Ursula von de Leyen et Charles Michel à Ankara pour renouer avec Erdogan

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil de l'UE, Charles Michel, en visioconférence avec le président turc à Bruxelles, le 19 mars 2021. © AFP - STEPHANIE LECOCQ La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil de l'UE, Charles Michel, en visioconférence avec le président turc à Bruxelles, le 19 mars 2021.

Le président du conseil européen Charles Michel et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen se rendent ce mardi à Ankara afin de soumettre au président Erdogan les conditions de l'UE pour une reprise graduelle des relations économiques et discuter du soutien pour les réfugiés installés en Turquie.

   

C’est la visite symbole qu’attendait Ankara. Charles Michel le président du conseil européen et Ursula von der Leyen la présidente de la commission européenne se rendent ce mardi dans la capitale turque.

Après le Conseil européen de mars qui a décidé de ne pas sanctionner la Turquie au vu notamment de la baisse des tensions en Méditerranée orientale et l’ouverture d’un agenda dit « positif », place aux travaux pratiques. Il ne s’agit pas de concrètement négocier, mais d’une première prise de contact directe après les échanges vidéos et les coups de fil.

De nombreux dossiers

La carotte plutôt que le bâton, donc. La visite de ce mardi est une nouvelle démonstration de la ligne choisie par les européens vis-à-vis de la Turquie. Les Vingt-Sept mettent notamment sur la table certaines facilités de visas pour les ressortissants turcs et la modernisation de l'Union douanière. 

Certains membres de l’UE souhaitent qu’Ursula von der Leyen et Charles Michel évoque également la question de l'État de droit et des droits de l’homme en Turquie. « Pas question de se montrer complaisants », dit un diplomate. Mais c’est avant tout sur les sujets régionaux que l’UE attend des signes, notamment sur l’attitude jugée agressive d’Ankara en Libye, en Syrie ou dans le Caucase. Les 27 attendent également des résultats des négociations en cours après les tensions en Méditerranée orientale.  

Mais c’est sur le dossier des réfugiés essentiellement syriens en Turquie que l’on peut s’attendre à des avancées concrètes. Recep Tayyip Erdogan veut renégocier le pacte migratoire signé en 2016 et obtenir plus de financement pour l’accueil de quatre millions de réfugiés. Signe de l’importance de dossier pour l’UE, après Ankara, Ursula von der Leyen se rendra quant à elle en Jordanie, qui accueille plus de 600 000 ressortissants syriens.

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Marge de manœuvre limitée

Côté turc, si l’on ne peut pas vraiment parler d’une « offensive de charme », Recep Tayyip Erdogan a nettement modéré ses paroles à l’égard de l’Union européenne ces derniers mois, observe notre correspondante à Istanbul, Anne Andlauer. L’arrivée de Joe Biden à la tête des États-Unis et la situation préoccupante de l’économie turque empêtrée dans l’inflation, le chômage et les difficultés monétaires, ont forcé le chef de l’État à revoir son attitude vis-à-vis des Occidentaux.

Recep Tayyip Erdogan espère que l’économie bénéficiera de cet apaisement et qu’il pourra lui-même aborder les élections de 2023 dans un climat politique plus favorable. Mais le chef de l'État est dans une situation compliquée : il courtise l’électorat nationaliste et religieux et ne veut donc pas donner l’impression de faire des concessions sans contreparties. Raison pour laquelle la Turquie s’est dit prête à répondre par « des pas positifs » aux éventuels gestes des Vingt-Sept alors qu’en réalité, c’est l’Europe qui attend des gestes concrets de la part de la Turquie.

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L'espoir des entrepreneurs turcs 

ll a 30 ans et des idées plein la tête. Originaire d'une famille d'entrepreneurs du sud-est de la turquie, Şeyhmuş Kaymaz finalise un projet d’entreprise. Un projet sélectionné comme très innovant par Tubitak, le Conseil de la recherche scientifique et technologique de Turquie. 

« Nous ne voulons surtout pas que des questions politiques viennent freiner le développement de notre entreprise », souligne Şeyhmuş Kaymaz.

Şeyhmuş Kaymaz ne veut pas de tensions avec l'UE mais un apaisement pour pouvoir vendre aux Européens comme aux Turcs son système de compresseurs industriels qui permet de faire 40%  d'économie sur la climatisation. 

« En priorité, pour mieux s’intégrer aux modes de fonctionnement de nos partenaires européens notre pays pourrait  se rapprocher un peu plus du système juridique, du système de santé, de la législation commerciale. sinon les Européens pourraient avoir une mauvaise opinion de nous, et c’est malheureusement ce qui se passe aujourd’hui à mes yeux », souligne-t-il.

Şeyhmuş Kaymaz a déjà entamé une collaboration avec la branche espagnole d'une entreprise allemande. Il n’ espere aujourd hui qu’une chose : étendre le développement de son entreprise. 

Au sein du patronat européen ils sont également nombreux à espérer un developpement des relations avec la Turquie.

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