L’administration Trump a obtenu les fadettes de journalistes enquêtant sur l’affaire russe

Le «Washington Post» a révélé que le ministère de la Justice de Donald Trump a demandé et obtenu les factures téléphoniques de trois de ses journalistes qui enquêtaient sur l’affaire russe, afin de déterminer qui étaient leurs contacts.

Donald Trump © Leah Millis / Reuters Donald Trump

Quatre ans plus tard, les révélations continuent. Vendredi, le «Washington Post» a affirmé que le ministère de la Justice de Donald Trump a, l’an dernier, demandé et obtenu les factures téléphoniques de Greg Miller, Ellen Nakashima et Adam Entous, trois journalistes qui enquêtaient alors sur l’affaire russe, ainsi qu’ont été surnommés les soupçons de collusion entre la campagne Trump et des agents russes. Les données recueillies s’étalaient sur plus de trois mois, entre le 15 avril et le 31 juillet 2017, et l’ont été sur leurs téléphones, portables ou fixes, professionnels et personnels, et révélaient les numéros de leurs correspondants et la durée des appels.

«Le ministère de la Justice devrait immédiatement révéler les raisons de cette intrusion dans les activités de reporters qui faisaient leur métier, une activité protégée par le Premier amendement», a déclaré un rédacteur en chef du quotidien, Cameron Barr. Les journalistes, dont le troisième ne travaille plus pour le «Washington Post», ont été prévenus en début de semaine par un courrier du ministère de la Justice. «Les cibles de ces enquêtes ne sont pas les médias mais ceux qui ont accès à des informations de défense nationale et qui les ont fournies à la presse et ont ainsi échoué à les protéger, comme la loi le prévoit», a défendu le porte-parole du ministère, Marc Raimondi.

Une affaire majeure pour la première année du mandat Trump

La demande a été faite l’an dernier et a été approuvée par un juge et Bill Burr, alors ministre de la Justice - et avait pour but d’identifier les sources des journalistes qui ont multiplié les révélations sur cette enquête qui a miné la première année du mandat de Donald Trump mais au terme de laquelle il n'avait pas été poursuivi.

Les trois journalistes avaient révélé, en 2017, que Jeff Sessions s’était entretenu, lors de la campagne présidentielle de l’année précédente, avec l’ambassadeur russe aux Etats-Unis, Sergueï Kislyak. Alors sénateur de l’Alabama, soutien de la première heure de Donald Trump, il avait été nommé ministre de la Justice mais avait provoqué la colère du milliardaire en se récusant de toute enquête sur le sujet après la révélation de ses rencontres avec l’ambassadeur russe. Il était revenu à son adjoint Rod Rosenstein de demander, après le limogeage du directeur du FBI James Comey, la nomination d’un procureur spécial pour enquêter sur ces soupçons graves.

La relation entre le président américain et son ministre de la Justice en avait sévèrement pâti, jusqu'à ce que le premier contraigne le second à la démission, en novembre 2018. «Jeff Sessions a accepté le poste, a pris le poste, se récuse, ce que je trouve franchement très injuste envers le président. Comment peut-on prendre un poste et se récuser ? S’il s’était récusé avant, je lui aurais dit : "Merci Jeff, mais je ne vais pas vous prendre". C’est très injuste –et c’est un faible mot- pour le président», avait dit dès juillet 2017 le milliardaire dans une interview accordée au «New York Times». Il avait retweeté des propos qualifiant la récusation de Sessions de «trahison».

L’administration Trump a obtenu les fadettes de journalistes enquêtant sur l’affaire russe