Inde : des infections en hausse, les vaccinations aussi mais pas pour tous

A Chennai, le 20 mars. © Arun Sankar A Chennai, le 20 mars.

C’est la fin du répit en Inde : depuis deux mois, le pays connaissait un nombre très faible de cas de Covid-19, mais voici que ces chiffres explosent et dépassent les 60 000 par jour. Cela représente cinq fois plus qu’il y a un mois, et des régions comme le Maharashtra, où se trouve Bombay, connaissent leurs plus fortes contaminations officielles depuis le début de l’épidémie. Les grandes villes bénéficiaient d’une certaine immunité collective, mais les nouveaux variants se répandent et semblent briser ce barrage.

Du coup, les autorités accélèrent le rythme de vaccination : à partir du 1er avril, tous les Indiens de plus de 45 ans pourront se faire inoculer, contre les plus de 60 ans jusqu’à présent. 300 millions de personnes sont maintenant éligibles. Cela rassure une partie de la population – car même si l’Inde vaccine entre un et deux millions de personnes par jour, cela représente un rythme d’inoculation par habitant quatre fois moins élevé qu’aux Etats-Unis, deux fois moins élevé qu’en France et même inférieur au Brésil, qui ne brille pas dans sa politique contre le Covid-19. Depuis le début de la campagne lancée le 16 janvier dernier, l’Inde a administré 60 millions de doses, équivalent à 4,5% de sa population. Certains ont toutefois déjà pu recevoir deux doses.

Inégalités importantes face au vaccin

Mais les spécialistes indiens considèrent que l’accélération de la vaccination ne réglera pas un problème plus grave de cette campagne indienne : son manque d’équité. Pour être vacciné dans un centre de santé, un candidat doit en effet s’enregistrer sur un site internet ou une application mobile. Une méthode concevable dans un pays européen, mais pas en Inde, où à peine un habitant sur deux a accès à internet et un quart de la population vit sous le seuil de pauvreté. Un système alternatif est proposé, qui requiert de s’adresser à l’administration locale pour s’enregistrer, mais cela demeure compliqué.

Cette méthode renverse du reste la logique des campagnes de vaccination habituelles : pour la polio ou la rougeole, c’est l’Etat qui vient aux habitants. Les auxiliaires de santé des centres primaires de district opèrent un maillage précis des populations jusqu’au plus profond des campagnes et déploient une machinerie impressionnante qui permet, par exemple, de vacciner 150 millions d’enfants indiens contre la polio en trois jours. Une technique redoutable qui a fait disparaître cette maladie du pays. «Ce système fonctionne sans internet, sans hôpitaux privés et permet aussi de rapporter les effets indésirables du vaccin», explique le docteur Hemant Shewade, spécialiste de médecine communautaire dans une institution internationale. «Et il était possible d’adapter ce système pour les besoins de la vaccination du COVID19».

Pourquoi ne pas l’avoir fait ? «Cela défie toute logique», s’insurge ce docteur, qui a alerté les autorités mais n’a pas eu de réponse. Une raison pourrait être le manque de doses. L’Inde est toutefois le premier producteur de vaccins au monde, ce qui lui laisse une marge de manœuvre. Le Serum Institute of India, leader mondial dans le domaine et fabricant du vaccin d’Astra Zeneca, va par exemple retarder la livraison des doses à ses clients étrangers et au réseau COVAX pour les pays pauvres, dans le but probable de les fournir à la population indienne. Il y a d’autres éventualités, moins avouables : la campagne actuelle donne la priorité aux citadins éduqués. Une classe moyenne influente composée de journalistes et autres docteurs qu’il est toujours bon de contenter dans un pays qui entre dans une phase importante d’élections régionales.

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