A Cuba, un artiste dissident en grève de la faim

L'artiste Manuel Otera Alcantara devant ses œuvres le 6 avril, au QG du Mouvement San Isidro. © Alexandre Meneghini L'artiste Manuel Otera Alcantara devant ses œuvres le 6 avril, au QG du Mouvement San Isidro.

Le 17 avril, pendant que se tenait le VIIIe congrès du Parti communiste cubain, seule formation politique autorisée dans le pays, l’artiste cubain Luis Manuel Otero Alcantara était arrêté à son domicile et emmené dans un commissariat, d’où il sortait le lendemain, après une nuit en cellule. Une semaine plus tard, cette bête noire du régime, chef de file du Mouvement San Isidro (MSI), un collectif d’artistes contestataires, entamait une grève de la faim et de la soif.

Ce dimanche, au huitième jour de son action, il a été hospitalisé à La Havane, ont annoncé les autorités. «Le citoyen Luis Manuel Otero Alcantara a été admis au service des urgences de l’hôpital universitaire Calixto Garcia, avec un diagnostic d’inanition volontaire», a annoncé la direction de la Santé. Dans les jours précédents, les appels se sont multipliés devant la dégradation de son état de santé. L’Union européenne, le gouvernement des Etats-Unis ou encore Amnesty International appellent à la fin du harcèlement des artistes dissidents. Sur son compte Facebook, il exprimait dimanche matin : «Si le régime cubain me laisse mourir, ce sera son intransigeance absurde qui m’a tué.»

Pour se réalimenter, Luis Manuel Otero Alcantara pose deux conditions. Les excuses publiques de l’Etat pour son arrestation arbitraire et un dédommagement de 500 000 dollars pour la saisie, et selon lui la destruction, de plusieurs de ses œuvres par la police.

Les faits se sont déroulés rue Damas, dans un quartier délabré du centre de la capitale, à deux pas de La Havane coloniale et ripolinée qu’arpentaient les touristes avant la pandémie. C’est dans le même appartement en rez-de-chaussée qu’Otero Alcantara, célèbre pour ses performances provocatrices, et une dizaine de ses amis s’étaient retranchés en novembre pour obtenir la libération d’un rappeur, avant d’être brutalement délogés au bout de dix jours. L’action avait eu une répercussion internationale.

Une vidéo montre le déroulement des événements du 17 avril. Le plasticien de 33 ans est extrait de son domicile, en compagnie d’une amie, la rappeuse Afrika Reina, et introduit dans une voiture de patrouille. Puis un second véhicule de police arrive. Des agents pénètrent dans la maison vide, et en ressortent avec des boules de papier froissé. Luis Manuel Otero Alcantara, en commentaire, décrit les faits. En son absence, les agents ont arraché des murs ses dessins, les ont déchirés et compressés avant de les emporter.

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