Bénin – Victor Topanou : « Nous sommes esclaves de notre modèle »

© Fournis par Le Point

C'est un ancien garde des Sceaux du Bénin qui nous reçoit chez lui, dans une discrète ruelle de la ville de Calavi, près de Cotonou, la capitale économique du Bénin, en cette matinée d'avril. Un vaste bureau occupe une première partie de l'espace, l'ordinateur est bien allumé, mais ce sont les livres qui captent le regard en premier. Il y en a partout et sur tous les thèmes. L'homme connaît par c?ur la place de chacun d'entre eux, et n'hésite pas tout au long de l'entretien à aller fouiller dans sa mine d'or, rien que pour appuyer ses propos. Cet intellectuel de l'ethnie fon a compté dans le paysage politique béninois. Ministre de la Justice sous la présidence de l'ex-président Thomas Boni Yayi, il avait fait acte de candidature à la magistrature suprême en 2011. Lors des dernières élections présidentielles de 2016, après avoir décrié les candidatures des hommes d'affaires Sébastien Ajavon et Patrice Talon, il a pris part au dialogue politique voulu par l'actuel président en 2019 et qui a débouché sur l'adoption de plusieurs réformes qui continuent de bouleverser le modèle démocratique béninois. Il s'est confié au Point Afrique sur le climat politique qui prévaut à quelques jours de la présidentielle du 11 avril dans ce pays d'Afrique de l'Ouest longtemps présenté comme un exemple de démocratie, mais qu'il connaît assez de l'intérieur pour nous en décrire tous les ressorts. Élections, système partisan, bilan de Patrice Talon? Entretien.

Le Point Afrique : Comment qualifieriez-vous le climat préélectoral au Bénin ?

Victor Topanou : C'est probablement l'élection la plus crisogène que nous ayons connue depuis 1991. L'opposition considère que la présidentielle du 11 avril n'est pas inclusive. Elle juge également que le président Patrice Talon a terminé son mandat depuis le 5 avril 2021 à minuit, parce qu'il a prêté serment le 5 avril 2016 pour un mandat de cinq ans. Et selon elle, c'est assez suffisant pour mettre immédiatement en place des organes de transition. Intellectuellement et objectivement, cette position n'est pas tenable. Mais les opposants au président Talon ont décidé d'en faire une affaire politique.

Ensuite, j'ai fait le constat d'une tendance poussive à la violence dans notre société. Cela n'existait pas auparavant. L'anonymat qui prévaut sur les réseaux sociaux permet à certains acteurs d'y lancer des appels à la violence dans la vie réelle. Et cela commence par faire des adeptes. Ce sont les effets combinés de ces éléments qui font que le contexte est anxiogène aujourd'hui.

À LIRE AUSSIIndépendance du Bénin : vous avez dit démocratie ?

Le sujet qui retient le plus l'attention aujourd'hui est celui de la prorogation du mandat de Patrice Talon. Que pouvez-vous nous dire à ce propos ?

La Constitution a prévu en termes clairs que le président actuel sera en place jusqu'à ce que son successeur élu prête serment.

De quelle Constitution s'agit-il ?

De la Constitution de 1990.

Le président Talon a donc prêté serment sur l'ancienne Constitution de 1990. Comment est-il possible alors qu'il reste en fonction au-delà du terme fixé par ses textes ?

Effectivement, la question est légitime. Mais en réalité, le président de la République n'a prêté serment que sur un seul article de la Constitution. Il s'agit du texte de serment, l'article 53. Or la Constitution a prévu sa propre révision, au titre 11. Donc le président, en jurant de respecter la Constitution, s'engageait également à respecter la procédure de révision contenue dans la Loi fondamentale.

Ensuite, la problématique du principe de la non-rétroactivité de la loi a été soulevée. À supposer que les opposants acceptent la révision constitutionnelle, ils disent qu'ils ne peuvent accepter qu'elle s'applique à un mandat qui a déjà débuté. Là encore, c'est inexact. Les députés béninois ont répondu à cette problématique en précisant, dans la Constitution amendée et promulguée en 2019 par la Cour constitutionnelle, que le mandat du président en exercice court jusqu'à l'organisation du deuxième tour des élections de 2021.

Comment le pays en est-il arrivé là ?

