Pourquoi l’armée israélienne a-t-elle annoncé une attaque terrestre à Gaza qui n’a pas eu lieu?

Près de la frontière entre la bande de Gaza et Israël, ce vendredi. © BAZ RATNER Près de la frontière entre la bande de Gaza et Israël, ce vendredi.

Jeudi soir, à partir de 23 h 18, l’armée israélienne annonce, à travers ses divers comptes sur les réseaux sociaux, que «les troupes aériennes et terrestres de Tsahal attaquent actuellement dans la bande de Gaza».

Aussitôt, l’information est reprise par les agences de presse et les médias du monde entier. Le New York Times qualifie l’attaque terrestre israélienne «d’escalade importante».

Pourtant, quelques heures plus tard, ces mêmes médias se rétractent. A 1 h 26, l’AFP envoie cette alerte : «L’armée israélienne dit ne pas être entrée à Gaza, évoque un problème de “communication” en interne.» Une situation «très étrange», s’étonne le directeur du bureau de l’AFP à Jérusalem, puisque deux heures plus tôt, le porte-parole de l’armée israélienne, Jonathan Conricus, avait «confirmé» à l’AFP que «des soldats israéliens étaient entrés dans l’enclave palestinienne», sans préciser leur nombre.

Erreur de traduction plaidée

Que s’est-il passé entre ces deux annonces contradictoires ? Sur son site, le journal de gauche Haaretz est revenu sur ce couac. Le quotidien rapporte que jeudi soir, «le service de presse de l’armée israélienne a envoyé un message WhatsApp à un groupe de correspondants étrangers basés en Israël, les informant officiellement que des troupes terrestres étaient en opération à l’intérieur de Gaza». Les journalistes étrangers cherchent alors à vérifier l’information auprès de leurs sources au sein de l’armée, qui leur confirment une opération sur le sol gazaoui. Or, note le Haaretz, il semble que l’opération n’ait pas été annoncée aux journalistes israéliens, qui apprennent l’assaut grâce aux alertes des médias internationaux. Les rubricards militaires appellent alors Tsahal, qui dément : «Il n’y a pas d’invasion terrestre à Gaza.» Et ce alors que l’armée israélienne a bien communiqué en hébreu sur les réseaux sociaux annonçant même «plus de détails à venir».

Certains commentateurs ont d’abord plaidé l’erreur de traduction ou de compréhension. En français, l’armée israélienne indiquait que «les troupes aériennes et terrestres de Tsahal attaquent actuellement dans la bande de Gaza», tandis qu’une traduction du tweet en hébreu (à l’aide de Google Translate), donne «les forces aériennes et terrestres de Tsahal attaquent maintenant la bande de Gaza». L’artillerie peut très bien attaquer la bande de Gaza sans franchir la frontière, ce qui n’est pas le cas pour l’infanterie. Cette deuxième version a été retenue par les journalistes étrangers.

Communication trompeuse délibérée

La théorie d’une erreur de traduction ne tient cependant pas la route pour le Haaretz, qui après avoir consulté le message envoyé aux correspondants étrangers sur WhatsApp, juge que «l’armée de défense israélienne a explicitement déclaré qu’il y avait des troupes à Gaza». Le journal note également que le porte-parole contacté par l’AFP a appelé les différents correspondants pour «s’excuser de les avoir induits en erreur», affirmant que de telles choses arrivent dans le brouillard de la guerre. Cette explication ne semble pas avoir convaincu l’ensemble des correspondants, qui s’étonnent de n’avoir reçu un rectificatif qu’une à deux heures après avoir été alerté de l’attaque. La confusion ne s’est pas limitée au cercle des journalistes internationaux puisque des rédacteurs israéliens n’avaient pas l’air, eux non plus, de bien comprendre si les soldats avaient, oui ou non, posé leurs bottes sur le sol de Gaza.

Ce vendredi, plusieurs médias israéliens comme le Jerusalem Post (en anglais) et le Ynet (en hébreu) ont affirmé que cette communication trompeuse était, en réalité, délibérée. Après avoir annoncé, jeudi, le déploiement de troupes terrestres à la frontière et l’intention de poursuivre son combat contre le Hamas au péril d’une «invasion terrestre», l’armée israélienne aurait fait croire qu’elle pénétrait sur le sol gazaoui pour mieux frapper les troupes du Hamas. Alors que le Hamas se préparait à une attaque terrestre, «ce qui s’est passé a eu lieu dans les airs, où 160 avions se sont rassemblés pour un bombardement massif de la bande de Gaza, explique le Jerusalem Post. Leur cible était ce que les forces armées israéliennes appellent le “métro”, un réseau souterrain de tunnels où le Hamas a stocké ses armes et qu’il utilise pour se déplacer dans la bande de Gaza à l’abri des avions israéliens». En faisant croire à un assaut imminent au sol, l’armée israélienne a conduit le Hamas à envoyer ses équipes de missiles antichars et ses tireurs de mortiers pour faire face à l’infanterie, censée arriver. Après s’être dévoilées en sortant des tunnels, les troupes du Hamas ont été bombardées par l’armée de l’air israélienne. Selon Tsahal, 150 cibles ont été atteintes au cours de cette opération et le «métro» du Hamas a été endommagé.

Pourquoi l’armée israélienne a-t-elle annoncé une attaque terrestre à Gaza qui n’a pas eu lieu?