Au Kenya, la course à l’oxygène au sein des hôpitaux

Un soignant auprès d'un malade du Covid-19 dans une unité de soins intensifs d'un centre de traitement et d'isolation à Machakos, au sud de Nairobi, le 3 novembre 2020. © AP - Brian Inganga Un soignant auprès d'un malade du Covid-19 dans une unité de soins intensifs d'un centre de traitement et d'isolation à Machakos, au sud de Nairobi, le 3 novembre 2020.

Si la troisième vague épidémique de mars-avril est maintenant passée, elle a été vécue difficilement par les services hospitaliers, submergés par les cas de Covid-19. Et l’oxygène y est rare. Reportage dans un hôpital de la capitale.

Avec notre correspondante à Nairobi, Albane Thirouard

Au pic de la crise, plusieurs établissements publics ont dû faire face à des pénuries d'oxygène. Alors, si le pays n’a recensé que 376 cas positifs ces dernières 24h, les hôpitaux kényans tentent depuis de renforcer leurs stocks du précieux gaz. Car, avec vingt cas de variant indiens recensés, les autorités sanitaires suivent avec attention la situation en Inde et s’inquiètent d’une quatrième hausse épidémique cet été.

Au pic de la troisième vague, l’hôpital MP Shah s’est ainsi retrouvé débordé. L’établissement qui possédait pourtant sa propre unité de production d’oxygène, a failli en manquer. Millicent Alooh, ingénieure médicale en cheffe, s’en souvient bien.

« Avant le Covid, on utilisait 20 à 30 bombonnes d’oxygène par jour. Pendant le Covid, on en utilisait 100, 120 chaque jour. Nos patients n’ont pas été confrontés aux pénuries, mais pour nous, dans les bureaux, c’était un vrai défi de réussir à avoir de l’oxygène. La demande était tellement forte que les fournisseurs n’étaient pas capables de suivre. On a dû faire appel à de nouveaux vendeurs. »

Si le calme est revenu dans cet établissement privé de Nairobi, la directrice, Toseef Din, prône l’anticipation face aux inquiétudes d’une quatrième vague. « Cette troisième vague était la pire pour nous, dit-elle. Mais on dit souvent de ne pas laisser une crise être gaspillée. Aujourd’hui, tout le monde a peur du variant indien. Je pense que c’est le moment pour nous de nous préparer et non de céder à la panique. »

La course pour le précieux gaz est donc lancée. Dans le jardin de l’hôpital, trône déjà une citerne à oxygène flambante neuve. Une acquisition poussée par la récente crise explique Millicent Alooh.

« On a d’abord décidé d’installer un troisième distributeur d’oxygène pour pallier la demande. Puis on a obtenu la citerne. Et maintenant on a même commandé une deuxième unité de production d’oxygène, au cas où on serait confronté à une quatrième vague. »

Le gouvernement kényan quant à lui a annoncé vouloir fournir 16 comtés en réserves d’oxygène. Et a appelé à réparer les unités de production défaillantes.

L’éventuelle quatrième vague inquiète d’autant plus que le Kenya a presque écoulé ses stocks de vaccins. Le pays avait reçu un peu plus d’un million de doses Astra-Zeneca de l’initiative Covax le mois dernier, il a vacciné près d’un million de kenyan. Nairobi attendait une nouvelle livraison Covax à la fin du mois mais l’OMS, vient d’annoncer le blocage de ses exportations de vaccins jusqu’à fin 2021, laissant le Kenya dans l’incertitude.

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