En constante mutation, l'Espagne avance à tâtons

Le nouveau venu Bryan Gil avec l'expérimenté Jordi Alba contre la Géorgie (2-1) © AI / Reuters / Panoramic Le nouveau venu Bryan Gil avec l'expérimenté Jordi Alba contre la Géorgie (2-1)

Panini a dû faire des choix. Lancé en grande pompe en présence des milieux de terrains Thiago et Rodri, le prochain album du célèbre éditeur de stickers à collectionner sera logiquement consacré au prochain Euro 2020 (11 juin au 11 juillet). Mais si le choix des joueurs représentés sera plus facile d’une sélection à l’autre, il relèvera du casse-tête en ce qui concerne la Roja. Ainsi, pour la trêve internationale de mars, Luis Enrique n’a pas dérogé à sa réputation de sélectionneur ouvert à de nouvelles têtes puisque quatre débutants ont intégrés la Roja pour le début de la campagne de qualification à la Coupe du monde 2022. Aux côtés du gardien Robert Sánchez (23 ans, Brighton) et de l'arrière droit Pedro Porro (21 ans, Sporting Portugal), le sélectionneur espagnol a invité deux pépites de Liga avec le milieu offensif Pedri (18 ans, Barcelone) et l’attaquant Bryan Gil (20 ans, prêté par Séville à Eibar).

«Je ne sais même pas combien de joueurs du groupe qui a battu l'Allemagne sont là aujourd'hui, et je m'en fiche», commentait ainsi le sélectionneur lors de la révélation de sa liste mi-mars. Allusion faite à la victoire écrasante sur l’Allemagne mi-novembre (6-0), seul fait d’arme récent de son Espagne, en proie à des difficultés dernièrement. Hormis ce succès probant en ligue des nations, son équipe reste sur trois nuls et deux victoires en comptant la dernière trève de l’année 2020. Les deux dernières sorties ont d’ailleurs été guère rassurantes. Après un nul inaugural contre la Grèce (1-1) dans le cadre des éliminatoires pour la prochaine Coupe du monde, la Roja a échappé au pire sur la pelouse de la Géorgie de Willy Sagnol (1-2), «un des matchs où j’ai le plus souffert», dira le technicien, «au bord de l’infarctus» pendant la rencontre. 

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Absence de continuité

Si l’Espagne de «Lucho» conserve une certaine identité, notamment à travers un positionnement en 4-3-3 et une possession de balle supérieure à 70%, cette possession stérile tourne parfois à la caricature, son animation manque de tranchant, tandis que les automatismes sont difficiles à s’établir entre des joueurs interchangeables. Pour preuve, l’ancien entraîneur du Barça a utilisé 57 joueurs, dont 21 débutants en seulement 19 rencontres durant son temps à la tête de l’équipe nationale (il avait pris du recul entre mars et novembre 2019 pour être au chevet de sa fille, malade). A titre de comparaison, comme le rappelle Marca, le regretté Luis Aragones (vainqueur de l’Euro 2008, décédé en 2014), avait fait appel à 58 joueurs en… 54 matches.

Une rupture de continuité récurrente prise au risque de ne pas dégager une véritable ossature à seulement trois mois de l’Euro, où l’Espagne aura rendez-vous avec la Suède, la Pologne et la Slovaquie en phase de poules. En découle une gestion de groupe aux antipodes notamment de celle de Didier Deschamps avec les Bleus, où les statuts sont autrement plus établis. En Espagne, hormis le capitaine Sergio Ramos (35 ans), peu de joueurs sont assurés d’être des matches de l’Euro à domicile en juin prochain, alors que les matches de la Roja auront lieu au Stade San Mamés de Bilbao, dans le Pays Basque. Autant d’éléments qui font parler de l’autre côté des Pyrénées. «Je ne vais pas prendre mes décisions en fonction des désirs de Pepe, Manolo ou Lucas, a cinglé Enrique ce mardi, en répondant aux critiques des internautes. Je respecte toutes les opinions mais c’est moi qui fait les choix. Mon expérience parle pour moi, d’où mon contrat avec la Fédération. Il n’y a aucune raison que je change ma façon de faire.» 

Promotion de la jeune génération

Inévitablement, cette absence de continuité se traduit dans les onzes de départ, avec une équipe changée de moitié entre la réception de la Grèce jeudi dernier (1-1) et la succès miraculeux en Géorgie dimanche (1-2), où Enrique avait offert leur première titularisation à Porro, Pedri et Gil. Le natif de Gijon assume d’ailleurs n’avoir aucun onze établi. «Je suis ravi des 24 joueurs au sein du vestiaire, a-t-il déclaré mardi. Chacun d’entre eux peut prétendre à être dans le onze de départ. Personne ne pourra me garantir que conserver le même onze de départ nous permettra de gagner tous nos matches, je n’ai jamais vu un entraîneur faire ça.»

Certains éléments ont néanmoins un peu plus les faveurs du coach, tels les grands espoirs Ferran Torres (21 ans, 9 sélections, 5 buts) et Dani Olmo (10 sélections, 2 buts), tous deux alignés à chacun des neuf derniers matches officiels de l’Espagne, soit plus que n’importe quel autre joueur. Autant de signes qui laissent à penser que Luis Enrique est manifestement décidé à faire émerger la jeune génération. Sous contrat au-delà de la Coupe du monde au Qatar, il se projette déjà après l’Euro et se mue en bâtisseur d’une nouvelle génération dorée. En Géorgie, Dani Olmo (22 ans) lui a d’ailleurs rendu la pareille à en délivrant les siens d’une frappe lointaine dans les arrêts de jeu. Donnant ainsi raison à son sélectionneur, qui ne semble toutefois à pas décidé à revoir sa ligne de conduite. J’ai une manière de faire les choses, elle est sûrement mauvaise pour certains, mais je m’y tiendrai jusqu’à la mort, à moins que les évènements ne me prouvent le contraire.»

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