Royaume-Uni: Boris Johnson veut une réouverture prudente des frontières

Le premier ministre britannique (ici le 29 mars à Downing Street), a invité ses concitoyens à privilégier les vacances à l’intérieur du pays. © HOLLIE ADAMS/AFP Le premier ministre britannique (ici le 29 mars à Downing Street), a invité ses concitoyens à privilégier les vacances à l’intérieur du pays.

Pour accompagner le déconfinement, Londres étudie la mise en place d’un passeport vaccinal.

Pour les Britanniques, la route des vacances n’est pas encore dégagée. Du moins celle que des millions d’entre eux aiment prendre chaque été, pour gagner le soleil et les rives de la Méditerranée. Boris Johnson a ébauché lundi son plan pour entrouvrir les frontières verrouillées du royaume, après le 17 mai, mais sans garantie. Une extrême prudence règne en effet, le premier ministre mettant en garde contre la «situation très difficile» de certains pays du continent, et le risque «d’importation de nouveaux variants».

Pour classer les pays fréquentables ou non, un dispositif à trois niveaux devrait être mis en place. Pour les destinations vertes, deux tests au moins seront requis, un au départ et un autre à l’arrivée. Pour les pays orange, il faudra observer une quarantaine à domicile et effectuer plusieurs tests. Pour les pays rouges, seuls les résidents seront autorisés à en revenir et ils devront se soumettre à la coûteuse quarantaine à l’hôtel déjà en vigueur pour ces pays considérés comme dangereux. Ce système de feu tricolore sera établi à partir de plusieurs critères: l’avancement de la vaccination dans le pays, le taux de contamination ou la présence de variants inquiétants.

Une grande campagne de dépistage

Le gouvernement recommande toujours chaudement aux Britanniques de passer leurs vacances à l’intérieur des frontières, vantant le «Great British summer». Sans convaincre tout le monde, et en tout cas pas l’industrie du transport aérien. Cette dernière, déjà laminée par un an de restrictions et inquiète d’un deuxième «été blanc», conteste une stratégie lourde d’incertitudes, qui va rendre impossible toute prévision de voyage. «L’industrie du tourisme ne peut supporter le fiasco d’annulation de réservations parce qu’un système a été mal pensé et laisse tout le monde, clients comme opérateurs, dans la confusion», a déclaré Martyn Sumners, directeur de l’Association des tour-opérateurs indépendants.

Pour accompagner la prochaine étape du déconfinement, le premier ministre a aussi annoncé une série de mesures. Le 12 avril, vont ainsi pouvoir rouvrir les commerces, les salons de coiffure, les clubs de sport et les pubs, mais seulement pour un service en terrasse. Pour «briser les chaînes de transmission», une grande campagne de dépistage va être lancée. Tous les Britanniques devraient ainsi bénéficier de deux tests rapides par semaine, qu’ils présentent ou non des symptômes.

L’autre mesure, très controversée, est celle d’un passeport vaccinal, qui visera d’abord les «événements de masse». Ce «certificat sanitaire», encore à l’étude, indiquerait si une personne a été vaccinée, si elle dispose d’anticorps après avoir été contaminée, ou est négative au coronavirus. Des essais devraient être effectués dès la mi-avril lors d’événements sportifs, comme la finale de la Coupe d’Angleterre de football au stade de Wembley. Mais, pour l’heure, on précise qu’il ne sera pas exigé dans les transports publics, les magasins ou les pubs, comme l’avait évoqué Boris Johnson il y a dix jours, en suscitant un certain émoi.

L’idée de ce passeport vaccinal nourrit une forte polémique, ses détracteurs le jugeant «discriminatoire». Plus de 70 députés sont déjà vent debout contre ce projet qui réussit à réunir contre lui des personnalités allant de la gauche radicale, comme Jeremy Corbyn, aux Brexiters durs du Parti conservateur. Boris Johnson a assuré qu’il était conscient des problèmes «éthiques et pratiques» soulevés et qu’ils seraient étudiés avec attention.

Quelque 31,6 millions de Britanniques ont reçu une première dose de vaccin et 5,4 millions une deuxième. Les taux de contaminations comme les chiffres de décès ont chuté, avec 26 morts lors des dernières 24 heures. Pour certains, cette amélioration spectaculaire rend difficilement compréhensible la lenteur gouvernementale sur le chemin d’un retour à la vie normale.

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