"Lourde responsabilité" de la France dans le génocide rwandais

Des soldats francais traversant le camp de réfugiés de Butare en juillet 1994 © picture-alliance/dpa Des soldats francais traversant le camp de réfugiés de Butare en juillet 1994

La France a "rendu possible un génocide prévisible". Voici l'une des conclusions clefs de ce rapport de 580 pages : "Un génocide prévisible : le rôle de l'Etat français en lien avec le génocide contre les Tutsis au Rwanda".

Le document a été remis ce lundi au gouvernement rwandais par le cabinet d'avocats Muse, basé aux Etats-Unis et dont les autorités de Kigali ont publié des extraits en ligne :

Un François Mitterrand "néocolonial"

Le rapport Muse reconnaît la "lourde responsabilité" de la France mais exclut sa complicité explicite dans le génocide, en tant qu'Etat.

Le document ne fait pas de révélations sur l'opération Turquoise, déployée entre juin et août 1994, qui, sous couvert d'être une mission humanitaire, aurait facilité le repli des génocidaires en RDC.

En revanche, il dénonce l' "engagement néocolonial" de l'ancien président français, François Mitterrand qui aurait été plus soucieux de défendre les intérêts français au Rwanda que se préoccuper du sort des Tutsis en danger.

Congruence avec le rapport Duclert

Ce rapport Muse de 2021 fait suite à un autre, celui de la douzaine d'historiens de la commission Duclert, remis à Emmanuel Macron fin mars. Et ses conclusions rejoignent celles du rapport français.

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Les rapporteurs du cabinet Muse indiquent avoir "sollicité des centaines de témoins et de dépositaires de documents sur trois continents", "en anglais, en français et en kinyarwanda" et évoquent avoir analysé des "millions de pages de documents, transcriptions et articles de journaux de l'époque" du génocide.

Le président rwandais Paul Kagame a lui-même été interrogé pour les besoins de l'enquête.

Apaisement Paris/Kigali

Cette fois, il n'est donc pas question de "responsabilité" attribuée à Paris. Alors l'Elysée s'en félicite, ainsi que de la renonciation à toute poursuite judiciaire par le Rwanda, comme l'a indiqué le ministre des Affaires étrangères, Vincent Biruta, dans une interview au quotidien Le Monde.

C'est que le ton du rapport Muse est plus conciliant que celui de la Commission Mucyo, publié en 2008. Son nom annonçait déjà la couleur : "Commission nationale indépendante chargée de rassembler les éléments de preuve montrant l'implication de l'Etat français dans la préparation et l'exécution du génocide perpétré au Rwanda en 1994".

A l'époque, les deux pays avaient rompu leurs relations diplomatiques et le rapport réservait le droit à l'Etat rwandais de porter plainte contre le gouvernement français pour sa "part active" dans un génocide qui a, entre avril et juillet 1994, coûté la vie à plus d'un million de personnes.

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Le rapport Mucyo dressait même la liste de treize personnalités politiques et de vingt militaires français particulièrement impliqués et susceptibles de faire l'objet de poursuites en justice.

D'où la satisfaction affichée ce soir par la présidence française qui estime que le rapport rwandais ouvre "un espace politique nouveau" pour "se projeter vers un avenir commun".

Le dégel entre les deux pays avait déjà été entamé au moment du choix, en 2018, de Louise Mushikiwabo, l'ancienne cheffe de la diplomatie rwandaise, pour diriger l'Organisation internationale de la francophonie, avec l'appui de Paris.

Le rapport Muse scelle l'apaisement voulu par les deux capitales.

D'ailleurs Paul Kagamé est attendu le 18 mai à Paris pour un sommet sur les économiques africaines et Emmanuel Macron pourrait se rendre prochainement à Kigali.

Auteur: Sandrine Blanchard

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