Centrafrique: les relations entre les communautés religieuses se sont fluidifiées

Scène de la vie quotidienne dans le quartier PK5, à majorité musulmane, à Bangui, Centrafrique. © RFI/Bertrand Haeckler Scène de la vie quotidienne dans le quartier PK5, à majorité musulmane, à Bangui, Centrafrique.

À l’occasion du ramadan qui a débuté cette semaine, RFI s’intéresse aux minorités musulmanes dans le monde. En Centrafrique, les musulmans y représentaient 10% de la population lors du dernier recensement qui date 2003. Le conflit dans lequel a basculé le pays en 2013, politique à l’origine, a eu pour conséquence une polarisation entre musulmans et chrétiens, mais depuis la situation s’est largement améliorée.

Avec notre envoyée spéciale de retour de Bangui, Florence Morice

Il est important de redire que le conflit centrafricain, qui a éclaté en 2013, n’était pas religieux. Il y a toujours eu en Centrafrique des échanges familiaux économiques entre chrétiens et musulmans. Il se trouve cependant que l’ex-Seleka qui a renversé le pouvoir de Bozizé étant à majorité musulmane, par conséquent le conflit a recoupé des catégories religieuses qui ont pu être instrumentalisés pour entériner l’idée qu’il y avait d’un côté les musulmans et de l’autre les non musulmans. La meilleure preuve que cette lecture est inexacte, c’est sans doute ce à quoi on assiste depuis décembre : une nouvelle rébellion qui rassemble ex-Seleka et anti-balaka, à majorité chrétienne.

Alors on ne peut pas nier que les violences qui ont lieu, recoupant encore une fois ce clivage religieux, ont engendré un traumatisme et de la méfiance, longues à dissiper. À Bangui, il était devenu presque impensable pour un chrétien de se rendre au quartier PK5 à majorité musulmane et inversement. On a aussi observé une baisse des mariages interreligieux, mais même au plus fort de la crise, les échanges commerciaux entre différentes communautés n’ont jamais complètement cessé.

Des difficultés économiques

De l’avis même de l’imam de Petevo, la communauté musulmane dans le pays n’est pas ostracisée. Depuis 2014, les autorités ont fait des efforts. Des bâtiments religieux détruits pendant la crise, chrétiens comme musulmans, ont été reconstruits. Les concours de la gendarmerie et de l’armée ont été ouverts aux musulmans. Alors qu'ils restent fortement sous représentés dans ces fonctions, mais aussi parce que traditionnellement les jeunes musulmans ont l’habitude de se tourner vers le commerce et ne voyaient pas forcément la fonction publique comme un débouché.

Il est vrai aussi que dans certaines villes, les musulmans ou déplacés sont encore peu nombreux à revenir chez eux. Mais c’est le cas aussi des chrétiens. Et c’est parfois plus à cause du traumatisme laissé par les violences ou parce que leurs maisons ont été détruites ou occupées que parce qu’ils seraient en danger du fait de leur religion. Globalement, à Bangui, la circulation entre les différents quartiers musulmans et non musulmans a, par exemple, retrouvé sa fluidité.

Finalement, les principales difficultés auxquelles sont confrontés les musulmans pendant cette période de ramadan tiennent aux restrictions qu’impose le Covid-19 et aussi aux conséquences économiques non seulement de cette pandémie, mais aussi du conflit déclenché en décembre qui a paralysé l’économie. Ce n’est donc pas en rapport à un ostracisme qui serait lié à leur religion.

Centrafrique: les relations entre les communautés religieuses se sont fluidifiées