RD Congo : le président proclame "l'état de siège" dans deux provinces touchées par la violence

Un membre des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) combat des membres des ADF dans le Nord-Kivu, le 25 janvier 2018, en RDC. © AFP - ALAIN WANDIMOYI Un membre des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) combat des membres des ADF dans le Nord-Kivu, le 25 janvier 2018, en RDC.

Le président congolais Felix Tshisekedi a déclaré vendredi l'état de siège face à l'aggravation des violences dans les provinces orientales de l'Ituri et du Nord-Kivu, qui ont fait des centaines de morts cette année et déplacé plus de 1,5 million de personnes.

Le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a décrété l'"état de siège" dans deux provinces de l'Est du pays frappées par la violence des groupes armés et des massacres de civils, a indiqué, vendredi 30 avril, le porte-parole du gouvernement.

Une "ordonnance" doit encore détailler les modalités d'application de cet "état de siège" annoncé dans les deux provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri, a ajouté le porte-parole rendant compte vendredi soir du Conseil des ministres.

"Le président de la République a informé le Conseil des ministres de sa décision de proclamer, conformément à l'article 85 de la Constitution, un état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri", a déclaré Patrick Muyaya. "Une ordonnance présidentielle sera rendue publique dans les prochaines heures", a-t-il ajouté.

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L'article 85 prévoit que le président proclame "l'état d'urgence ou l'état de siège" "lorsque des circonstances graves menacent, d'une manière immédiate, l'indépendance ou l'intégrité du territoire national, ou qu'elles provoquent l'interruption du fonctionnement régulier des institutions". "Il en informe la Nation par un message", ajoute la Constitution.

Jeudi, le président Tshisekedi avait prévenu qu'il préparait des "mesures radicales" face à l'insécurité dans l'Est du pays.

Mardi à Paris, il avait demandé au président Emmanuel Macron l'aide de la France pour "éradiquer" dans la région de Beni (Nord-Kivu) les Forces démocratiques alliées (ADF), un groupe armé "à tendance islamiste, au discours islamiste et aux méthodes islamistes" selon lui.

Plus d’une centaine de groupes armés actifs

Lundi, son nouveau Premier ministre Jean-Michel Sama Lukonde évoquait déjà "l'état d'urgence" à l'Est, "avec notamment le remplacement de l'administration civile par l'administration militaire".

Des dizaines de groupes armés de taille variable sont encore actifs dans l'Est de la RDC – 122, d'après un groupe d’experts. Les ADF, à l'origine des rebelles musulmans ougandais, sont de loin les plus meurtriers : ils sont accusés du massacre de plus de 1 000 civils rien que depuis novembre 2019 dans le territoire de Beni.

À Beni, la police a dispersé vendredi matin un "sit-in" de lycéens qui ont manifesté pendant une semaine devant la mairie pour demander la présence sur place du président Tshisekedi, et le départ de la Mission des Nations unies au Congo (Monusco), accusée de ne rien faire face aux groupes armés.

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Riches en minerais, à la frontière de l'Ouganda, du Rwanda et du Burundi, les deux provinces du Nord et du Sud-Kivu ont basculé dans la violence lors des deux guerres du Congo (1996-97, 1998-2003), sans retrouver une vraie stabilité depuis.

Plus au nord, la province de l'Ituri a de nouveau basculé dans la violence fin 2017 après une accalmie d'une quinzaine d'années.

Entre 1999 et 2003, un conflit entre deux communautés – Hema et Landu – avait fait des milliers de mort, jusqu'à l'intervention d'une force européenne, Artemis.

Avec AFP

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