Qu'est-ce que la Station spatiale internationale?

L'ANTISECHE - Thomas Pesquet a embarqué vendredi pour son deuxième séjour à bord de la Station spatiale internationale. Décrié pour son coût, ce gigantesque laboratoire spatial représente pourtant une vraie réussite en matière de diplomatie spatiale. Chaque jour, l'antisèche du JDD répond à une question pas si bête que ça, pour mieux comprendre l'actualité. © Reuters

L'ANTISECHE - Thomas Pesquet a embarqué vendredi pour son deuxième séjour à bord de la Station spatiale internationale. Décrié pour son coût, ce gigantesque laboratoire spatial représente pourtant une vraie réussite en matière de diplomatie spatiale. Chaque jour, l'antisèche du JDD répond à une question pas si bête que ça, pour mieux comprendre l'actualité.

Thomas Pesquet a embarqué vendredi pour son deuxième séjour à bord de la Station spatiale internationale. Décrié pour son coût, ce gigantesque laboratoire spatial représente pourtant une vraie réussite en matière de diplomatie spatiale. Chaque jour, l'antisèche du JDD répond à une question pas si bête que ça, pour mieux comprendre l'actualité.

Admirer 16 levers et couchers de soleil par jour. C'est le spectacle que va retrouver Thomas Pesquet, qui est parti vendredi pour la Station spatiale internationale (ISS), après un report du premier lancement pour cause de mauvaises conditions météo. Située entre 360 et 400 kilomètres de la Terre, grande comme un terrain de football, l'ISS alterne en permanence 45 minutes d'obscurité et 45 minutes de lumière du fait de sa rotation autour de la Terre, qu'elle accomplit en 90 minutes.

Une station spatiale également très coûteuse, qui a nécessité 150 milliards de dollars rien que pour sa construction et qui est toujours financée à hauteur d'une centaine de milliards de dollars par an, dont une dizaine payée par les Européens, au prorata de leurs investissements. Son utilité est de ce fait régulièrement remise en cause.

Une station née de la Guerre froide, assemblée pendant 27 ans

Le projet de Station spatiale internationale a été lancé en janvier 1984 par le président américain Ronald Reagan dans le cadre de la course aux étoiles qui oppose alors les Etats-Unis à l'URSS. Après la chute de celle-ci, et devant la flambée du coût de la station, le président Bill Clinton invite la Russie, en 1993, à rejoindre le projet. Les premiers modules russe et américain sont assemblés à partir de 1998, mais l'accident de la navette Columbia en 2003 vient retarder les travaux de construction de la station, auxquels se sont joints les Européens, le Canada, le Japon et le Brésil.

La station ouvre finalement ses portes en 2011. Elle accueille des équipages de 6 astronautes, divisés en deux équipes, qui se relayent. Ceux-ci se réveillent à six heures, détaille l'Agence spatiale européenne, et s'entretiennent à 7h30 avec les équipes au sol. Jusqu'à 18 heures, ils partagent leur temps entre expériences scientifiques, opérations de maintenance de la station et s'exercent physiquement, à raison de 2h30 par jour.

Objectif Mars, la nouvelle mission de l'ISS

L'ISS est avant tout un laboratoire, où sont étudiés les effets de la gravité sur l'homme afin de préparer de futures missions spatiales. En l'absence de gravité, le corps humain perd de la masse musculaire et sa vue se trouble. Les astronautes envoyés dans la station pour 6 mois sont également exposés à l'équivalent de 240 radios des poumons, estime Le Monde - du fait des rayonnements solaires. Lors de sa première mission, Thomas Pesquet a lui-même servi de cobaye pour étudier les effets de la perte de repère sur le cerveau, une caractéristique de l'apesanteur mais aussi de plusieurs maladies neurodégénératives, rapporte France Bleu.

Alors qu'il y a six ans, sa mission était "très axée sur la santé", celle-ci "est plus sur l'exploration", confie l'astronaute à RFI. "Cela traduit un changement d'orientation de la part de la Nasa [...]. Depuis trois, quatre ans, avec l'annonce du retour sur la Lune avec le programme Artémis, l'accent se met de plus en plus sur l'exploration et la préparation de ce voyage et de celui vers Mars", explique-t-il.

Thomas Pesquet travaillera par exemple sur des cellules nerveuses pour étudier le vieillissement cellulaire du cerveau, auquel serait confronté des astronautes durant leur voyage vers Mars ; il dormira également équipé d'un capteur encéphalographique qui permettra d'étudier son sommeil, très perturbé par les 16 levers et couchers de Soleil par jour que permet d'observer l'ISS. 

Un coût trop important pour son intérêt scientifique?

Mais le jeu en vaut-il la chandelle? En 2001, l'Office parlementaire français d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, cité par le magazine Ça m'intéresse, jugeait que l'ISS était "une charge importante pour le budget de la recherche alors que ce très grand équipement est principalement à vocation politique, stratégique, voire industrielle". Chacune des publications scientifiques publiées après des travaux à son bord coûte en moyenne 83 millions d'euros, rapporte le magazine, alors que certaines expériences, comme le système d'échographie à distance testé par Thomas Pesquet, auraient très bien pu avoir lieu sur Terre.

"Il ne faut pas tromper les citoyens en leur disant que l'ISS est absolument indispensable pour la science, explique François Forget, astrophysicien et directeur de recherche au CNRS, interrogé dans Marianne. Même si l'ISS a un intérêt technique et scientifique, on n'engage pas ce genre de moyens uniquement pour de la recherche. Il y a toute une portée symbolique."

La force d'un symbole de coopération internationale

La Station spatiale internationale permet en effet de sensibiliser le public aux sciences et à l'espace : 2.000 classes de primaire, collège et lycée vont ainsi suivre les expériences de Thomas Pesquet sur les blobs, des organismes unicellulaires dont il va étudier le comportement dans l'espace.

Financée par 15 pays et cogérée par 5 agences spatiales, la station remplit par ailleurs une mission de promotion de la recherche spatiale et de la coopération diplomatique, ce qui est indispensable pour espérer se rendre un jour sur la planète rouge. Une mission loin d'être superflue, alors que la Russie vient d'annoncer vouloir construire sa propre station spatiale à partir de 2025 et que la Chine prévoit la sienne à partir de 2022. L'ISS, quant à elle, pourrait être prolongée jusqu'en 2028, si les négociations internationales aboutissent.


Qu'est-ce que la Station spatiale internationale?