Pour bien comprendre la situation, il faut remonter à 2018-2019. Le Bénin, comme nombre de pays africains pauvres, a considéré qu'il ne pouvait pas être tout le temps en campagne électorale avec une cadence d'élections qui n'avait pas trop de sens par rapport à ses objectifs de développement. Le pays a donc cherché les voies et moyens d'aller vers des élections générales à partir de 2026. Plusieurs problèmes techniques, à savoir l'alignement des mandats, la vacance du pouvoir présidentiel et l'année des premières élections générales, se sont alors posés.

C'est en apportant des réponses à chacun de ces obstacles techniques qu'il a été, par exemple, décidé de créer le poste de vice-président. En effet, vous avez beau harmoniser les mandats, si, en cours de route, le président en exercice disparaît, on aurait encore à organiser des élections. Ainsi, s'il arrive malheur au président, la vice-présidente ou le vice-président finit le mandat entamé afin de respecter l'idée des élections générales comme cela se fait déjà au Ghana, au Nigeria, et plus récemment en Tanzanie, à la suite du décès du président John Magufuli.

Pour aller aux élections générales en 2026 et tenir des échéances à dates fixes, il fallait un agenda électoral précis, que nous avons fixé comme suit : les élections législatives et communales se dérouleront le même jour, le deuxième dimanche du mois de janvier. Et l'élection présidentielle, le deuxième dimanche du mois d'avril, ainsi en cas de deuxième tour celui-ci aura lieu un mois plus tard. Et, dans tous les cas de figure, le président élu prêtera serment le quatrième dimanche de mai, soit deux semaines après le deuxième tour. Pour y parvenir, il a été nécessaire là encore de choisir une date de début, et 2021, date à laquelle se tient la reine des élections, la présidentielle, a été choisie. Ce sont ces arbitrages qui ont créé le décalage de 45 jours.

Le chef de l'État a également joué un rôle dans cette réforme constitutionnelle, que d'aucuns disent taillée sur mesure?

Le chef de l'État a effectivement initié une révision constitutionnelle à cette période, après avoir échoué par deux fois en 2017 et 2018. Il se trouve qu'en 2019, il a eu les coudées franches avec quasiment 100 % des députés qui l'ont accompagné dans ce processus.

Au-delà du Bénin, on observe çà et là de sérieux coups portés au processus démocratique. Comment l'expliquez-vous ?

Je vois deux réponses. La première relève de ce que certains auteurs ont nommé la réponse historiciste. Selon eux, les crises font partie du processus de formation d'un État. Certains, dans cette logique, soutiennent par exemple que la guerre civile fait partie intégrante d'un processus normal de constitution de l'État. Ils citent souvent la guerre civile américaine entre le Nord et le Sud, qui n'a pas mis un terme à l'État américain, mais au contraire elle est venue le consolider.

La deuxième réponse est pragmatique. Le président Jacques Chirac l'avait déjà suggéré en déclarant « qu'il faut considérer que la démocratie est un luxe pour les Africains ». Des années plus tard, manifestement, ce discours charme un certain nombre d'acteurs politiques africains. Je citerai le cas du Rwanda.

À LIRE AUSSITierno Monénembo - Le bûcher des illusions

C'est une régression ?

Je ne sais pas. Je ne peux pas parler au nom du peuple rwandais.

Par contre, le Bénin n'est pas le Rwanda. Depuis les années 1990, il fait figure de modèle démocratique, aux côtés par exemple du Sénégal?

Le Bénin est une mauvaise exception. Nous sommes esclaves de notre modèle, parce que précisément, en 1990, il n'y avait pas beaucoup de candidats à la démocratisation, en particulier en Afrique. Le Bénin s'est retrouvé seul. Plus personne n'a jugé bon de regarder au plus près les revers de ce modèle. La Cour constitutionnelle prenait des décisions à l'emporte-pièce ; elle se faisait payer. Le système partisan était devenu le point noir de la démocratie béninoise. En effet, depuis 1991, aucun parti politique n'a jamais réussi seul à faire élire son candidat à la magistrature suprême. Nous en avions conscience mais, vis-à-vis de l'extérieur, il fallait préserver une espèce de faux-semblant.

