Barack Obama pleure « Mama Sarah », sa grand-mère qui lui racontait le Kenya

Après le décès au Kenya de Sarah Obama, à l’âge de 99 ans, l’ancien président américain a salué la mémoire de sa « Granny ». L’une de ses plus ferventes supportrices, qui l’a aidé à comprendre son identité africaine.

Barack Obama et sa grand-mère Sarah à Kogelo, en juillet 2018 © Thomas Mukoya/REUTERS Barack Obama et sa grand-mère Sarah à Kogelo, en juillet 2018

Sarah Obama était pour le 44e président des États-Unis une passerelle vers le passé. Celui d’un petit garçon né dans la transgression, d’une mère américaine, Ann Dunham, originaire du Kansas, et de Barack Hussein Obama Senior, venu de Kolego, un petit village situé au nord-ouest de Nairobi, près de la frontière ougandaise, pour étudier outre-Atlantique.

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Barack Obama partagera peu de moments avec son géniteur, qui l’abandonne alors qu’il n’a que deux ans. À l’âge de 10 ans, il le revoit le temps d’une journée à Hawaï, avant qu’il ne s’éclipse. L’unique et dernière rencontre entre le père et le fils, et le début d’une crise identitaire chez l’adolescent, tourmenté par cette identité africaine dont il sait peu. C’est entre autres auprès de Sarah Ogwel Onyango Obama qu’il apprend à connaître sa famille sur le continent et l’histoire de son père, mort tragiquement dans un accident de la circulation en 1982.

« Une force stabilisante »

Après l’annonce de la disparition de celle qu’il appelle affectueusement « Granny », décédée lundi 29 mars à l’âge de 99 ans, dans un hôpital de Kisumu, dans l’Ouest du Kenya, Obama a posté un vibrant dernier hommage sur son compte Instagram.

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L’ancien président pleure la disparition « d’une force constante et stabilisante », une matriarche dont la « petite maison construite en briques de terre et de chaume, sans électricité ni plomberie intérieure » a été « un refuge pour ses enfants et ses petits-enfants ». Le président kényan Uhuru Kenyatta a aussi salué la mémoire d’une « femme forte et vertueuse, une matriarche qui a uni la famille Obama » et « une icône des valeurs familiales ».

Née en 1922 dans la province de Nyanza, sur les rives du lac Victoria, Sarah Obama est la troisième épouse de Hussein Onyango Obama, notable et ancien combattant de l’armée britannique en Birmanie et grand-père paternel de Barack Obama. En réalité, Sarah ne partage aucun lien sanguin avec l’ancien président américain. Mais qu’importe. Quand on lui demande la nature de sa relation avec Barack Obama, elle répond que celle-ci est « spéciale » et qu’elle est avant tout liée au fait qu’elle a élevé Obama Senior.

Assise devant sa petite maison d’infortune, Sarah Obama conte au futur président américain l’histoire de sa famille

Elle-même illettrée, Sarah Obama attache une grande importance à l’éducation de ses enfants. « Granny a élevé mon père comme le sien, souligne l’ex-président. Et c’est en partie grâce à son amour et à ses encouragements qu’il a pu défier le destin et réussir assez bien à l’école, pour obtenir une bourse et fréquenter une université américaine. » Barack Senior s’envole ainsi pour les États-Unis à la fin des années 1950 et obtient un master en économie au sein de la prestigieuse université de Harvard.

« Il est africain »

Il faudra attendre 1987 pour que Barack Obama tisse un lien fort avec Sarah. En quête de réponses sur ses racines, il se rend au Kenya, direction Kolego, le village de ses ancêtres. Il y découvre tous ses frères et sœurs, ses cousins, ses tantes et surtout le visage de « Granny », qu’il écoute religieusement.

Sarah contemple ce jeune homme de 27 ans à la peau claire dont elle a tant entendu parler. Elle le surnomme « Barry ». Nul doute pour elle, Barack Junior ressemble à son père. « Il est africain » dit-elle. Néanmoins, quand Sarah s’exprime, Obama a besoin d’un traducteur puisqu’elle ne parle que la langue luo.

À chaque évènement marquant de sa vie, Barack Obama s’envole voir sa « Granny »

Assise devant sa petite maison d’infortune, elle conte au futur président américain l’histoire de sa famille, l’ascension politique puis la chute de son père, dont le corps repose désormais dans la concession familiale. « Des récits qui ont contribué à combler un vide », assure Barack Obama et qui donneront naissance au chapitre 3 de son livre Les rêves de mon père, paru en 1995.

Soutien indéfectible

Au fil des années, Sarah Obama devient un soutien indéfectible de son petit-fils. Les murs de sa maison sont tapissés d’affiches de campagne électorale de Barack Obama, qu’elle défend en toutes circonstances. Fervente pratiquante, elle dément les rumeurs qui l’accusent d’être musulman et de ne pas être né sur le territoire américain, ce qui aurait pu l’exclure de la course à la campagne présidentielle de 2008.

Quand des dissensions internes secouent la famille, elle prend également de la hauteur. Le jour où l’un de ses petits-fils déclare au New York Times qu’Obama ne prend plus de leurs nouvelles depuis qu’il est président, elle coupe court en répondant qu’elle s’entretient au téléphone avec le locataire de la Maison Blanche.

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À chaque évènement marquant de sa vie, Barack Obama s’envole pour le Kenya pour voir sa « Granny », comme pour avoir son assentiment. Il y retourne en 1991 pour présenter Michelle, qui découvre alors « une femme petite et large aux yeux sages et toujours souriante », comme elle le raconte dans son livre Becoming. Puis en 2006, alors qu’il est sénateur de l’Illinois et a déjà en tête les présidentielles de 2008.

En 2015, il se rend à Nairobi pour une visite officielle en tant que président des États-Unis. Pour des raisons de sécurité, il ne peut aller dans son village. Il se contente d’un repas dans la capitale entouré de sa famille, dont Sarah. Il faudra attendre 2018, deux ans après avoir quitté le pouvoir, pour qu’il fasse un retour sur les terres de ses ancêtres. Histoire de clore auprès des siens le chapitre de sa carrière politique. C’est probablement la dernière fois qu’il a vu Sarah Obama.

Une « granny » philanthrope

Au Kenya, elle était surnommée « Mama Sarah ». Après l’arrivée au pouvoir de son petit-fils, en 2009, elle continue à mener une vie modeste loin des caméras braquées sur lui, même si la demeure familiale autrefois rustique s’est modernisée et que l’électricité et l’eau courante ne manquent plus.

Kolego sort quant à lui de sa torpeur pour devenir l’un des villages les plus célèbres et les plus touristiques du Kenya, classé patrimoine national protégé par le gouvernement. L’aéroport de Kimisu – grande ville de la région – se met également aux normes internationales.

« Mama Sarah » maximise son capital sympathie en participant à l’émancipation des filles de la région

Sarah maximise alors le capital sympathie qu’elle a gagné grâce à l’élection de son petit-fils pour mener des projets humanitaires dans sa région. Elle crée sa propre fondation qui vient en aide aux orphelins du comté de Siaya, au nord-est du lac Victoria, en leur garantissant une éducation et un toit.

Elle participe également à l’émancipation des filles de sa région. À travers la Sarah Obama Library, elle contribue à la diffusion de plus de 7000 livres dans les zones rurales. Un engagement en faveur de l’accès à l’éducation salué en 2014 par l’ONU, qui lui délivre le prix du Women’s Entrepreneurship Day Education Pioneer Award.

Barack Obama pleure « Mama Sarah », sa grand-mère qui lui racontait le Kenya