L'Équateur et le Pérou, deux pays andins aux urnes pour élire leur futur président

Le candidat du parti radical de gauche, Pérou Libre, Pedro Castillo, lors du rassemblement de clôture de sa campagne pour la présidentielle, à Lima le 8 avril 2021. © Gian Masko, AFP Le candidat du parti radical de gauche, Pérou Libre, Pedro Castillo, lors du rassemblement de clôture de sa campagne pour la présidentielle, à Lima le 8 avril 2021.

En Amérique du Sud, l'Équateur et le Pérou appellent leurs citoyens aux urnes, dimanche, pour élire leur prochain président. Le second tour de la présidentielle équatorienne est teinté d'incertitudes quant au report des voix du candidat amérindien, et le premier tour du scrutin péruvien est, lui, marqué par une très grande ouverture, avec pas moins de 18 candidats en lice.

Équatoriens et Péruviens sont appelés aux urnes, dimanche 10 avril. Les premiers pour le second tour d'une présidentielle opposant gauche et droite dans un scrutin marqué d'incertitude quant au report des voix du candidat indigéniste ; les seconds pour le premier tour très ouvert d'une présidentielle organisée en plein désastre sanitaire.

En Équateur, l'économiste André Arauz, 36 ans, dauphin de l'ancien président Rafael Correa, est au coude à coude avec l'ex-banquier de droite, Guillermo Lasso, 65 ans, pour succéder à l'impopulaire Lenin Moreno, dont le mandat de quatre ans se terminera le 24 avril prochain.

Après un premier tour dont les résultats définitifs ont tardé deux semaines, et qu'a contestés le leader indigène de gauche Yaku Perez, classé troisième avec seulement 0,35 % d'écart, l'issue de l'élection n'est pas assurée.

Le doute plane sur le vote amérindien

Le vote des Amérindiens devrait en effet peser dans ce pays pétrolier de 17,4 millions d'habitants, en crise et durement touché par la pandémie de Covid-19 (quelque 340 000 cas, dont plus de 17 000 morts).

Leur leader, premier indigène à parvenir aussi loin dans une présidentielle en Équateur, a échoué de peu à passer au second tour. Et son parti Pachakutik, deuxième force législative, s'est démarqué des deux finalistes. Le doute plane donc sur ce que vont décider les 19,39 % des 13,1 millions d'électeurs ayant voté Yaku Perez. 

Dans le peloton final, si le candidat de gauche, André Arauz, qui parie sur la social-démocratie pour relancer le développement du pays, est arrivé en tête lors du scrutin du 7 février, avec 13 points d'avance à 32,72 % des voix, il n'est pas dit qu'il l'emporte face à un adversaire, Guillermo Lasso, adepte du libre-échange.

En jeu, deux modèles politiques et économiques opposés

Plusieurs sondages donnent dix points d'avance à André Arauz. Un autre, de l'institut Cedatos, le crédite de 48 % contre 52 % pour Guillermo Lasso. Mais le plus récent, réalisé par Market, penche pour une "égalité technique" avec 70 000 voix de différence, à 50 % pour le candidat de la coalition Union pour l'espérance (Unes) contre 49 % à l'ex-banquier, qui aspire pour la troisième fois à la présidence sous la bannière de son mouvement, Créer des opportunités (Creo).

Cela présage donc d'un second tour "totalement incertain", a déclaré à l'AFP le directeur de cet institut, Blasco Peñaherrera, soulignant que la "croissance" électorale de Guillermo Lasso vers la fin de la campagne, achevée jeudi, est "très supérieure" à celle d'André Arauz.

Deux modèles politiques et économiques sont en jeu, entre un retour de la gauche et une consolidation du virage à droite, initié par Lenin Moreno, adoubé initialement par son prédécesseur Rafael Correa, mais qui s'est rapproché du patronat et des organismes financiers internationaux.

Bien que le vote soit obligatoire en Équateur, l'abstention avait atteint 19 % en février et le nombre d'indécis était préalablement évalué à 35 %. Cette fois, il n'est plus que de 8 %.

