Iran et Chine ont signé à Téhéran un «pacte de coopération stratégique de 25 ans»

Le ministre des Affaires étrangères iranien et son homologue chinois à Téhéran, le 27 mars 2021. © AFP - - Le ministre des Affaires étrangères iranien et son homologue chinois à Téhéran, le 27 mars 2021.

Pékin et Téhéran ont signé ce samedi un accord stratégique et économique global sur 25 ans. À la clé, des investissements réciproques dans différents domaines : transports, énergie, industrie et services. L’Iran est l’un des carrefours clés des « Nouvelles routes de la soie » lancées par la Chine de Xi Jinping en 2013.

Avec notre correspondant à Pékin, Stéphane Lagarde

Voilà plusieurs années que l’Iran et la Chine en parlent, c'est désormais chose faite. Pékin et Téhéran viennent de signer un accord stratégique et économique global sur 25 ans. 

Wang Yi, le chef de la diplomatie chinoise, a pris soin de débuter sa tournée au Moyen-Orient par Riyad et Ankara. Le ministre des Affaires étrangères ne voulait rien laisser au hasard et éviter un nouveau report de ce partenariat global sino-iranien lancé lors de la visite de Xi Jinping à Téhéran en janvier 2016. Certains éléments avaient alors fuité dans la presse en juin 2020, suscitant la polémique dans la région.

Cet accord est important pour le régime iranien confronté aux sanctions américaines, mais aussi pour Pékin qui a fait de l’Iran un jalon de « la renaissance de la route de la soie » comme l’écrivait l’agence Chine Nouvelle il y a cinq ans. C’était alors le départ du premier train chinois de marchandises à destination du marché iranien, chargé notamment des téléphones portables, des pièces automobiles et d’appareils orthopédiques.

Carrefour de l'Eurasie

Dans l’autre sens, la route de la soie est celle des hydrocarbures car la Chine est l’un des principaux acheteur de brut iranien. L’Iran a adhéré à l’initiative chinoise des « Nouvelles routes de la soie » (Belt and Road Initiative ou BRI) comme l’Égypte et d’autres États du Golfe. Elle est aussi à la porte de la Turquie, et pourrait ainsi redevenir via la BRI, le carrefour de l’Eurasie.

En juillet dernier, le New York Times affirmait que Pékin était disposé à investir 400 milliards de dollars sur 25 ans dans les routes, les ports mais aussi les télécommunications, la cybersécurité ou encore la chimie. En échange de quoi Téhéran garantirait une décote de 30 % sur le prix du pétrole vendu à Pékin. Information non confirmée à ce jour, souligne Olivier Rogez, du service Économie de RFI.

À titre de comparaison, sur la période 2005-2019, la Chine n'a investi que 27 milliards de dollars en Iran. Quoi qu'il en soit, il s'agit d'un « partenariat stratégique global » que concluent les deux pays et tant sur le plan commercial que politique et diplomatique, il se traduira par un renforcement considérable de l'influence chinoise.

Contrer la politique de Washington

Enfin, voir Téhéran et Pékin main dans la main pour un quart de siècle fait de cet accord un trophée pour la diplomatie chinoise dans un contexte de tensions avec l’Europe et les États-Unis. Il intervient alors que malgré les premiers espoirs après l'arrivée au pouvoir de Joe Biden à la Maison Blanche, les États-Unis n'ont toujours pas annulé les sanctions imposées contre l'Iran depuis 2018 par l'ancien président américain Donald Trump.

L'Iran se tourne donc de plus en plus vers les pays d'Asie, en particulier la Chine, l'Inde, mais aussi la Russie. D'autant que cet accord intervient dans un contexte de tension entre Pékin, Téhéran et Moscou d'un côté et les États-Unis de l'autre, rappelle Siavosh Ghazi, notre correspondant à Téhéran.

En donnant désormais la priorité à la Chine et à la Russie, Téhéran espère ainsi contrer la politique de Washington mais aussi des pays européens qui ont mis l'Iran sous pression, en exigeant une réduction encore plus importante de son programme nucléaire mais aussi balistique et une révision de sa politique régionale.

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