L’Italie «satisfaite» après l’arrestation en France de sept ex-brigadistes

Les funérailles du commissaire Luigi Calabresi, le 20 mai 1972 à Milan. © Walter Mori et Mario De Biasi Les funérailles du commissaire Luigi Calabresi, le 20 mai 1972 à Milan.

De vieux portraits photos en noir et blanc publiés en ouverture des sites d’information. La presse italienne a salué de manière quasi unanime l’arrestation, mercredi matin en France, de sept anciens activistes d’extrême gauche condamnés pour des actes de terrorisme commis, il y a près de quarante ans, durant les «années de plomb» qui, de la fin des années 60 au début des années 80, firent des centaines de victimes.

Aux côtés de membres des Brigades rouges dont Marina Petrella, dont l’extradition avait été bloquée en 2008 par Nicolas Sarkozy en raison de son état de santé, figurent des membres de plusieurs groupes représentant plusieurs phases de la lutte armée dont Giorgio Pietrostefani, l’ancien dirigeant de Lotta Continua, aujourd’hui âgé de 78 ans et condamné à quatorze ans de réclusion pour l’assassinat en 1972 du commissaire de police Luigi Calabresi.

Trois autres activistes sont recherchés par la police dont Luigi Bergamin, ancien membre, comme Cesare Battisti, des Prolétaires armés pour le communisme (PAC). Il appartient désormais à la justice française de se prononcer, au cas par cas, sur leur extradition. Reste que du côté de Rome, et quand bien même les autorités italiennes avaient demandé initialement le renvoi de 200 individus réfugiés en France, on parle d’une rupture avec les pratiques passées, sources d’une profonde incompréhension entre les deux pays.

Ambiguïté

Le président du Conseil, Mario Draghi, a fait part de sa «satisfaction», évoquant «une blessure encore ouverte» et ajoutant que «la mémoire de ces actes barbares est encore vive dans la conscience des Italiens». Dans son ensemble, la classe politique transalpine, à l’instar du nouveau secrétaire du parti démocrate, Enrico Letta, s’est félicitée de la fin de la «doctrine Mitterrand», à l’origine de l’accueil des terroristes d’extrême gauche. En 1985, le président socialiste de l’époque avait publiquement affirmé qu’il ne renverrait pas «les réfugiés italiens […] qui ont rompu avec la machine infernale dans laquelle ils étaient engagés, ont abordé une deuxième phase de leur propre vie, se sont insérés dans la société française».

Avec une certaine ambiguïté, François Mitterrand avait indiqué que cette mesure ne concernerait que les activistes ne s’étant pas rendu responsables de crimes de sang. Pendant des années, des centaines de militants ont ainsi pu trouver un accueil en France et se réinsérer loin du fracas des armes, à l’abri des poursuites judiciaires italiennes. En Italie, les demandes d’extradition n’ont jamais cessé même si en coulisses, certains responsables politiques, notamment proches du Parti socialiste de Bettino Craxi, considéraient comme un moindre mal la renonciation, par une cohorte de militants, à la lutte armée.

C’est à partir de 2001 que la question de l’extradition des anciens est revenue sur le devant de la scène. Dans un climat de lutte générale contre le terrorisme à la suite des attentats du 11 Septembre et du renforcement de la coopération judiciaire au niveau européen, le gouvernement de Silvio Berlusconi a relancé les demandes d’extradition. Ancien membre de l’Union des communistes combattants, l’universitaire Paolo Persichetti a été livré aux autorités italiennes en 2002. Deux ans plus tard, Jacques Chirac signait le décret d’extradition de Cesare Battisti, réfugié en France depuis 1990 et condamné par contumace à la perpétuité pour sa participation à quatre assassinats commis par les PAC. Après plusieurs années de cavale à l’étranger, en particulier au Brésil où il a pu bénéficier de la protection du président Lula, Cesare Battisti a finalement été livré aux autorités italiennes en 2019.

«Opération de vendetta»

A cette date, Rome a une nouvelle fois réactivité ses demandes d’extradition pour les autres activistes, le ministre d’extrême droite de l’époque, Matteo Salvini, s’en prenant vigoureusement à la France coupable selon lui de protéger «des assassins ayant tué des innocents». Dans la péninsule, le sentiment d’injustice et d’impunité par rapport aux assassinats des «années de plomb» ne se limite néanmoins pas à la frange politique la plus radicale.

Si les avocats des anciens militants dénoncent aujourd’hui «une opération de vendetta et non de justice, mise en œuvre par un Etat faible qui ne sait pas faire les comptes avec sa propre histoire», dans l’ensemble, l’opinion publique italienne n’a jamais compris le soutien dont bénéficiaient, notamment dans les milieux intellectuels, les réfugiés à Paris et en particulier Cesare Battisti qui, après avoir nié toute responsabilité directe, a admis ses crimes en 2019 : «C’est vrai, je confirme tout ce qui est écrit dans les verdicts de condamnation.»

Au cours des derniers jours, la nouvelle ministre italienne de la Justice, Marta Cartabia, a transmis officiellement à son homologue français une «requête urgente […] pour ne pas laisser impunis les attentats des Brigades rouges». Selon la presse transalpine, certaines affaires risquaient de tomber en prescription. Pour le quotidien progressiste La Repubblica, avec les arrestations effectuées mercredi «c’est l’histoire du XXe siècle italien qui se referme, et sans doute aussi une phase de l’histoire européenne».

L’Italie «satisfaite» après l’arrestation en France de sept ex-brigadistes