Albanie: des élections législatives sous haute tension

Une scène de la vie quotidienne à Tirana, la capitale de l'Albanie. (Image d'illustration) © Universal Images Group via Getty - AGF Une scène de la vie quotidienne à Tirana, la capitale de l'Albanie. (Image d'illustration)

En Albanie, au pouvoir depuis huit ans, le Premier ministre socialiste Edi Rama entend bien rempiler pour un troisième mandat à la faveur du scrutin législatif de ce dimanche 25 avril, tandis que l’opposition conservatrice espère capitaliser sur les frustrations qui s’accumulent dans la population. 

avec notre envoyé spécial à Tirana, Jean-Arnault Dérens

La campagne électorale s'est achevée dans un climat de forte tension, comme toujours en Albanie, où chaque scrutin prend l’allure d’un test décisif pour l’avenir du pays.

Malgré les conditions particulières créées par la situation sanitaire, cette dramatisation de l’enjeu n’a pas manqué, d’autant que des cas de violence ont été enregistrés entre militants des deux grands partis, le Parti socialiste au pouvoir, et le Parti démocratique, c’est-à-dire l’opposition conservatrice. Ces violences ont déjà fait un mort dans la ville d’Elbasan. La campagne a aussi eu son lot de scandales, notamment avec la révélation par un site d’investigation d’une immense opération de fichage des électeurs par le Parti socialiste. Enfin, le président de la République, Ilir Meta, lui-même issu d’une troisième formation en perte de vitesse, n’a pas manqué de rajouter de l’huile sur le feu, en menaçant de ne pas valider le scrutin si le Parti socialiste l’emporte encore…

Quels sont au vrai, les enjeux de cette élection ? Et sur quels thèmes la campagne a-t-elle porté ?

L’Albanie est toujours l’un des pays les plus pauvres d’Europe ; elle se vide de sa population qui s’exile massivement à l’étranger, et sa candidature européenne est en panne depuis des années… Cependant, de tout cela, il aura bien peu été question dans la campagne. Le Parti démocratique concentre ses tirs sur la dérive autoritaire du Premier ministre Rama, ses accointances avec les milieux criminels ou encore avec les lobbies de la construction qui ravage Tirana en blanchissant massivement des capitaux à l’origine obscure.

Le Parti socialiste, lui, revendique son « expérience » et a privilégié une campagne négative, en demandant aux électeurs s’ils voulaient encore faire confiance aux démocrates. Pour le coup, il n’est pas certain que les démocrates parviennent à capitaliser les frustrations qui s’accumulent dans le pays. Il est vrai que les deux grands partis qui dominent la vie politique de l’Albanie depuis trente ans partagent les mêmes travers - corruption, népotisme, clientélisme et achats de voix.

Si l’on en croit les sondages, le Parti socialiste devrait faire la course en tête, mais il n’est pas assuré d’obtenir la majorité absolue, ce qui laisse présager une longue nuit et de complexes tractations post-électorales, encore compliquées par les accusations de fraude, les contestations et les recours en justice qui ne devraient pas manquer au rendez-vous.

Mais de nouvelles forces politiques ne sont-elles pas en train d’émerger ?

En effet, quelques candidats indépendants font beaucoup parler d’eux, et pourraient attirer le vote des déçus du bipartisme à l’albanaise, notamment des jeunes. C’est le cas du mouvement Vetëvendosje, la formation d’Albin Kurti, le Premier ministre du Kosovo voisin, qui, pour la première fois, soutient trois candidats, espérant bien créer la surprise, notamment à Tirana.

Plus encore que le thème, pas forcément très populaire, de l’unification nationale entre l’Albanie et le Kosovo, ils bénéficient de l’image de marque d’Albin Kurti, pourfendeur de la corruption. En présentant ces candidats, Vetëvendosje lance en tout cas un défi direct à Edi Rama et affirme son ambition de faire souffler un vent de changement à l’échelle de l’ensemble du monde albanais des Balkans.

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