Parmi les Équatoriens, dont le mécontentement s'est traduit par de violentes manifestations en 2019, il y a, selon l'analyste Pablo Romero, de l'université Salesiana, "une sensation que peu importe qui gagne, sinon que nous avons besoin d'un changement immédiat".

Au Pérou, "l'élection la plus ouverte de l'histoire"

De l'autre côté de la frontière, au Pérou, c'est le premier tour de la présidentielle qui se joue. Au total, 18 candidats se font face pour devenir le futur président, auquel il incombera de résoudre à la fois l'urgence sanitaire liée à une pandémie en plein rebond, l'instabilité institutionnelle chronique et la récession économique. 

Le scrutin qui s'annonce très indécis a été maintenu malgré la virulente deuxième vague de Covid-19 qui frappe l'Amérique latine, avec des records de contaminations et de décès qui n'épargnent pas le Pérou.

Dans un pays où le charisme du candidat l'emporte sur les positionnements idéologiques, 10 des 18 postulants sont orientés à droite ou au centre-droit de l'échiquier politique, quatre à gauche, un au centre et trois sont nationalistes.

Selon les derniers sondages d'opinion, aucun d'eux ne recueillerait plus de 10 % des voix au premier tour, ce qui en fait "l'élection la plus ouverte de l'histoire" selon le directeur de l'institut de sondage Ipsos, Alfredo Torres. Quelque 28 % des sondés ont indiqué ne pas savoir qui aurait leur faveur dans le secret de l'isoloir.

L'ex-député de centre-droit, Yonhy Lescano, l'anthropologue de gauche, Veronika Mendoza, et l'économiste libéral, Hernando de Soto, forment le trio de tête du dernier sondage Ipsos publié dimanche, avant que l'interdiction des enquêtes d'opinion n'entre en vigueur.

Mais l'ex-footballeur George Forsyth (centre-droit), l'homme d'affaires Rafael Lopez Aliaga (extrême-droite), l'enseignant Pedro Castillo (gauche) ou Keiko Fujimori (droite populiste), sont potentiellement en position de se qualifier pour le second tour, le 6 juin.

Le président par intérim, Francisco Sagasti (centre), élu par le Parlement après la destitution en novembre 2020 de l'ex-président Martin Vizcarra, ne se représente pas.

De son côté, le populaire Martin Vizcarra, dont la destitution avait provoqué de violentes manifestations, cherche à se faire élire comme député de cette assemblée unicamérale qui sera entièrement renouvelée dimanche.

Instabilité politique sur fond de désastre économique et sanitaire

Les Péruviens ont manifesté un faible intérêt pour cette campagne, usés par les crises institutionnelles à répétition qui, lors de la dernière en date, ont conduit le pays à avoir trois présidents en une semaine.

Dans ce pays de 33 millions d'habitants où plus de 1,5 million de cas positifs au Covid-19 et 53 000 décès ont été répertoriés, la question du report de vote, qui est obligatoire, n'a pas été débattue alors qu'au Chili voisin, l'élection prévue dimanche d'une Assemblée constituante a été reportée de cinq semaines. 

Le Pérou, qui a lentement entamé sa campagne de vaccination, attend avec impatience le retour des quatre millions de touristes par an attirés par son inestimable patrimoine archéologique. Après avoir connu pendant des années une croissance supérieure à la moyenne latino-américaine, l'économie péruvienne s'est contractée de 11,12 % en 2020, le pire chiffre depuis trois décennies.

Quatre millions de Péruviens ont perdu leur emploi à cause de la pandémie et cinq millions sont devenus pauvres. Aujourd'hui, un tiers des habitants vivent dans la pauvreté, selon les statistiques officielles.

Dimanche, dans le troisième pays d'Amérique du sud par sa superficie (1,28 million de km²), les 25 millions d'électeurs appelés aux urnes voteront des villages de la jungle amazonienne aux hauts plateaux andins en passant par les rives du Pacifique.

Les premiers résultats partiels de la présidentielle devraient être connus vers minuit (heure locale). Les résultats officiels des législatives prendront plusieurs jours. Un deuxième tour est prévu le 6 juin.

Avec AFP

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