Sahara occidental : le Maroc a-t-il eu recours à une frappe de drone inédite ?

Panneau indiquant un champ de mines à la frontière entre le Maroc et la Mauritanie, à Guerguerat, dans le Sahara occidental, le 25 novembre 2020. © Fadel Senna, AFP Panneau indiquant un champ de mines à la frontière entre le Maroc et la Mauritanie, à Guerguerat, dans le Sahara occidental, le 25 novembre 2020.

Quelques jours après l'annonce par les indépendantistes sahraouis d'une frappe de drone par le Maroc, ayant tué l'un de leurs chefs, les circonstances du décès d'Addah Al-Bendir restent confuses. Si elle était confirmée, cette attaque de drone marquerait, selon les experts, un tournant dans le conflit du Sahara occidental.

La récente annonce par les indépendantistes sahraouis d'une frappe de drone attribuée au Maroc contre un de leurs chefs marquerait, si elle était confirmée, un tournant dans l'interminable conflit du Sahara occidental, avancent des experts.

Si l'usage d'un drone "est difficile à démontrer", l'ampleur de l'opération menée mercredi 7 avril est "une première depuis le cessez-le-feu" signé en 1991 sous l'égide des Nations unies, estime le politologue marocain Mohamed Chiker, spécialiste des Forces armées marocaines (FAR), joint par l'AFP.

En l'absence de communication officielle, les circonstances de cette attaque, sa localisation et ses modalités restent toutefois confuses.

Seule certitude : Addah Al-Bendir, le chef de la gendarmerie du Front Polisario (indépendantiste), a été tué mercredi lors d'une opération des FAR survenue après une incursion sahraouie, selon des sources concordantes.

Pour le reste, on ne sait ni où, ni comment il a péri : dans le nord-est du Sahara occidental ou dans le sud du Maroc ? D'une frappe de drone, ou pas ?

Le recours à un drone "voudrait dire que le Maroc inaugure les frappes ciblées comme les États-Unis et Israël dans une logique de réplique aux tentatives d'incursion du Polisario", a commenté le site d'information marocain Le Desk.

"Localisation de mouvements suspects dans la zone-tampon"

Ce site évoque une "mission combinée menée par un drone non armé Harfang, de conception israélienne", qui a pointé la cible au "télémètre laser" permettant à un chasseur "d'exécuter la frappe".

En écho à des informations émanant du Polisario, le site Algérie Patriotique a dénoncé l'usage de "drones tueurs" et "l'assistance technique" d'Israël.

"Officiellement, le Maroc ne dispose pas de drones armés", mais il "possède une panoplie de drones non armés à la pointe de la technologie", assure l'expert militaire marocain Abdelhamid Harifi.

"Dans la région, le Maroc est pionnier dans l'utilisation de drones à des fins de renseignement et de désignation de cibles", affirme-t-il.

Selon lui, il est donc "possible que l'armée ait utilisé un tel drone pour la localisation de mouvements suspects dans la zone-tampon" mercredi.

Des informations reprises par la presse marocaine ont fait état fin 2020 de la livraison de trois drones Harfang mais aussi de la commande de drones israéliens Bluebird et américains MQ-9B SkyGuardian, apparemment non livrés à ce jour.

Ces informations ont coïncidé avec l'annonce fin 2020 de la reconnaissance par les États-Unis de Donald Trump de la souveraineté du Maroc sur l'ancienne colonie espagnole et de la normalisation des relations entre le royaume chérifien et Israël.

Drone ou pas, le Maroc "maîtrise militairement toutes les zones du Sahara et dispose d'un arsenal capable de frapper n'importe quel mouvement du Polisario", assure Mohamed Chiker.

De fait, ses commandes militaires ont permis à Rabat de renforcer ses capacités : en deux ans, il est passé de la 60e à la 53e place du Global Firepower Index classant les forces militaires.

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"Mission militaire" au-delà du mur de sable

Côté sahraoui, "les indépendantistes sont dotés d'un armement qui n'a que très peu varié depuis les années 1980 et sont totalement dépendants pour son renouvellement de leur protecteur algérien", pointait l'hebdomadaire Jeune Afrique fin 2020.

Selon le forum Far-Maroc, une page Facebook non-officielle des forces armées marocaines, c'est en réponse à des "mouvements suspects de leaders du Polisario à l'intérieur des zones tampons" que les FAR ont riposté, provoquant "plusieurs décès", dont celui du commandant de la gendarmerie.

Jeudi, un communiqué diffusé puis retiré par l'agence officielle sahraouie SPS a annoncé que le chef militaire était mort à Tifariti, zone du nord-est du Sahara occidental contrôlée par les indépendantistes, après une "mission militaire" au-delà du mur de sable érigé par Rabat.

Cependant, des informations reprises par différents médias situent l'attaque du Polisario et la riposte marocaine dans la région de Touizgui (sud du Maroc, près de la frontière algérienne). "Cela signifierait que l'Algérie autorise les soldats du Polisario à entrer au Maroc à partir du territoire algérien", a averti le site semi-officiel marocain Le360.

C'est dans cette région désertique que l'armée marocaine a récemment érigé une extension de son mur. Et c'est aussi dans cette zone que le Polisario avait annoncé avoir tué trois militaires marocains lors d'une attaque le 8 février, jamais confirmée par Rabat.

Après presque 30 ans de cessez-le-feu, les hostilités entre Polisario et le Maroc ont repris mi-novembre après le déploiement de troupes marocaines à l'extrême sud du Sahara occidental pour déloger des indépendantistes qui bloquaient la seule route vers l'Afrique de l'Ouest car cet axe routier est, selon eux, illégal.

Depuis, l'armée sahraouie revendique quotidiennement des attaques le long du mur de sable.

Le Polisario réclame la tenue d'un référendum prévu par l'ONU en 1991. Le Maroc, qui contrôle environ 80% de ce vaste territoire désertique, propose un plan d'autonomie sous sa souveraineté.

Avec AFP

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