir les critères d'accès au crédit et d'utiliser les systèmes de garantie mis en place par les gouvernements. Objectif : augmenter la liquidité des banques en difficulté dans le but de protéger les PME, de sauver des emplois et, plus généralement, de mieux préparer la région à gérer les crises futures.

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L'important apport de la digitalisation

Face au défi d'accroître l'efficacité et de réduire les coûts, la digitalisation apparaît comme la solution la mieux adaptée. L'adoption de cette technologie et son application aux questions financières facilitent le commerce. Aussi bien les banques, les entreprises, les commerçants informels et les TPE, notamment à travers les plateformes en ligne, sont concernés. « L'utilisation des technologies financières dans le financement du commerce n'en est encore qu'à ses débuts, mais elle présente un grand potentiel pour servir une clientèle plus large et améliorer l'efficacité de ceux qui financent le commerce, tout en réduisant à la fois le risque de contraintes de liquidités et la dépendance excessive actuelle à l'égard des devises fortes pour le commerce transfrontalier », précise le rapport.

Les réformes des services bancaires et financiers, ainsi que de l'environnement réglementaire, pourraient contribuer à renforcer les infrastructures existantes. La disponibilité des données est également essentielle pour créer un environnement qui favorise des liens positifs entre le financement et le commerce. « Comme le montre l'enquête, les garanties insuffisantes et la solvabilité des clients ont été les principales raisons du rejet par les banques des demandes de financement du commerce en Afrique au cours des quatre premiers mois de 2020 », souligne le rapport.

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