Changement à la tête du Tchad, Paris prend acte

Mahamat Idriss Déby Itno dirige la transition militaire au Tchad © Marco Longari/AFP/Getty Images Mahamat Idriss Déby Itno dirige la transition militaire au Tchad

Selon une Charte de la transition publiée sur le site de la présidence tchadienne, le général Mahamat Idriss Déby, chef du Conseil militaire de transition, "occupe les fonctions de président de la République" du Tchad. La mise en place de ce Conseil militaire de transition, instauré juste après la mort d’Idriss Déby Itno, ne fait pourtant pas l'unanimité. Les opposants et la société civile dénoncent la procédure, la France pour sa part se contente de prendre acte.

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La France "perd un ami courageux" : c'est ce qu'on peut lire dans un communiqué de l'Elysée au sujet du décès d'Idriss Déby. Le communiqué souligne l'importance d'une "transition pacifique" et l'attachement de la France à la stabilité et à l'intégrité territoriale du Tchad.

De son côté, le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a appelé à une transition militaire d'une "durée limitée" qui conduise à un "gouvernement civil et inclusif". La ministre française des Armées, Florence Parly, parle pour sa part de " la perte d'un allié essentiel dans la lutte contre le terrorisme au Sahel."

Ceci alors que certains s'attendaient à un ton plus ferme de la France face au remplacement du président décédé par son fils à la tête de l'Etat, avec la mise en place d'un Conseil militaire de transition qui met de côté la Constitution.

Une position qui ne fait pas l'unanimité

L'ancien ambassadeur de l'Union européenne au Tchad, Gilles Desesquelles, dit comprendre cette situation et l'attitude de Paris.

"C'est de la real politik. Je comprends qu'il y ait ce conseil de transition. Car s'il n'était pas là on pourrait arriver dans l'anarchie. La stabilité politique certes à un prix, où la démocratie n'a pas toujours été exemplaire mais s'il n'y avait pas ce Conseil de transition au Tchad on pourrait craindre déjà qu'il y ait des luttes fratricides dans N'djamena et dans le pays " explique t-il.

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Une vision que ne partage pas le député français Sébastien Nadot. Pour lui, la situation est déjà assez préoccupante dans le pays. Dans une lettre adressée à la ministre des Armées Florence Parly, il demande au gouvernement de s'expliquer au sujet de l'action militaire au Tchad ou sont stationnés des soldats français.

"La manière dont la France dit prendre acte, c'est une position qui me paraît tout à fait hors de propos parce que cette situation n'est pas acceptable du point de vue de la Constitution du Tchad. Et du point de vue d'un pays étranger pourquoi se précipiter à prendre acte d'une situation qui n'est pas bonne ? il faut intervenir pour demander qu'il y ait un gouvernement d'union (...) parce que si on maintient cette situation avec le fils du président qui est illégitime à la tête du Tchad c'est une provocation de plus et les rebelles n'ont plus d'autre choix que de venir avec violence à N'djamena" craint le député.

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Les rebelles du Front pour l'alternance et la concorde au Tchad qui ont rejeté "catégoriquement" le Conseil militaire de transition ont en effet déjà menacé de marcher sur N'djamena.

Auteur: Carole Assignon

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