Présidentielles sous tensions au Bénin et au Tchad

Au Tchad (à gauche) et au Bénin (à droite), les oppositions dénoncent des scrutins qu’ils qualifient de gagnés d’avance © Alexis Passoua/Yanik Folly/AFP Au Tchad (à gauche) et au Bénin (à droite), les oppositions dénoncent des scrutins qu’ils qualifient de gagnés d’avance

La campagne électorale s’achève ce vendredi. Les opposants ne démordent pas contre l'organisation de scrutins qu'ils jugent exclusifs et gagnés d'avance.

Le scrutin présidentiel du dimanche au Bénin va se dérouler sur fond d'arrestations d'opposants. L’opposante Reckya Madougou accusée de financement du terrorisme avait été écartée de la présidentielle avant sa détention.

Alors que la campagne s’achève cette nuit, la situation est tendue. Les violences ont fait deux morts et des blessés (18h TU). Une personne ayant succombé à ses blessures, a déclaré vendredi Denis Oba Chabi, le maire de Savè, ville où l’armée a été déployée jeudi (08.04) pour déloger les manifestants.

Depuis lundi soir, des manifestants dénoncent la rallonge d’un mois et demi du mandat du président sortant Patrice Talon. Ils s’insurgent aussi contre l’absence, selon eux, de candidats de l’opposition à la présidentielle. L’épicentre des manifestations est dans le centre du pays.

Démarrées à Savè, elles ont gagné les villes environnantes. Même si le calme est revenu vendredi (09.04), les populations ressortent timidement.

Zacharie Alabi, directeur d’une radio communautaire à Savè, évoque une situation calme mais toujours tendue.

"Les populations sont autorisées à circuler. Mais, les gens ont peur parce que même ce matin, il y a eu des crépitements de coups de feu. Ça terre chacun dans sa maison, les gens n’ont pas envie de sortir par peur", explique-t-il.

Certaines populations quittent la ville par peur de représailles. Plusieurs sources affirment que les blessés lors des manifestations fuient les centres de santé par crainte d’être arrêtés.

Encore des affrontements au Bénin

Si à Savè règne donc une accalmie précaire, des violences ont été signalées plus au nord dans la commune de Tchaourou, la ville de l’ancien président Boni Yayi, située sur l’axe routier qui conduit à la ville de Parakou, la grande ville du nord.

C’est une commune quasi incontournable pour les camions qui doivent se rendre au Niger et au Burkina Faso. Des affrontements ont opposé les forces de l’ordre aux manifestants qui bloquaient la voie. Il y a eu des coups de feu qui ont été entendus.

Dans la nuit de jeudi, les accrochages ont repris et ont duré toute la nuit, selon une source locale.

Sur la DW, le porte-parole du gouvernement, Alain Orounla, a déclaré que les manifestations sont l’œuvre de Béninois en exil.

Appels à l’apaisement

Nous avons tenté en vain de joindre l’opposition radicale en exil. Mais sur Facebook, l'opposant Komi Koutché a appelé au maintien et à l'intensification de la résistance de manière pacifique.

Le constitutionnaliste recalé à la présidentielle, Joël Aïvo, dénonce un climat de tension et de peur entretenu par le gouvernement. L’ancien ambassadeur du Bénin aux Etats-Unis sous le président Boni Yayi condamne la violence.

Selon Omar Arouna, "les violences ne sont pas du fait des marcheurs mais plutôt de la responsabilité du pouvoir. Les manifestations doivent se poursuivre mais de manière pacifique. Il n’y a pas d’instrumentalisation, les Béninois en ont marre. Et maintenant, vous allez à une élection où vous excluez leurs représentants, il faut quand même comprendre que ces gens ne vont pas rester silencieux tout le temps."

Les ambassades d’Allemagne, des Etats-Unis et de la France ont appelé à l’arrêt des violences et demandé un scrutin libre, apaisé et transparent.

Contacté par l’AFP, le porte-parole du gouvernement, Alain Orounla, a déclaré que le scrutin du dimanche aura lieu. Dans des propos relayés par la presse locale, l’un des duos candidats à la présidentielle, Corentin Kohoué et Irenée Agossa, menace de se retirer de la course si les violences continuent.

Terrrorisme au Tchad ?

Au Tchad, l'on se prépare également à aller voter ce dimanche pour l'élection présidentielle sur fond de tensions, avec l'appel au boycott lancé par les principaux opposants. Les services de sécurité ont procédé à l’interpellation de plusieurs individus qui auraient planifié une attaque à l’aide d’explosifs au siège de la Céni.

A en croire le communiqué du ministère de la Sécurité, "ces individus mal intentionnés en intelligence avec des groupes terroristes ont été interpellés à bord de véhicules à vitres fumées, avec des fausses plaques d’immatriculation et en possession d’armes de guerre."

Faut-il alors craindre des violences le jour du scrutin ? L'opposant Laoukein Kourayo Médard, ancien maire de Moundou dans le sud du pays indiquait sur la DW que "Si ça continue jusqu'au 11 avril, quand la police va commencer à tirer, même les présidents de bureaux de vote vont fuir. Il n'y aura pas d'élections". Il ajoute que "s'il n'y a pas d'élections, Déby sera obligé d'engager un dialogue national inclusif. Il y aura certainement un gouvernement de transition qui va préparer des élections transparentes pour désigner quelqu'un qui va prendre la destinée de ce pays sans Idriss Déby."

Les menaces de troubles qui planent sur le scrutin présidentiel nous rappellent la sanglante tentative d'arrestation par l'armée de l'opposant Yaya Dillo. Une tentative d'arrestation durant laquelle les forces de l'ordre ont tué sa mère, âgée de 80 ans, et blessé cinq autres membres de sa famille.

C’est dans ces conditions que l'opposant "historique" Saleh Kebzabo a annoncé le retrait de sa candidature, accusant le président Idriss Déby d'intimider ses rivaux par l'usage de la force.

Restrictions des libertés

Le pouvoir est également accusé par les organisations de défense des droits de l'homme de réprimer toute opposition en interdisant les rassemblements de partis ou de mouvements de la société civile qui réclament "une alternance au pouvoir."

"La violence a toujours été entretenue sur la scène politique tchadienne. Aujourd'hui, on constate également une réduction des libertés fondamentales. Il est de plus en plus difficile pour l'opposition de pouvoir s'exprimer dans le pays. Donc, on peut dire aujourd’hui, en faisant le bilan, que les promesses qui ont été faites n'ont pas été tenues", soutient Abdoulaye Diarra, chercheur sur l'Afrique centrale pour l'ONG Amnesty International.

Arrivé au pouvoir, il y a 30 ans, avec la promesse de doter le pays d’institutions indépendantes et respectueuses des droits humains, le maréchal-président Idriss Déby Itno brigue dimanche un sixième mandat dans un contexte de répression de toute voix dissidente.

Auteur: La rédaction francophone

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