La communauté internationale a vite fait d'idéaliser notre démocratie même si, au demeurant, je trouve que nous ne sommes pas si gagnants. Si on prend les montants des aides dont le Bénin a bénéficié grâce à son modèle démocratique, et qu'on compare ces montants à ceux apportés par exemple à un pays comme le Rwanda depuis 27 ans, on est loin du compte. Donc finalement quel choix devrions-nous faire ?

À LIRE AUSSIBénin ? Patrice Talon : « Ma vision est ambitieuse et pragmatique »

Selon vous, les circonstances historiques et les difficultés économiques dans lesquelles la démocratisation a débuté au Bénin expliquent en partie les revers du modèle béninois. Expliquez-nous ?

L'un des problèmes majeurs de notre démocratie a toujours été l'argent. En 1990, le Bénin était en faillite, son système financier écroulé, l'État n'arrivait pas à payer ses fonctionnaires, nos partenaires du bloc de l'Est n'étaient plus en capacité de nous aider. C'est ainsi qu'est arrivée la conférence nationale des Forces vives de la nation. On a fait le pari du passage de la dictature à la démocratie en pensant que cela nous bénéficierait. On a créé les partis mais il était de fait impossible de penser à un financement public alors que les gens mouraient de faim. La nature ayant horreur du vide, le privé s'est substitué à l'État en devenant le bailleur de fonds de la vie politique béninoise.

Et comme les opérateurs économiques ne sont ni des mécènes ni des philanthropes, ils donnaient et en contrepartie ils faisaient une OPA hostile sur des pans entiers de l'économie béninoise. Quand Patrice Talon a soutenu Boni Yayi, en 2006, il a obtenu en retour le monopole de la filière coton avec la Sodeco et quand il a reconduit son soutien en 2011, il a obtenu la privatisation du port avec le PVI. C'était de bonne guerre, mais nous avions tous conscience que ça ne pouvait plus durer.

Le paradoxe est que ce soit le président Talon, que vous décrivez comme un bailleur de fonds de la classe politique, qui est aux affaires depuis cinq ans. Qu'est-ce que cela dit de la démocratie à la béninoise ?

Cela traduit clairement que la faiblesse des partis a placé le pays dans une situation paradoxale. Il a suffi que les deux opérateurs économiques les plus puissants du pays, Patrice Talon et Sébastien Adjavon, décident d'être candidats en 2016 pour que tous les autres candidats « imaginaires » ou « supputatifs » baissent les bras. Les deux candidats qui n'avaient aucun parti, aucune expérience politique, se sont retrouvés deuxième et troisième du premier tour de la présidentielle, faisant près de 50 % des voix. Tous les présidents de la République élus au Bénin ont été des candidats indépendants, soutenus par des coalitions. C'est révélateur.

À LIRE AUSSIÀ la veille de sa présidentielle, le Bénin sur un volcan ?

En 2016, vous vous êtes opposé à ces deux candidatures. Pourquoi avez-vous changé d'avis ?

J'ai toujours pensé que ces deux hommes d'affaires n'auraient pas dû être candidats. Ni l'un, ni l'autre.

Ce que vous dites des élections présidentielles vaut aussi finalement pour tous les autres scrutins ?

Oui, aucun parti politique n'a jamais gagné les élections législatives sur la base d'un programme de législature. Nous n'avions jamais eu au Bénin de véritables partis politiques. On avait 354 partis et autant de leaders. Aucun d'entre eux n'avait de couverture nationale. La communauté internationale ne pouvait pas comprendre nos problèmes. En interne, tout le monde disait qu'il fallait changer : Kérékou avait parlé du Bénin du Futur, il est allé jusqu'à dire que les cadres béninois sont des intellectuels tarés et qu'ils fonctionnent au Bénin comme des mercenaires. Après, Boni Yayi a dit qu'il fallait opérer le changement, il a fait cinq ans sans y parvenir. Pour son second mandat, il est allé plus fort en parlant de refondation de la démocratie. En face, Adrien Houngbédji parlait de rectification. En 2016, il y a eu deux slogans marquants : le nouveau départ et la rupture. Dans tous les cas, il y avait la volonté de rompre avec ce qui se faisait et tout le monde avait conscience que ça ne marchait pas. Mais personne n'avait le courage de passer aux actes de peur de remettre en cause des intérêts acquis par certains ces trente dernières années.

