Centrafrique: Macron juge le président Touadéra «otage du groupe Wagner»

Bangui affirme ne pas traiter avec le groupe Wagner, cette société militaire privée sans existence juridique mais qui entretient des liens étroits avec le Kremlin, selon les observateurs, et dont les éléments combattraient en Centrafrique aux côtés des troupes gouvernementales. © REUTERS - ANTOINE ROLLAND Bangui affirme ne pas traiter avec le groupe Wagner, cette société militaire privée sans existence juridique mais qui entretient des liens étroits avec le Kremlin, selon les observateurs, et dont les éléments combattraient en Centrafrique aux côtés des troupes gouvernementales.

Dans une interview accordée au « Journal du Dimanche » (JDD), publiée ce week-end, le président français Emmanuel Macron a évoqué le sentiment antifrançais en Centrafrique, instrumentalisé selon lui par un groupe militaire privé lié à la Russie. Une référence à la société militaire privée Wagner, un groupe sans existence juridique mais qui entretient des liens étroits avec le Kremlin, selon les observateurs, et dont les éléments combattraient aux côtés des troupes gouvernementales. 

Avec notre correspondant à Bangui, Carol Valade

Les propos tenus par le président Macron sur la coopération militaire russe font polémique en République centrafricaine. Dans une interview publiée, dimanche 30 mai, dans le JDD, le chef de l'État français a évoqué le sentiment antifrançais en Centrafrique, instrumentalisé selon lui par une société militaire privée russe. « Ce discours antifrançais permet de légitimer une présence de mercenaires prédateurs russes au sommet de l’État avec un président Touadéra qui est aujourd’hui l’otage du groupe Wagner », a déclaré Emmanuel Macron. Avant d’ajouter : « Ce groupe s’empare des mines et par là même du système politique. » Selon de nombreux observateurs, plusieurs centaines de combattants de ce groupe participent depuis plusieurs mois aux combats menés par les forces gouvernementales contre les groupes armés sans que leurs relations avec les instructeurs russes admis par Moscou soient clairement établies.

Dénégations

Du côté de la présidence centrafricaine, on se garde de tout commentaire. « Mais notre ligne n’a pas bougé », indique une source proche du palais. Cette ligne ? « Nous ne traitons pas avec le groupe Wagner, mais avec le ministère russe de la Défense dans le cadre d’un accord bilatéral appliqué en toute transparence et sous contrôle du Conseil de sécurité. »  

De source diplomatique, les deux chefs d’État auraient échangé par téléphone quelque jours auparavant, le président Macron annonçant à son homologue centrafricain que « l’aide budgétaire 2020 ne sera pas décaissée et celle de 2021 suspendue ».

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Si la coopération russe a de fervents défenseurs à Bangui, organisant même des marches dans la capitale, d’autres parmi l'opposition sont plus critiques : « Le président se raccroche à la Russie comme un naufragé qui s'accroche à un crocodile », tempête Joseph Bendouga, député du Mouvement démocratique pour la renaissance et l'évolution de la Centrafrique (MDREC), connu pour son verbe fort et qui redoute que le peuple ne soit pris en tenailles entre les acteurs du conflit. 

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