À LIRE AUSSIPrésidentielle au Bénin : l'ONU prend le pouls

Quel est le bilan du président Talon sur la question du système partisan ?

Patrice Talon est le premier président béninois à fixer comme priorité de réformer en profondeur le système partisan en vue du renforcement de la démocratie. Il connaît les raisons qui ont conduit les partis politiques dans une situation de subordination vis-à-vis des bailleurs privés. Depuis son arrivée, il est en train de régler le sujet du financement public. Je ne pense pas qu'il aurait réussi s'il avait dû suivre l'ancien fonctionnement. La preuve en 2017, il a tenté de modifier la Constitution pour faire le mandat unique, le blocage d'une minorité a suffi pour faire échec à son projet. En 2018, il a tenté d'expliquer les réformes en douceur mais ça n'est pas passé et donc il a fallu éliminer les anciens blocages au sein de l'Assemblée nationale. C'est là où l'opposition a beau jeu de dire que c'est parce qu'il voulait modifier la Constitution qu'il les a empêchés de prendre part aux diverses élections. On ne peut pas leur en faire le reproche, il revient peut-être un jour au président de leur dire sa part de vérité sur ce sujet.

D'aucuns s'interrogent sur l'indépendance d'organismes censés garantir le droit et la légalité au Bénin, par rapport au pouvoir exécutif. Que répondez-vous ?

L'opposition a réussi en décrivant une dérive dictatoriale. Et il y a quelques faits qui viennent agrémenter sa thèse, notamment les opposants qui ont maille à partir avec la justice. Maintenant, est-ce que la justice est indépendante ou pas, la question ne se pose pas qu'au Bénin. En France, de nombreux acteurs politiques dénoncent régulièrement la politisation de la justice mais ils ne fuient pas pour autant la justice. Jacques Chirac a eu des déboires judiciaires et pourtant, il a été président de la République. Plus récemment, il y a eu les cas de Nicolas Sarkozy, Cahuzac et beaucoup d'autres. Mais ce n'est pas pour autant qu'ils s'enfuient ou s'exilent, en Suisse, en Belgique pour dénoncer la justice française. Or chez nous, il y a comme une tradition d'injustice. Beaucoup ont pris l'habitude de ne jamais être traduits devant la justice.

Plusieurs organisations internationales ont récemment pointé un rétrécissement de l'espace démocratique

Il faut distinguer les organisations politiques et économiques. Certaines, notamment les ONG, sont démarchées par des membres de l'opposition pour décrédibiliser le pays. Aux États-Unis, pays de lobbying par excellence, c'est comme ça que ça fonctionne. Malgré ces critiques, vous verrez que le Bénin est plutôt bien noté par les agences internationales, comme Transparency International sur l'indice de la perception de la corruption, le Doing Business, le pays est également en bonne position sur la solvabilité de sa dette, etc.

À LIRE AUSSIÉlections législatives : tempête sur la démocratie béninoise

Deux organisations politiques, le Freedom House, think tank indépendant américain qui mesure l'évolution des libertés publiques et la démocratie dans le monde, et l'Economist Intelligence Unit, qualifient le Bénin de démocratie hybride. Quelle est votre analyse ?

Quand on analyse un pays sous cet angle, il faut analyser les acteurs qui composent le système politique. Preuve qu'au Bénin, on est en démocratie, nous avons des groupes d'intérêt qui font fonctionner le système de gouvernance politique. Les partis politiques sont les acteurs les plus prépondérants, ce sont eux qui sont censés concourir à l'expression du suffrage universel, selon l'article 5 de la Constitution. En tout cas, en démocratie, ce sont les seuls qui peuvent faire exprimer les suffrages, donc le vote. Vous comprenez donc pourquoi il n'est pas logique qu'en dehors des partis politiques, d'autres acteurs puissent jouer ce rôle. Donc, les candidatures indépendantes que l'on observe, hors partis politiques, sont en principe contraires à l'esprit même de la démocratie et aux réformes nécessaires pour le renforcement de notre démocratie.

Y a-t-il encore des syndicats au Bénin ? Et le droit de grève n'a-t-il pas été attaqué ?

Effectivement, au début le président a voulu supprimer le droit de grève. Il a envoyé une loi dans ce sens pour modifier le code de la fonction publique mais la Cour constitutionnelle l'a retoqué. Puisque le droit de grève est inscrit dans la Constitution, le supprimer reviendrait à violer la Constitution. En revanche, le président a eu le feu vert pour le réorganiser parce que dans tous les pays du monde le droit de grève s'exerce dans le cadre de la loi comme toutes les libertés publiques. Il a été décidé que désormais les Béninois auraient droit à deux jours de grève par mois, donc 24 jours par an.

À LIRE AUSSILes droits de l'homme s'amenuisent au Bénin

C'est un sacré recul?.

Chez nous, on faisait des grèves illimitées. Non seulement on paralysait l'appareil productif, mais à la fin les grévistes exigeaient de ne pas être ponctionnés ! Il n'y avait aucune responsabilité, aucune noblesse. Les grèves étaient devenues des marchandages. Chacun voulait sa part. Aujourd'hui, les syndicats sont toujours une force puisqu'il y a un cadre de dialogue mais il faut dire qu'ils sont moins influents qu'avant. C'est un constat qui prévaut un peu partout dans le monde. En France également, les syndicats ont un problème de représentativité.

Les fonctionnaires ont également perdu en termes de salaires. Pourquoi ?

La réforme des indemnités pour les fonctionnaires était sur la table depuis de longues années. Avec le gouvernement actuel, cela a pu aboutir, de manière un peu brutale, je le concède. Certains en ont souffert plus que d'autres, notamment ceux qui avaient des emprunts à la banque et qui, du jour au lendemain, ont perdu une bonne partie de leurs ressources. Mais j'ai le sentiment que cet argent sert à quelque chose puisqu'on voit les réalisations alors qu'avant on ne les voyait même pas.

Depuis 1970, c'est la première fois qu'on construit autant d'amphithéâtres au sein de l'université. Il faut d'abord produire, c'est cette phase qui a été douloureuse, et mon reproche au président est qu'il n'a pas fait la communication qui accompagne ces réformes. Les gens n'ont pas compris. Pendant ce temps, l'opposition a eu trois ans pour faire la contre-communication qui a imprégné les populations sur l'appauvrissement des Béninois, sur la hausse du coût de la vie, etc.

À LIRE AUSSIBénin ? Législatives : « Le chef de l'État en ressortira forcément affaibli »

Et aujourd'hui, vous trouvez que le chef de l'État en fait assez ?

Ce n'est pas suffisant et le président a réalisé la normo-communication, c'est-à-dire que le fait de communiquer peu le desservait lui, mais aussi toute l'action du gouvernement. En politique, la perception importe plus que la réalité. Et pour impacter la perception, il faut faire de la communication.

Le bilan économique du Bénin, présenté comme bon, ne comporte-t-il pas un grave risque d'endettement pour les générations futures ?

Je ne connais pas un seul pays qui ne soit pas endetté. Avec la crise du Covid-19, l'Europe a engagé un débat pour annuler les dettes publiques détenues par les banques centrales européennes, en échange de l'engagement des États de développer des investissements, etc. Pourquoi les pays occidentaux pourraient-ils bénéficier de tels avantages et pas nous ? Tout le monde sait que les routes sont avant tout des infrastructures de santé publique. Lorsqu'une route n'est pas bitumée, cela crée de la poussière qui peut à son tour causer des problèmes de santé. En Occident, ils l'ont compris. Il suffit que 3 ou 4 millions de Français se plaignent d'être enrhumés à cause de cette poussière pour que cela devienne un problème de santé publique. Mais chez nous, on veut continuer à créer des routes sans trottoirs. Et il y a une incompréhension. Au Bénin, lorsque le gouvernement fait des emprunts, on l'accuse de nous endetter ou d'hypothéquer l'avenir de nos enfants. La responsabilité incombe au chef de l'État de faire plus de pédagogie. D'autant que le président Patrice Talon est totalement décomplexé sur ces questions et beaucoup ne le supportent pas.

À LIRE AUSSIBénin ? Francis Kpatindé : « Avec Patrice Talon, la vigilance s'impose ! »

Bénin – Victor Topanou : « Nous sommes esclaves de notre modèle »